( AFP / FABRICE COFFRINI)

Non, le patron de Moderna ne vient pas de vendre pour 400 millions de dollars d'actions de son groupe

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Le patron de Moderna vient-il de vendre pour 400 millions de dollars d'actions du groupe comme l'affirment des publications virales sur les réseaux sociaux? Aucune cession de ce montant n'a été réalisée en février, selon le site de l'organisme américain de contrôle des marchés financiers qui supervise ce type de transactions. Sur les deux premières semaines du mois, le montant des actions cédées, prévues dans un cadre fixé de longue date, s'élevait à 6 millions de dollars.

"Le patron de Moderna qui se tire avec 400 Millions..... ça sent pas bon !!", peut-on lire sur cette publication Facebook datant du 14 février et partagée plus de 400 fois depuis. "Les rats quittent le navire", "ils sentent le vent tourner", réagissent des internautes dans les commentaires. D'autres publications similaires, qui s'interrogent également sur la suppression --bien réelle-- du compte Twitter du PDG du groupe, Stéphane Bancel, ont circulé sur les réseaux sociaux notamment en anglais (ici ou ici).

Cette rumeur, qui a circulé sur Facebook et Twitter et a été reprise par certains sites internet, s'inscrit dans un contexte bien particulier de défiance persistante d'une partie de la population à l'égard des vaccins contre le Covid-19 et des laboratoires américains accusés de s'être enrichis grâce à la vente d'actions.

Qu'en est-il réellement?

Aux Etats-Unis, la vente d'actions d'une entreprise par son dirigeant est encadrée par la Securities and Exchange Commission (SEC), l'organisme de réglementation et de contrôle des marchés financiers, via la Securities Exchange Act de 1934.

Depuis 2018, cette législation, qui vise à éviter les délit d'initiés, s'est étoffée avec l'instauration de la règle "10b5-1". Cette dernière, qui a été amendée depuis, permet notamment aux dirigeants d'entreprises de mettre au point un plan prédéterminé de vente d’actions de leur groupe. Le prix, le montant et les dates de ces cessions sont fixés à l'avance, à un moment où leurs détenteurs ne sont pas en possession d'informations susceptibles de faire bouger les cours en Bourse.

Les cessions doivent être à chaque fois déclarées par les dirigeants ou administrateurs à la SEC via un formulaire ("Statement of changes in beneficial ownerchip") connu sous le nom de formulaire 4.

La règle 10b5-1 permet aux dirigeants d'entreprise de mettre au point "un plan ou un programme pré-arrangé, non sujet à modification, pour vendre des actions", explique Jacob Frenkel, ancien avocat de la SEC et ancien procureur fédéral américain, et ce "peu importe comment évolue l'action - à la hausse (ou) à la baisse".

Revenons sur le cas de Moderna et de la vente d'actions du groupe par son patron : Stéphane Bancel vient-il tout juste de se "débarrasser" de 400 millions de dollars d'action?

Comme pour toute entreprise cotées en Bourse, toutes les données sur les ventes d'actions de Moderna par son dirigeant sont disponibles en accès libre sur une page dédiée sur le site internet de la SEC.

On peut notamment y consulter les différents "formulaires 4" adressés à l'organisme de régulation américain. Sur ceux correspondant aux transactions du début du mois de février, précisément des 2 et 9 février, il est précisé que ces transactions ont été planifiées conformément à la règle 10b5-1 et dans le cadre de plans adoptés en décembre 2018 (plans amendés respectivement en septembre 2019 et mai 2020).

Du 1er au 17 février, Stéphane Bancel s'était séparé d'un total de 38.000 actions, d'une valeur de 6,1 millions de dollars, à quoi s'ajoute la cession de 8.000 autres actions dans le cadre de donations caritatives.

On ne trouve en revanche aucune mention des 400 millions de dollars d'actions qui auraient été vendues d'un coup et en urgence début février, commeévoquées dans les publications Facebook.

Un coup d'oeil sur l'outil de suivi des transactions Insiderscreener, permet également de se rendre compte que le directeur général cède régulièrement plusieurs milliers de ses actions par mois depuis novembre 2019, contredisant la version selon laquelle il aurait liquidé ces actions en raison d'un événement survenu ou d'une mauvaise nouvelle à venir.

Contacté par l'AFP, Moderna n'a pas répondu dans l'immédiat.

Interrogé par BFMTV à ce sujet, Stéphane Bancel avait pour sa part démenti le 15 février 2022 les rumeurs circulant sur une vente conséquente d'actions et d'une décision prise dans la précipitation. "La notion que j’ai vendu un gros bloc d’action récemment est tout juste fausse. J’ai 31 millions d’actions et stock options Moderna", avait-il assuré. "J’ai des ventes automatiques. Chaque mercredi et jeudi. Ce depuis 2019. La même quantité d’actions chaque semaine. Y compris les donations caritatives".

Quant à la question de son compte Twitter, dont la suppression a alimenté les rumeurs sur de possibles mauvaises nouvelles à venir concernant le vaccin anti-Covid, il a expliqué ne pas avoir "utilisé" son compte "depuis 2019". "Je l’ai fermé récemment. J’ai quitté aussi Facebook et Instagram", a-t-il ajouté sans donner plus de précisions.

Une version archivée de la page de son compte Twitter montre que le compte était peu actif et que la dernière intervention de Stéphane Bancel sur le réseau social remontait à avril 2019.

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