Attention à cet article trompeur selon lequel “les personnes vaccinées meurent plus que les non-vaccinées” en Angleterre

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Un article partagé plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux depuis le 16 juillet affirme qu'"il y a plus de morts [du Covid] chez les personnes vaccinées que chez les non vaccinées" en Angleterre, des données "qui ne [vont] pas plaire aux autorités sanitaires". En réalité, et même si cela peut paraît contre-intuitif, ces chiffres ne sont pas la preuve de l'inefficacité des vaccins, au contraire. Le raisonnement est fallacieux car il repose sur une comparaison entre deux valeurs absolues. Or, le "groupe" des vaccinés - qui dénombre le plus de morts - est nettement plus important que celui des non-vaccinés, ce qu'omet de préciser l'auteur de l'article.

"Un rapport anglais qui discrédite un peu plus les décisions du gouvernement français !", écrit la page Facebook "Ca doit se savoir", suivie par plus de 185.000 abonnés. "Ca ne va pas plaire à #Macron !!", abonde un internaute partageant le même article du Courrier du Soir sur Twitter.

Captures d'écran Facebook et Twitter prises le 22/07/2021

L'auteur de l'article répète à trois reprises que davantage de personnes primo-vaccinées ou entièrement vaccinées (163) que de personnes non vaccinées (92) sont décédées du Covid en Angleterre entre le 1er février et le 21 juin : ces chiffres proviennent d'un rapport des autorités sanitaires anglaises (Public Health England) publié le 9 juillet, mais ne concernent que les décès liés au variant Delta, qui ne représentent qu'une minorité des décès du Covid sur la période.

Capture d'écran du site de Public Health England prise le 22/07/2021

Par ailleurs, l'auteur de l'article fait figurer dans le titre une prétendue citation de Public Health England, qu'il présente comme un "incroyable aveu", et qui peut laisser entendre que les personnes vaccinées ont proportionnellement plus de risques de mourir du Covid que les non-vaccinés, ce qui est faux. Or, cette citation ne figure dans aucune publication ou déclaration des autorités sanitaires anglaises.

Enfin et surtout, son raisonnement est fallacieux car il repose sur une comparaison entre deux valeurs absolues. Or, le "groupe" des vaccinés - qui dénombre le plus de morts - est nettement plus grand que celui des non-vaccinés.

"Ces données doivent être interprétées en prenant en compte la couverture vaccinale très élevée dans la population britannique. Même avec un vaccin hautement efficace, il est attendu qu'une forte proportion des cas [de décès] survienne chez des personnes vaccinées, simplement parce qu'une plus forte proportion de la population est vaccinée", expliquait le 12 juillet à l'AFP Public Health England, alors que des publications similaires affirmaient que les données britanniques sur les décès liés au variant Delta formaient la preuve de l'inefficacité des vaccins.

"Cela ne veut PAS dire que les vaccins ne sont pas efficaces", explique Paul Hunter, professeur de médecine à l'université d'East Anglia (est de l'Angleterre), qui rappelle que "les vaccins ne sont pas efficaces à 100%", et met lui aussi en avant la "couverture vaccinale très élevée" chez les plus de 50 ans, groupe d'âge dans lequel sont survenus "presque tous les décès" depuis le début de l'épidémie.

"Les vaccins ont réduit considérablement le taux de mortalité", insiste le Pr Hunter.

Voici sa démonstration.

"Aujourd'hui plus de 95%, probablement même près de 97-98% des plus de 50 ans (et encore plus dans les groupes les plus âgés les plus vulnérables) sont entièrement vaccinés en Angleterre", souligne-t-il, estimant par ailleurs que la vaccination est efficace aux alentours de "95%*" dans la prévention des décès.

Ainsi, sur un échantillon d'un million de personnes de plus 50 ans, 975.000 sont immunisées et 25.000 ne le sont pas.

Dès lors, si l'on considère - de manière purement théorique - que l'infection tue 100 personnes sur 10.000 (soit 1%) chez les non-immunisés contractant le Covid-19 et seulement 5 personnes sur 10.000 (soit 0,05%) chez les personnes immunisées infectées, l'on arrive à 250 morts sur 25.000 dans le groupe des non-vaccinés et 487,5 morts sur 975.000 dans le groupe des vaccinés, calcule le Pr Hunter.

Mais, souligne-t-il, "sans vaccination 10.000 personnes mourraient" sur l'échantillon d'un million.

Les deux courbes ci-dessous, qui montrent l'évolution des cas de Covid et des décès liés au virus au Royaume-Uni, montrent à cet égard que l'actuelle flambée des contaminations alimentée par le très contagieux variant Delta ne se traduit pas pour l'heure par une hausse significative des décès.

Capture d'écran de la courbe des nouveaux cas du Covid recensés officiellement au Royaume-Uni ( Remi BANET)
Capture d'écran de la courbe des décès du Covid recensés officiellement au Royaume-Uni ( Remi BANET)

Deux statisticiens de l'université de Cambridge et de la Société royale de statistiques ont ainsi publié le 27 juin dans le quotidien britannique The Guardian une tribune intitulée : "Pourquoi la plupart des personnes qui meurent désormais du Covid en Angleterre ont été vaccinées".

"Ne pensez pas qu'il s'agit d'un mauvais signal, c'est exactement ce qui était attendu", préviennent d'emblée David Spiegelhalter et Anthony Masters.

Les deux experts rappellent eux aussi que le vaccin n'est pas efficace à 100% contre les décès, mais à "au moins 95%". Ils estiment que, face au virus, "une personne de 80 ans entièrement vaccinée encourt le même risque qu'une personne non vaccinée d'environ 50 ans", un risque de décès "bien moindre mais pas inexistant".

Les chiffres de mortalité brandis sur les réseaux sociaux sont donc à prendre avec des pincettes, alertent les deux statisticiens.

"Imaginez un monde hypothétique dans lequel tout le monde aurait reçu un vaccin imparfait [non efficace à 100%, comme c'est le cas avec les vaccins anti-Covid] : le taux de mortalité serait bas, mais tous les gens qui mourraient auraient été entièrement vaccinés", écrivent-ils. Ce qui, là encore, ne formerait pas la preuve de l'inefficacité des vaccins.

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