Non, Le Temps n'a pas réalisé un sondage prêtant 21% d'intentions de vote à Eric Zemmour au 1er tour

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Un sondage sur la présidentielle, relayé plusieurs centaines de fois sur Twitter et Facebook depuis début avril, donnerait Eric Zemmour et Jean-Luc Mélenchon vainqueurs du premier tour, avec respectivement 21% et 18% d'intentions de vote. Attention: il s'agit d'un faux sondage, comme le précise à l'AFP le quotidien suisse "Le Temps" cité sur le visuel. D'après les derniers sondages français réalisés, Emmanuel Macron recueillerait entre 25 et 27% des voix, ce qui le placerait en tête, devant Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

A quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle, la France s'apprête-t-elle à vivre un "tremblement de terre électoral"? Sur Twitter et Facebook, certains internautes en sont convaincus, sur la foi d'un sondage suisse très différent des sondages français.

"Un sondage fait entre le 26 et 28 mars par le Singapour Investment Fund en partenariat avec le média suisse Le Temps sur un échantillon de 3.273 français de l'étranger et 6.487 français de France donne le résultat suivant contrairement aux sondages français complètement biaisés et soumis au pouvoir !", affirme notamment un texte repris dans de nombreuses publications Facebook, tandis qu'un tweet présente ce visuel comme un "sondage du Journal le Temps donc indépendant des médias français".

 

 

Selon ce prétendu sondage, Eric Zemmour, avec 21% d'intentions de vote, arriverait en première place au premier tour, devant Jean-Luc Mélenchon (18%) - qualifié comme lui au second tour -, Emmanuel Macron (17%) et Marine Le Pen (15,5%).

Mais il s'agit d'un faux sondage, comme le confirme le quotidien suisse à l'AFP : "Le Temps n'a ni commandé ni réalisé ce sondage".

Le 5 avril, Cédric Garrofé, journaliste et responsable des contenus digitaux au "Temps", alertait déjà les utilisateurs de Twitter à ce propos

Emmanuel Macron, toujours en tête du premier tour dans les derniers sondages français

Trois sondages publiés cette semaine s'accordent pour donner Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de l'élection présidentielle:

- Selon le sondage Kantar-Epoka publié le 5 avril, Emmanuel Macron reste en tête des intentions de vote au premier tour, avec 25%, même si l'écart avec Marine Le Pen (23%) se réduit. Jean-Luc Mélenchon y arrive en troisième position (16%), devant Eric Zemmour (11%).

- L'enquête Ipsos-Steria publiée le même jour place également le président sortant en tête des intentions de vote au premier tour, à 27%, tandis que Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon obtiennent respectivement 20,5% et 16,5%. Eric Zemmour y arrive en quatrième position à 10%.

- un sondage Ifop-Fiducial donnait le 4 avril Emmanuel Macron en tête avec 27,5% contre 22% pour Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon à 15,5%. Une tendance dans la droite lignée d'un sondage BVA publié le 1er avril, dans lequel le président sortant recueillait 27% des intentions de vote, la candidate du Rassemblement national 21% et le chef de file de la France insoumise 15,5%.

Compilation des sondages effectués sur des échantillons représentatifs de la population française par les instituts de sondage BVA, Elabe, Harris Interactive, Ifop, Ipsos, Odoxa, Opinion way et Kantar Public, compilés par la Commission des sondages du Sénat, au 5 avril à 10h, heure de Paris.

Le piège du sondage réalisé à l'étranger

Si le faux sondage attribué au "Temps" était relayé sur Twitter dès le 28 mars, un autre visuel, attribué également à la Suisse, avait déjà connu un certain succès sur les réseaux sociaux mi-mars : ce montage assez grossier prêtait 12% d'intentions de vote à Emmanuel Macron, en citant comme source la Radio télévision suisse (RTS).

La RTS avait toutefois démenti à l'AFP en être à l'origine, tout en précisant qu'elle ne réalisait pas "de sondage pour des élections ou des votations autres que celles qui se tiennent en Suisse."

Ces fausses enquêtes d'opinion issues de pays étrangers peuvent sembler d'autant plus crédibles que des médias francophones de pays voisins ont pour habitude de réaliser des sondages "sortie des urnes" les jours de scrutin, alors que la loi du 19 juillet 1977 interdit, en France, "du vendredi minuit au dimanche 20 heures, toute diffusion de sondages relatifs à l’élection présidentielle", comme le rappelle la Commission des sondages.

Une interdiction qui avait été contournée sur Twitter, lors du scrutin présidentiel de 2012, via l'utilisation du hashtag "#RadioLondres". Derrière cette référence aux messages codés transmis par la radio du même nom à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale, des internautes relayaient, par le biais de messages plus ou moins humoristiques, les résultats des sondages "sortie des urnes" relayés par des médias belges et suisses pendant cette période de réserve.

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