Une capture d'écran du site almanar le 5 avril 2018 (DR / AFP)

La Hongrie, "premier pays à interdire les banques Rothschild"? Faux et absurde

Plusieurs articles très partagés, en français mais aussi en anglais, affirment dans leur titre que "la Hongrie devient le premier pays européen à interdire les banques Rothschild". C'est doublement faux: l'article fait référence en fait au FMI, et les deux banques Rothschild ont de toute façon assuré à l'AFP n'avoir jamais eu de présence dans ce pays.

De nombreux articles aux relents complotistes ou antisémites assurent que "la Hongrie est devenue le premier pays européen à interdire officiellement à toutes les banques Rothschild d’opérer dans le pays."

Publié par trueactivist.com, l'article de septembre 2016 "Victory! Hungary Becomes First European Nation To Ban Rothschild Banks" a ainsi été partagé plus de 4.500 fois sur Facebook. al-Manar, le groupe de presse du mouvement chiite libanais Hezbollah, a publié lui le 2 avril une version de cet article en français.

"En 2013, la Hongrie a entamé le processus de retrait du Fonds monétaire international (FMI) et a accepté de rembourser intégralement le plan de sauvetage du FMI afin de débarrasser le pays du cartel bancaire du Nouvel Ordre Mondial" détaillent ces publications.

Pourquoi lier FMI et Rothschild ? Car toujours selon ces sources, "beaucoup ont prétendu que le FMI AKA +Imposing Misery and Famine+, est détenu par le groupe Rothschild, le plus grand groupe bancaire au monde, ayant les doigts dans presque toutes les banques centrales du monde".

Reprenons donc ces affirmations dans l'ordre.

1/ La Hongrie a-t-elle interdit les banques Rothschild ?

La Hongrie n'a pas interdit de séjour les banques Rothschild, pour la simple et bonne raison que celles-ci n'ont pas et n'ont jamais eu de bureaux dans le pays, selon des porte-parole des deux groupes bancaires Rothschild, "Rothschild & Co" et "Edmond de Rothschild", contactés par l'AFP.

C'est la principale affirmation de l'article, son titre, mais l'on comprend vite à la lecture du texte qu'en réalité, l'article entend par "Rothschild" le Fonds monétaire international.

2/ La Hongrie a-t-elle interdit au FMI d'opérer dans le pays ?

Le reste de ces articles évoquent une demande hongroise d'un "processus de retrait du FMI" pour "débarrasser le pays du cartel bancaire". 

Mi-juillet 2013, en effet, le président de la Banque centrale hongroise (MNB), György Matolcsy, a demandé au Fonds monétaire international (FMI) de fermer son bureau de représentation à Budapest.

Dans une lettre envoyée à la directrice générale du FMI, la Française Christine Lagarde, il a remercié le Fonds d'être venu en aide à la Hongrie, via un prêt de 12,5 milliards d'euros abondé de 7,5 milliards par l'UE et la Banque mondiale, alors que le pays se trouvait au bord de la faillite suite à la crise financière mondiale.

"Au début de l'année 2013, le FMI a complété sa procédure de suivi de son prêt. Par conséquent, il n'est plus nécessaire au FMI de maintenir dorénavant son bureau de représentation à Budapest", a expliqué György Matolcsy.

A l'époque, la mission du FMI à Budapest avait confirmé dans un communiqué la fin du "mandat de la directrice de la mission Iryna Ivaschenko (...) au mois d'août" 2013. "Le FMI ne cherche pas à la remplacer", avait-il alors ajouté.

Est-ce à dire que les relations entre le FMI et la Hongrie ont été interrompues ? Absolument pas: la Hongrie est toujours membre du FMI, comme elle l'est depuis 1982. Et une mission du FMI s'est rendue en Hongrie entre février et mars 2017.  Elle y a rencontré... "l'honorable" György Matolcsy, le même gouverneur de la banque centrale qui avait demandé en 2013 la fin de la mission du FMI dans le pays. Lui et d'autres officiels hongrois ont été remerciés par le FMI pour "leur excellente collaboration et leur grande hospitalité".

3/ "Rothschild" contrôle-t-il le FMI et la plupart des autres banques centrales ?

Cette thèse antisémite n'est fondée sur rien. 

Le FMI est gouverné au quotidien par un conseil d'administration de 24 "administrateurs" élus par les pays membres ou par des groupes de pays membres. 

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