Non, BFMTV ne se trompe pas en convertissant 1,69 franc en 1,50 euro

Des publications Facebook accusent BFMTV d'avoir commis une erreur de conversion entre le franc et l'euro dans une comparaison des prix des carburants entre 1973 et 2018, et ce en vue de "manipuler l'opinion". Le calcul de la chaîne d'information en continu -- qui a pris en compte l'inflation -- est en réalité exact.

1,69 franc de 1973 équivaut-il à 1,50 euro de 2018 ? Non, selon plusieurs publications Facebook qui accusent BFMTV de "manipulation", capture d'écran à l'appui.

Capture d'écran Facebook prise le 13/06/2019

Le calcul de la chaîne d'info en continu, qui comparait à l'antenne les prix du carburants entre 1973 et 2018, est en réalité exact. Le journaliste de BFMTV a tenu compte de l'inflation, comme il convient de le faire.

L'Insee propose sur son site un convertisseur franc-euro prenant en compte "l'érosion monétaire due à l'inflation" (voir méthodologie ici), où il est possible de comparer "le pouvoir d'achat d'une somme" entre deux années. 

Selon le convertisseur de l'Insee, 1,69 franc de 1973 correspond à 1,52 euro de 2018 (BFMTV estime ce chiffre à 1,50 euro). Autrement dit, un consommateur de 1973 pouvait acheter autant de choses avec 1,69 franc qu'un consommateur de 2018 pouvait le faire avec 1,52 euro.

Concernant le prix de l'essence en 1973, il est difficile à estimer en raison de l'envolée que les prix ont connu en fin d'année à cause du choc pétrolier. 

Selon les archives de l'annuaire statistique de la France, le prix moyen d'un litre d'essence à la pompe en 1973 était d'environ 1,156 franc en région parisienne. 

Capture d'écran de l'annuaire statistique de la France, présentée sur le site gallica.bnf.fr

Mais les prix se sont surtout envolés à partir d'octobre 1973, comme nous le rappellions dans cette dépêche. 

Capture d'écran d'une dépêche AFP diffusée le 27 janvier 2016

Selon les chiffres du Comité professionel du pétrole (CPDP),  le prix d'un litre d'essence se situait entre 1,61 franc et 1,75 franc, au 11 janvier 1974.

Ces chiffres sont plutôt cohérents avec celui avancé par BFMTV dans sa chronique.

Document d'archives du CPDP obtenu par l'AFP le 13/06/2019

Le journaliste auteur de la chronique s'est d'ailleurs défendu sur Twitter en détaillant sa méthodologie.

"Avec la hausse des prix, 1 franc de 1973 ou de 1990 n’est pas l’équivalent de 15 centimes d’euro actuel. Avec 1 franc de 1973, vous achetiez plus de choses qu’avec 15 centimes de 2018. Donc en tenant compte de ça, le litre d’essence de 1973 qui valait 1,69 franc équivaut bien à 1,52 euro de 2018", a-t-il écrit, tout en reconnaissant le "manque de clarté de [s]on infographie" et "le manque d'explication dans la chronique sur l'inflation et la conversion des prix".

"Le poids des dépenses de carburant a baissé" 

Selon l'économiste Yves Crozet, professeur émérite à Sciences Po Lyon et membre du laboratoire Aménagement Economie Transports (LAET), "le poids des dépenses de carburant a baissé" pour les ménages entre 1973 et aujourd'hui.

Le salaire horaire minimum était d'environ "3,50 francs" fin 1973, selon lui (4,05 francs selon l'annuaire de la statistique). "Aujourd'hui, le Smic horaire est à 10 euros et le carburant est à 1,60-1,70 euro", poursuit le chercheur, auteur l'an dernier de l'étude : "Hyper-mobilité et politiques publiques - Changer d’époque ? ", citée par nos confrères de Checknews dans un de leurs articles de vérification. 

Il y rappelle que "le salaire minimum a progressé beaucoup plus vite que le prix du litre d’essence", mais explique également que "puisqu’il est possible d’aller plus loin avec le même budget temps de transport, la consommation d’espace va augmenter. Non pas pour le plaisir de franchir des distances accrues, mais parce que cette dilatation de l’espace accessible va de pair avec un enrichissement des opportunités accessibles (emploi, logement, loisirs, relations sociales...)".

Edit : mis à jour le 18/06 avec tweets du journaliste auteur de la chronique
Rémi Banet
Sami Acef
Guillaume Daudin
Julien Mivielle