Le Palais de l'Elysée, le 5 septembre 2017 (AFP / Ludovic Marin)

Présidentielle: les résultats du premier tour falsifiés au bénéfice de Macron ? Très improbable

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Plusieurs articles très partagés affirment que le président de la République Emmanuel "Macron a été éliminé au premier tour mais le gouvernement a falsifié le résultat", une assertion très insuffisamment étayée et que rien ne vient prouver en l'état.

Cet article a été publié le 28 avril 2017 sur le site "se-preparer-auxcrises", repris sur un blog intitulé "echelledejacob". D'après l'outil d'analyse des réseaux sociaux Crowdtangle, il a été en tout partagé près de 10.000 fois sur Facebook, et a suscité des dizaines de milliers de réactions ou commentaires.

L'AFP n'ayant pas été présente dans chacun des 66.546 bureaux de vote de France au premier tour de la présidentielle pour superviser le vote de 46,97 millions d'électeurs inscrits sur les listes électorales, il est impossible de valider chacun des décomptes.

Néanmoins, il est possible de revenir sur les quatre postulats ou exemples invoqués par l'article pour montrer pourquoi l'hypothèse d'une immense fraude électorale qu'il défend est très hautement improbable:  

1/ Selon cet article, "presque tous les votes nuls ont été transférés vers le compte de Macron". Selon les résultats officiels, il y a eu au premier tour 289.337 votes nuls, soit 0.61% des inscrits, et 659.997 votes blancs, soit 1.39% des inscrits. Les deux additionnés font 2% des inscrits. 

Ces 2% de votes blancs ou nuls sont supérieurs aux taux observés au premier tour de la présidentielle 2012 (1,52%), 2007 (1,44%), 1981 (1,62%), 1974 (0,92%), 1969 (1,29%) et 1965 (1,01%) ; inférieurs à ceux de la présidentielle 2002 (3,38%) et 1995 (2,82%) ; égaux à ceux de la présidentielle 1988 (2%). Comme on peut le voir, les bulletins blancs ou nuls de la présidentielle 2017 sont situés pleinement dans la moyenne historique des votes blancs ou nuls de la Ve République, voire légèrement au-dessus, et sont donc cohérents avec les tendances habituelles de l'élection présidentielle.

Si au contraire, des millions de votes "nuls" avaient été cette fois émis (avant d'être falsifiés), il s'agirait d'une exception statistique totale par rapport aux précédents scrutins, ce qui rend cette hypothèse non-crédible.

Une femme vote dans un bureau de vote de Cabourg, le 23 avril 2017 (AFP / Charly Triballeau)

2/ Sur le site internet du quotidien Sud Ouest, "à 20H40 sur 6 régions, à moitié du dépouillement on avait : 1MLP (25%environ),2JLM (23%),3Jean Lassalle(17%), 4Hamon(6%), NDA,Poutou,Asselineau,Cheminade autour de 5%, et Fillon , micron, Arthaud tous autour de 2% !!!! Oui stupéfiant ! après le site a été bloqué" affirme un commentaire cité par l'article.

Sans confirmer que les résultats étaient exactement ceux-là le 23 avril 2017 à 20h40, Cédric Mousset, responsable technique du site internet de Sud Ouest a expliqué à l'AFP que la "carte électorale globale (résultats au niveau national, régional et départemental)", une projection, "était alimentée par un calcul d'agrégation des résultats des communes. A 20h40, les résultats étaient très partiels" et "la projection au niveau départemental, régional et national (...) était donc très biaisée (...). Lorsque nous nous sommes rendus compte de cette erreur, nous avons désactivé ces calculs (ndlr: la totalisation nationale) et conservé les résultats au niveau des communes" seulement.

"Nous n'avons pas rencontré de blocage" du site internet, affirme M. Mousset par ailleurs, démentant que le site a été "bloqué" à un quelconque moment, même si l'afflux de trafic les soirs d'élections peut causer des perturbations.

 

3/ Les petits candidats "qui n’ont pas assez de troupes pour vérifier partout" se seraient "fait voler beaucoup plus de voix". Pourtant, aucun d'entre "petit" ou "grand" candidat n'a contesté les résultats de l'élection.

Le candidat à la présidentielle Jean Lassalle, le 23 avril 2017 dans le bureau de vote de Lourdios-Ichere (AFP / Iroz Gaizka)

"Une taule" mais "le peuple est souverain", a ainsi commenté Jean Lassalle, qui aurait été le principal floué du scrutin d'après cet article acccusateur.

Quid de fraudes éventuelles ? Si des incidents massifs s'étaient produits dans des bureaux de vote, les forces de sécurité, les représentants des candidats ou les délégués du Conseil constitutionnel se seraient manifestés. 

La veille du scrutin, le Front national a toutefois bien dénoncé des envois présumés de bulletins de vote Marine Le Pen déchirés dans plusieurs départements, entraînant une saisine de la commission du contrôle électoral, mais elle n'a pas du tout remis en cause la sincérité globale du scrutin.

Le Conseil constitutionnel, chargé par l'article 58 de la Constitution, de "veiller à la régularité de l'élection du Président de la République", a affirmé dans une décision du 20 juillet que "le scrutin des 23 avril et 7 mai 2017 (...) s'est dans l'ensemble déroulé dans de bonnes conditions".

Pour effectuer le "contrôle des opérations de vote sur l'ensemble du territoire national", il avait désigné "plus de 2 000 délégués". "Les protestations ont été peu nombreuses, les annulations de suffrages également" même si "des entorses à des règles électorales importantes ont été occasionnellement constatées", ajoute le Conseil constitutionnel.

Le Conseil constitutionnel explique avoir procédé à des "redressements" et "annulations" dans un certain nombre de cas litigieux, en Martinique, Guadeloupe, Aisne, Seine-et-Marne, Val d'Oise, Manche, etc. Mais ces cas sont résiduels par rapport au résultat global du scrutin.

L'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) invitée à observer l'élection présidentielle, ne fait pas non plus état de fraudes d'une quelconque nature dans son rapport.

4/ Il n'y aurait pas eu de bulletins blancs dans deux arrondissements de Lyon, d'après l'article. C'est pourtant faux, en consultant les résultats dans les neuf arrondissements lyonnais (1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9) sur le site du ministère de l'Intérieur.

Cette information erronée vient peut-être du fait que le site internet des Echos annonce 0 bulletin blanc dans le 1er et le 5e arrondissement lyonnais tandis que celui de FranceTVInfo a additionné bulletins blancs et nuls dans ces arrondissements pour les présenter sous la seule catégorie de "votes nuls", donnant le sentiment qu'il n'y avait pas de bulletins blancs.

Pour Alexandre, auteur de l'article, "la perte de confiance et le discrédit étant tellement total je n’ai même plus à apporter de preuve. Le bon sens mélangé à l’intime conviction suffisent."

Ni le bon sens, ni l'intime conviction et encore moins le déroulement global de l'élection présidentiel tel qu'il a été rapporté par l'ensemble de candidats pourtant rivaux et de leurs très nombreux représentants partout sur le territoire, ne permettent au final d'étayer les affirmations de ce site, quand certains éléments soi-disant à charge sont carrément faux.

Guillaume Daudin