Non, une étude ne dit pas que "plus de 50%" des musulmans en France "placent la charia au-dessus des lois"

Des responsables politiques ont relayé ces derniers jours plusieurs affirmations sur les musulmans de France, et notamment que "plus de 50%" d'entre eux placeraient la charia "au-dessus des lois", en citant un sondage de la Fondation Jean Jaurès. Mais ce ne sont pas les chiffres avancés par cette étude.

"La fondation Jaurès, récemment, a quand même publié une enquête particulièrement édifiante (…) elle disait qu'une bonne partie - je n'ai plus le chiffre en tête - mais c'était plus de 50% des personnes musulmanes en France plaçaient la charia au dessus des lois de la République", a déclaré le 7 octobre sur franceinfo la députée LR des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer, relayant la vidéo de son interview sur son compte Twitter

Mais la fondation Jean Jaurès, qui a réalisé ce sondage avec l'Ifop, a réagi mardi 8 octobre dans un communiqué, dénonçant des affirmations "fausses" et qui "désinforment les citoyens".  

Capture d'écran Facebook d'un communiqué de la Fondation Jean Jaurès, prise le 8/10/1991

Notons d'abord que ce sondage a été réalisé selon l'Ifop et la Fondation Jean Jaurès "par téléphone", auprès "d'un échantillon de 1 012 personnes âgées d'au moins 15 ans", représentatif "de la population de religion ou d'origine musulmane".

Une partie de l'échantillon, 12% selon l'IFOP contacté par l'AFP le 8 octobre, se définit donc comme non-musulmane, avec au moins un parent musulman. 

Regardons maintenant de plus près les résultats de ce sondage.

À l'affirmation : "En France, la loi islamique, la charia, devrait s'imposer par rapport aux lois de la République", ce sont 27% des sondés qui répondent être "tout à fait d'accord" ou "plutôt d'accord". Un proportion très éloignée des "plus de 50%" mentionnés par Valérie Boyer.

A l'inverse, 65% des personnes interrogées se disent "plutôt pas d'accord" ou "pas du tout d'accord" avec l'affirmation.

Capture d'écran du rapport d'enquête de la Fondation Jean Jaurès et de l'IFOP, prise le 8 octobre 2019

La charia est un ensemble de règles, dispositions, interdits et sanctions issus de la tradition et de la jurisprudence. découle du Coran et de la sunna (paroles et actes du prophète Mahomet), et sujet à interprétation.

Elle est appliquée avec plus ou moins de rigueur dans certains Etats musulmans. 

Le chiffre des "étrangers musulmans"

Le 7 octobre, à la tribune de l'Assemblée  le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a lui affirmé à la tribune de l'Assemblée nationale que "comme vient de le dévoiler l'institut Jean-Jaurès et l'Ifop, 46% des étrangers musulmans, selon la fondation Jean-Jaurès, considèrent que la charia est supérieure aux lois de la République". 

Mais cette proportion est en réalité de 41%, toujours selon ce sondage cité par le député LR. 

Capture d'écran du rapport d'enquête de la Fondation Jean Jaurès et de l'IFOP, prise le 8 octobre 2019

Cela étant, il est vrai que le chiffre de "46%" de musulmans étrangers figurait bien dans l'édition du Point du 19 septembre, dans des propos retranscrits de Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion de l'IFOP, qui a mené cette étude.

"C'est une coquille, le bon chiffre est bien 41%", a assuré le politologue, contacté par l'AFP le 8 octobre, ce que confirme Le Point, qui a corrigé la version en ligne de l'entretien.

Sami Acef
François D'Astier