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Non, la France n'accueille pas un nombre d'immigrés légaux "équivalent" à la ville de Lyon chaque année

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Le président par intérim du RN Jordan Bardella assure que le nombre d'immigrés accueillis chaque année légalement en France équivaut à la population de la ville de Lyon. Cette affirmation est contredite par les chiffres officiels et occulte par ailleurs le fait que des dizaines de milliers d'étrangers quittent en parallèle le pays chaque année.

Menacés par l'ascension dans les sondages d'Eric Zemmour, le Rassemblement national (RN) et sa candidate Marine Le Pen reviennent à leurs fondamentaux en ciblant l'immigration, quitte à prendre parfois quelques libertés avec les chiffres.

Défendant la proposition d'un référendum sur l'immigration portée par Marine le Pen, le président par intérim du parti Jordan Bardella a ainsi assuré, le 28 septembre, que le nombre d'immigrés accueillis légalement en France chaque année équivalait à la population de la ville de Lyon, qui s'élevait à 518.635 en 2018 selon le dernier recensement de l'Insee.

"Nous voulons redonner au peuple français la maîtrise de son destin et la possibilité de dire qu'on ne peut plus accueillir l'équivalent de la ville de Lyon chaque année, de manière légale sans les clandestins, dans notre pays", a affirmé M. Bardella dans la matinale de France Inter.

Le responsable a utilisé la même image choc une deuxième fois pendant l'interview, en réponse à la question d'un auditeur. "Si les Français veulent continuer d’accueillir des centaines de milliers de personnes chaque année, alors à ce moment-là, si Marine Le Pen est élue présidente de la République, ils voteront non à ce référendum et nous continuerons d'accueillir l'équivalent de la ville de Lyon chaque année", a-t-il affirmé.

Cette comparaison se heurte toutefois aux chiffres officiels sur l'immigration.

Selon les données de l'Insee, la France a accueilli sur son sol 272.000 immigrés en 2019. Dans le détail, 41% de ces étrangers venaient d'Afrique --notamment du Maroc (9,5%)-- et 31% d'Europe.

Capture d'écran du site de l'Insee.

Les chiffres plus précis du ministère de l'Intérieur pour cette année non-faussée par l'épidémie de Covid font état de 274.676 premiers titres de séjour délivrés en 2019, accordés notamment au titre du regroupement familial et aux étudiants.

A cela, il faut ajouter les premières demandes d'asile qui se sont élevées en 2019 à 138.420, selon le ministère de l'Intérieur.

En additionnant ces deux chiffres, on arrive à quelque 413.100 étrangers ayant légalement fait leur entrée en France en 2019, soit environ 100.000 de moins que l'estimation avancée par Jordan Bardella.

Ce chiffre global occulte par ailleurs le fait que chaque année, des dizaines de milliers d'immigrés quittent en parallèle le territoire: selon les dernières données disponibles de l'Insee --qui ne prennent pas en compte l'asile--, 63.000 d'entre eux ont ainsi quitté la France en 2017 pendant que 261.000 y étaient accueillis, aboutissant à un solde migratoire de 198.000 personnes.

Au cours de l'interview, Jordan Bardella a également déploré que les étrangers arrivant en France seraient tous peu qualifiés tandis que les Français diplômés quitteraient le territoire.

Les données de l'Insee conduisent à nuancer les affirmations du président du RN.

Selon les chiffres datant de 2020, 37,8% des immigrés présents en France n'avaient certes aucun diplôme mais 42,7% d'entre eux étaient au moins titulaires du bac ou d'un brevet professionnel, 20,1% d'entre eux possédant même un diplôme supérieur à bac+2.

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29 septembre 2021 Ainsi que l'a signalé Jordan Bardella sur Twitter, la première version de notre article ne prenait pas en compte les chiffres des demandeurs d'asile, qui ne sont pas comptabilisés par l'Insee dans les flux migratoires. Voici version actualisée avec ces chiffres et ceux du ministère de l'Intérieur.
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