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Apprentissage dès 12 ans : vraie proposition de Macron ou "fake news" de Mélenchon ?

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Accusé par Jean-Luc Mélenchon de vouloir envoyer des "gosses de 12 ans en apprentissage", Emmanuel Macron a démenti lundi, reprochant au candidat LFI de relayer une "fake news". Qu'en est-il réellement ? La mesure ne figure pas dans le programme officiel du chef de l'Etat. Mais ce dernier a insisté jeudi dernier sur le besoin de "mieux faire connaître" les métiers qui peinent à recruter, prônant un triptyque "alternance, apprentissage et orientation dès la 5e". Une formule ambigüe qui a semé la confusion.

Dernière ligne droite et derniers coups : à une semaine du premier tour de l'élection présidentielle, les candidats ont enchainé tout le week-end meetings et interviews, faisant feu de tout bois pour tenter de convaincre les électeurs encore indécis.

A gauche, c'est Emmanuel Macron qui a cristallisé les critiques. En déplacement à Toulouse dimanche, le candidat de la France insoumise (LFI) Jean-Luc Mélenchon a étrillé le bilan du chef de l'Etat sortant et son programme en vue d'un second quinquennat.

"Comment a-t-il pu imaginer envoyer un gosse de 12 ans en apprentissage ?", a-t-il lancé, déclenchant des huées dans la foule de ses partisans rassemblés place du Capitole. "Quoi qu'il arrive, cela n'aura pas lieu parce que les conventions internationales qu'a signées la France interdisent qu'on envoie un jeune au travail avant la fin de la scolarité obligatoire, ce sont les conventions internationales du travail. En France la scolarité obligatoire c'est 16 ans, personne n'ira jamais en apprentissage avant."

Quasiment au même moment à Paris, la maire de la capitale et candidate du Parti socialiste (PS) à l'Elysée Anne Hidalgo décochait la même flèche contre Emmanuel Macron.

"Qui veut orienter vers l'apprentissage dès l'âge de 12 ans nos enfants ? C'est lui!", a-t-elle tonné dans l'enceinte du cirque d'hiver.

Ces critiques ont fait bondir Emmanuel Macron, qui était invité de la matinale de France inter lundi 4 avril, et qui a accusé Jean-Luc Mélenchon de relayer une "fake news".

"Jamais je n'ai dit qu'à 12 ans il fallait mettre des jeunes en apprentissage, c'est un scandale de dire ça!", s'est agacé le chef de l'Etat. "J'ai dit qu'à 12 ans il fallait permettre à des enfants de connaître des métiers, ça n’a rien à voir, permettre aux régions aux entreprises de venir quelques heures".

Le démenti d'Emmanuel Macron n'a pas manqué de faire réagir Jean-Luc Mélenchon qui y a vu un "recul" du chef de l'Etat. "En 4 jours, on a déjà fait reculer Macron ! Le 10 avril, battons-le dans les urnes, ça réglera le problème", a écrit le candidat LFI sur Twitter.

Qu'en est-il réellement ? Tout est parti d'un échange le 31 mars 2022 entre le chef de l'Etat et un restaurateur à Fouras (Charente-Maritime) exprimant avoir "toutes les difficultés du monde pour embaucher du personnel".

"Alors, un : ce qu'on veut faire - on a commencé avec la réforme de l'assurance chômage on va la continuer, - c'est les gens qui sont (en demande d'emplois, ndlr) quand il y a des emplois vacants, qu'on les oriente et qu'on soit plus directifs", répond Emmanuel Macron lors de cette séquence immortalisée par ses équipes. Deux : former (...) on a mis un paquet pour former sur ces métiers là où il y a des besoins. Trois : on a besoin de faire mieux connaître vos métiers, et donc alternance apprentissage et orientation dès la 5e pour faire connaitre ces métiers".

L'énumération - "alternance, apprentissage et orientation dès la 5ème" - a semé la confusion : Emmanuel Macron plaide-t-il en faveur d'un accès à ces trois dispositifs dès la classe de cinquième ? Ou bien cette classe d'âge ne concerne que l'orientation ?

Avant même les meetings de dimanche et les prises de parole de Jean-Luc Mélenchon et d'Anne Hidalgo, l'information est reprise par des internautes et des titres de presse qui retiennent la première interprétation - à savoir rendre accessible l'apprentissage dès la classe de 5e.

La mesure ne figure pourtant pas dans le programme officiel du candidat LaRem, programme qui prévoit la découverte de plusieurs métiers, dont les métiers techniques et manuels, dès la classe de 5e. Il n'est fait aucune mention d'un "apprentissage junior" destiné à ces mêmes élèves.

En France, il faut avoir au moins 16 ans pour conclure un contrat d'apprentissage. L'âge minimum peut toutefois être abaissé à 15 ans pour les adolescents ayant 15 ans au 31 décembre de l'année civile où ils terminent leur année de troisième.

"L'apprentissage est une forme d'éducation. Il a pour but de donner à des jeunes travailleurs, ayant satisfait à l'obligation scolaire, une formation générale, théorique et pratique en vue de l'obtention d'une qualification professionnelle sanctionnée par un des diplômes de l'enseignement technologique", précise le code du travail.

Sous le deuxième mandat (2002-2007) de Jacques Chirac, une formation d'"apprenti junior", dès l'âge de 14 ans, avait bien vu le jour via la loi du 31 mars 2006 pour l'égalité des chances. Cette mesure, annoncée par le Premier ministre de l'époque Dominique de Villepin après une série d'émeutes en banlieue, avait provoqué un tollé chez les syndicats d'enseignants et avait également été accueillie froidement par le patronat et les syndicats.

Moins d'un an après son instauration, le décret avait finalement été suspendu sine die sur décision du nouveau locataire de l'Elysée, Nicolas Sarkozy.

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