(AFP / Behrouz Mehri)

Covid-19 en RDC: le prix Nobel congolais Denis Mukwege dément des déclarations qui circulent sur les réseaux sociaux

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Après avoir démissionné le 10 juin de ses fonctions au sein des équipes de lutte contre le nouveau coronavirus dans une province de l’Est de la RDC, Denis Mukwege, prix Nobel de la paix 2018, se retrouve au coeur d’une polémique sur les réseaux sociaux. Des publications virales lui prêtent des propos mettant notamment en doute l’existence de cas de Covid-19 dans le pays. Ces affirmations ont été fermement démenties par ses services de communication. Médecin reconnu et grande figure morale congolaise, le Dr Mukwege avait expliqué les raisons de sa démission dans un communiqué.

Capture d’écran Facebook réalisée le 18 juin 2020.

"Urgent RDC - Le Dr Dénis MUKWEGE vient de démissionner dans l'équipe de la riposte Covid - 19. Il déclare : je ne peux en aucun cas salir mon Prix Nobel de la paix pour de l'argent, nous avions eu l'ordre de déclarer toute maladie étant coronavirus et tout décès. De même la chose qui me déplaisait toujours après plus de 100 échantillons, aucun n'est sorti positif. J'ai une carrière à protéger et je suis congolais du sang. Devenir riche par mensonge est un péché devant Dieu, je démissionne" (sic), écrit l’auteur d’une publication partagée plus de 1.300 fois depuis le 15 juin. 

De nombreuses autres publications sur les réseaux sociaux ont reproduit ce texte (1, 2, 3), y compris en anglais (1, 2, 3), en dénonçant "l’arnaque" ou " l’imposture" que serait le Covid-19 .

Ces propos ont même été repris sur la page Facebook d’un centre hospitalier universitaire en Belgique, avant de les supprimer.

Selon les recherches de l’AFP, la première publication provient d’un compte du Congo-Brazzaville baptisé "Le carton rouge", qui a diffusé le texte le 11 juin, au lendemain de la démission du prix Nobel de la Paix 2018 de deux instances de lutte contre le Covid-19 en RDC.

Capture d’écran Facebook réalisée le 18 juin 2020.

Denis Mukwege, récompensé d’un prix Nobel de la paix en 2018 pour son action et ses plaidoyers en faveur des femmes victimes de violences sexuelles dans l’Est congolais, avait été nommé le 30 mars président et vice-président de deux instances officielles mises sur pied pour organiser la riposte à la pandémie de Covid-19 dans la province du Sud-Kivu.

Un tweet et un démenti

Le médecin âgé de 65 ans a expliqué les raisons de sa démission dans un communiqué le 10 juin.

Aucune d’entre elles n’avait de lien avec l’argent, une manipulation des chiffres de victimes du Covid-19 ou l’absence de tests positifs, comme l’affirment les publications que nous vérifions.

Contactée par l’AFP le 18 juin, Maud Salomé Ekila, directrice de communication du docteur Mukwege, a qualifié ces publications de "fake news".

"Ces propos ne sont pas du docteur Denis Mukwege et c’est incroyable que les médias et les internautes relaient des fausses nouvelles alors que nous avons des comptes officiels où la démission du médecin a été expliquée et justifiée dans un communiqué", s’est-elle indignée. 

Face à la propagation de ces fausses déclarations, le médecin s’était lui-même fendu d’un tweet le 15 juin pour orienter vers les sources fiables, notamment le site de la Fondation Panzi qu’il dirige.  

Capture d’écran Twitter du 18 juin 2020.

Irrégularités et dysfonctionnements

Dans son communiqué du 10 juin, le Dr Mukwege a énuméré les raisons qui l’ont convaincu de démissionner.

"Nous sommes (...) au début d’une courbe exponentielle épidémiologique et nous ne pouvons plus appliquer une stratégie qui serait uniquement préventive", expliquait-il.

"J’ai donc décidé de démissionner (...) afin de me consacrer entièrement à mes responsabilités médicales et de soigner cet afflux de malades à l'hôpital de Panzi" qu'il a fondé à Bukavu, la capitale du Sud-Kivu, écrivait celui qui a été surnommé "l'homme qui répare les femmes".

Le Dr Mukwege dénonce également des "faiblesses organisationnelles et de cohérence entre les différentes équipes responsables des ripostes à la pandémie dans le Sud-Kivu".

Il déplore encore l'absence de tests disponibles dans la province et le non-respect des mesures de prévention. Il faut "plus de deux semaines pour recevoir les résultats des prélèvements envoyés à (...) Kinshasa", ce qui représente "un handicap majeur pour notre stratégie basée sur tester, identifier, isoler et traiter", soulignait-il dans le communiqué.

Il a également pointé une série de problèmes qui "ont diminué l’efficacité de notre stratégie": "un relâchement des mesures de prévention par notre population, un déni des réalités, l’impossibilité de faire respecter les mesures barrières, la porosité de nos frontières avec le retour massif de milliers de compatriotes venant de pays voisins sans avoir été mis en quarantaine"

96 décès déclarés en RDC

La République démocratique du Congo a officiellement déclaré, au 10 mars, 4.390 contaminations au nouveau coronavirus, dont 3.980 à Kinshasa et 89 au Sud-Kivu, pour un total de 96 décès, selon l’équipe de riposte chapotée par le co-découvreur du virus Ebola, le docteur Muyembe. 

La gestion de l’épidémie suscite son lot de polémiques et de rumeurs, tout comme la gestion de l’épidémie d’Ebola dans l’Est de la RDC.

Le 15 mai, le chef de l’Etat Félix Tshisekedi a demandé en Conseil des ministres un rapport au ministre de la Santé sur "un trafic" qui consisterait "à pousser des familles à faire des déclarations de décès” de leurs proches “pour cause de Covid-19 moyennant rétribution".

Denis Mukwege avait plaidé mi-avril, pour un "confinement partiel des personnes âgées de plus de 60 ans" et "le port obligatoire de masque pour tout le monde" afin de rompre la chaîne de transmission du nouveau coronavirus.

Le 9 mai, il avait appelé à "un approvisionnement en urgence en tests, avant le déclenchement de la courbe exponentielle épidémique" du nouveau coronavirus.