"Tout est déjà prévu d'avance" : attention à ce "calendrier" sur les dates de "lancement" de futurs variants du Covid-19

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Un calendrier présenté comme officiel et semblant lister des dates de "lancement" de futurs variants du Covid-19 a été publié et partagé des centaines de fois sur les réseaux sociaux depuis fin juillet. L'OMS, dont le sigle apparaît près du tableau aux côtés d'autres organisations, assure n'avoir aucun lien avec cette publication. Les experts interrogés par l'AFP rappellent par ailleurs que les variants émergent de façon totalement imprévisible.

"Tout est déjà prévu d'avance. Ils savent déjà tous les variants qui surviendront, quand ils surviendront et comment ils les appelleront ! On nous prend vraiment pour des caves !!!", commente Frédéric Clément sur son compte Facebook, sous la photographie d'un tableau en espagnol semblant lister les dates d'apparition des 21 prochains variants du Covid-19, entre juin 2021 et février 2023.

A droite du tableau, on peut notamment voir - ou deviner pour certains - les logos de l'Organisation mondiale de la Santé, du forum économique mondial (FEM), de l'Université Johns Hopkins et également de la Fondation Bill et Melinda Gates. La publication a été reprise et diffusée en plusieurs langues, en roumain, en anglais, en indonésien ou encore en allemand.

Contactés par l'AFP, l'OMS, le FEM et la Fondation Bill et Melinda Gates ont tous les trois démenti toute implication dans cette publication. L'université Johns Hopkins n'a de son côté pas répondu aux sollicitations de l'AFP dans l'immédiat.

"Nous n'avions jamais vu cette publication et nous n'avons pas été impliqués dans sa création", a déclaré à l'AFP le 28 juillet Chloe Laluc au FEM. "Il ne s'agit pas d'un document de l'OMS", a de son côté indiqué un porte-parole de l'OMS, Tarik Jašarevic, dans un courriel envoyé le 2 août. "Ces affirmations sont fausses", a réagi pour sa part le service de presse de la Fondation Gates.

Au-delà des logos, d'autres points de la publication attirent également l'attention : contrairement à l'OMS qui a pour habitude de lister d'un côté les variants à suivre (VOI) et de l'autre les variants préoccupants (VOC) du Covid-19, le calendrier diffusé sur les réseaux sociaux opte pour un ordre aléatoire, commençant par le variant le plus connu, le Delta.

La liste officielle de l'OMS comprend à l'heure actuelle quatre variants préoccupants (Alpha, Beta, Gamma et Delta) et quatre variants à suivre ( Eta, Iota, Kappa et Lambda).

Selon le calendrier diffusé sur les réseaux sociaux, le variant Delta était censé "être lancé" en juin 2021. Or ce variant, qui est l'un des plus contagieux, est apparu pour la première fois en octobre 2020 en Inde. Il a ensuite été considéré comme un "variant à suivre" en avril 2021 puis, en mai, comme un "variant préoccupant". Alpha, Beta et Gamma n'apparaissent quant à eux pas dans le calendrier diffusé sur Facebook.

Selon ce dernier, Eta serait par ailleurs 'lancé' en septembre 2021, Iota en novembre 2021, Kappa en décembre 2021 et Lambda en janvier 2022. Or ces "variants à suivre" ont tous déjà été détectés fin 2020. Eta et Iota ont été classés comme "variants à suivre" en mars 2021, avant Kappa en avril et Lambda en juin.

Les virus sont également généralement connus pour muter régulièrement, l'émergence de nombreux variants est donc loin d'être une surprise et ces derniers émergent de façon aléatoire, rappellent les scientifiques interrogés par l'AFP.

Quand il pénètre dans une cellule, un virus se réplique : il se copie lui-même pour se propager. A chaque réplication, des erreurs se produisent dans la copie du génome du virus, comme un "bug" informatique. Mais cette erreur peut avoir, ou non, une incidence plus ou moins importante sur la façon dont se comporte le virus.

"Le virus mute sans intention et il y a ensuite des systèmes de sélection qui font que si un variant a un avantage – notamment s'il est plus contagieux —il va gagner du terrain", expliquait à l'AFP Catherine Hill, épidémiologiste à l'institut Gustave-Roussy de Villejuif le 14 juillet dernier.

Sur son site internet, l'OMS assure suivre, avec "ses réseaux internationaux d'experts", l'évolution des virus de près afin "d'informer les pays et le public de tout changement éventuellement nécessaire pour faire face au variant et prévenir sa propagation", peut-on notamment lire.

Traduction et adaptation :
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