Non, il n'y a pas d'oxyde de graphène dans le vaccin Pfizer contre le Covid-19

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Selon des publications virales sur les réseaux sociaux depuis le début du mois, une étude espagnole récente montre que le vaccin Pfizer contre le Covid-19 contient de l'oxyde de graphène. Des internautes avancent même que le vaccin est composé à "99,9% d'oxyde de graphène". C'est faux. Des experts ont confirmé à l'AFP qu'il n'y a aucune preuve de la présence de ces substances dans le vaccin Pfizer - ni dans aucun vaccin disponible sur le marché en Europe aujourd'hui.

"99,99% d'oxyde de graphène dans les flacons Pfizer. Le plus sûr moyen de quitter ce monde dans d'atroces souffrances", écrit un internaute le 12 juillet sur Facebook, dans une publication partagée plus de 300 fois. La même affirmation est relayée sur Twitter, dans un thread partagé par plus de 1.200 personnes.

Selon lui, les images diffusées dans son thread, "obtenues par microscope électronique", montrent que des "nanoparticules d'oxydes de graphène" sont présentes dans le vaccin de Pfizer contre le Covid-19.

Les images utilisées sont tirées d'une étude espagnole menée par le Dr. Pablo Campra Madrid, enseignant à l'Université d'Almeria et spécialisée en Science alimentaire. Mise en ligne par l'auteur lui-même, cette étude n'a pas été relue et validée par d'autres scientifiques dans le cadre du processus d'une "évaluation par les pairs", avant publication dans une revue.

A ce sujet, lire notre article "Selon une étude..." : comment faire pour s'y retrouver ?

En préambule (p.3), le document précise qu'il s'agit d'une expérience réalisée à la demande de "M. Ricardo Delgado Martín" et "intitulée : "DETECTION DE GRAPHENE DANS UN ÉCHANTILLON DE SUSPENSION AQUEUSE". Campra indique avoir reçu par courrier, le 10 juin 2021, un flacon de vaccin Pfizer à analyser dans le cadre d'une "prestation de services".

L'homme qui a envoyé cet échantillon, Ricardo Delgado Martin est un militant anti-vaccins connu en Espagne, relayant régulièrement de fausses informations sur son blog "Quinta Columna" ("Cinquième Colonne"). Le 7 juin 2021, il soutenait déjà que le "SARS CoV-2 est du graphène" dans une vidéo publiée sur Instagram qui a fait l'objet d'un fact-checking de l'AFP en Espagne.

Qu'est-ce que l'oxyde de graphène ?

Le graphène est un nanomatériau (un composé constitué de minuscules particules) qui aurait des propriétés antibactériennes et antivirales. "C’est un matériau issu du graphite, comme votre mine de crayon, qui est faite de graphite, et si vous n'en prenez qu’une feuille, c’est du graphène. Il n’ a rien de mystérieux, ce sont des atomes de carbone reliés entre eux", a expliqué à l'AFP Erik Dujardin, chercheur au Centre d'élaboration de matériaux et d'études structurales du CNRS à Toulouse, le 13 juillet.

"L’oxyde de graphène ce n’est jamais que du graphène dégradé. Les atomes de carbone ne sont plus seulement liés entre eux, mais aussi avec des atomes d’oxygènes", a ajouté le chercheur.

Diego Peña, chercheur au CiQUS en Espagne (Center for Research in Biological Chemistry and Molecular Materials) a déclaré à l'AFP en juin que le graphène ne peut pas être utilisé pour les vaccins : "Le graphène n'est pas soluble, donc un graphène ne peut pas être injecté avec une solution (...) S'il y avait du graphène, les vaccins auraient des suspensions de couleur sombre." Une théorie également démontée dans ce thread Twitter par le chimiste et scientifique américain Matthew Diasio, qui a écrit sa thèse sur la décomposition du graphite en graphène dans différents liquides.

Une étude peu soignée

Dans son document, le Dr. Campra Madrid examine l'échantillon reçu par courrier en utilisant la microscopie optique et électronique, et compare son apparence à celle d'une feuille de graphène, également passée au microscope.

"Bien que la microscopie ne fournisse pas de preuve concluante", écrit-il dans son étude (p.22), il conclut tout de même -et dans la même phrase-, que leur ressemblance fournit "des preuves solides de la présence probable de dérivés du graphène" dans le vaccin.


Mais l'échantillon qu'étudie Campra "pourrait être n’importe quoi”, dit Morgane Bomsel, chercheuse du CNRS à l’Institut Cochin, "quand il cherche des choses toxiques, il dit qu’il ne sait pas trop d’où vient l’origine du produit analyser, on sait pas ce que c’est."

L'AFP a également contacté l'organisme Graphene Flagship, financé par la Commission européenne. Ce projet "regroupe près de 170 partenaires universitaires et industriels de 22 pays" pour travailler sur ce matériau, indique le site internet.

Ester Vázquez, experte en santé et sécurité du graphène de Graphene Flagship explique que la microscopie n'est pas une méthode adéquate pour étudier la présence de graphène ou d'oxyde de graphène : "les tests réalisés (dans le rapport, NDLR) sont insuffisants pour caractériser le graphène, ils montrent seulement quelques images de microscopie qui ressemblent à des images de graphène et d'oxyde de graphène dans la littérature. Cela est loin d'être une preuve scientifique - l'identification du graphène nécessiterait des analyses plus poussées utilisant d'autres techniques."

Campra écrit également dans son étude que "les résultats et les conclusions de ce rapport n'impliquent aucune position institutionnelle de l'Université d'Almería", qui dans un communiqué s'est défendue d'avoir un lien avec cette étude face à l'ampleur prise par cette fausse information.

Contactée par l'AFP, l'Université d'Almería a précisé qu'il était "faux" de dire qu'elle a réalisé cette étude et publié ces résultats. "Des résultats qui, par ailleurs, ont déformé le contenu d'un rapport non officiel d'un professeur de l'UAL concernant l'analyse d'un échantillon d'origine inconnue et sans aucune traçabilité", a-t-elle ajouté.

"99.99% d'oxyde de graphène"

Le rapport de Campra a été popularisé par cette vidéo virale du "Stew Peters Show" où le Dr. Jane Ruby, se basant sur le document, affirme que l'ARN du vaccin Pfizer "est à 99,99% de l'oxyde de graphène", ce qu'elle présente comme une "preuve scientifique" que "les injections de Covid sont un empoisonnement de masse" et un "génocide". L'AFP a déjà vérifié une autre affirmation de Jane Ruby dans la même émission : elle affirmait à tort que les vaccins à ARNm contre le COVID-19 rendaient le bras magnétique par un phénomène de "magnétofection".

"Avec une teneur à 99%, on ne fait même pas une pâte", a dit à l'AFP Emmanuel Flahaut, chercheur du CNRS au Centre interuniversitaire de recherche et d'ingénierie des matériaux.

Sollicité par l'AFP sur ce taux qui n'apparaît pas dans son étude, Pablo Campra Madrid a répondu le 14 juillet : "notre conclusion est que 99% de l'absorbance ultraviolet ne provient pas de l'ARN (du vaccin, NDLR), et son signal est compatible avec le graphène, MAIS BEAUCOUP D'AUTRES substances montrent le même signal".

Par ailleurs, Yoni Hillen, du Medicines Evaluation Board (CBG) qui évalue et garantit l'efficacité, la sécurité et la qualité des médicaments aux Pays-Bas, a dit à l'AFP le 13 juillet qu'il n'existait "aucune indication" de la présence de graphène ou d'oxyde de graphène dans les vaccins utilisés en Europe.

Marcelo Mariscal, vice-doyen de la faculté des sciences chimiques de Córdoba en Argentine, a confirmé à l'AFP en juin que ces substances sont actuellement à l'étude : "Il n'y a que quelques articles dans la littérature où l'oxyde de graphène a été utilisé (...) comme adjuvant potentiel dans les vaccins. Les adjuvants sont utilisés pour améliorer l'immunogénicité ou la capacité à déclencher une réponse immunitaire. Il s'agit d'études modèles dans des phases de recherche fondamentale, qui sont encore loin d'une application."

La composition du vaccin Pfizer déjà connue

Plusieurs mois avant l'autorisation d'urgence des premiers vaccins contre le coronavirus, les premières théories sur d'éventuels "ingrédients" suspects ou secrets ont circulé en ligne, pour tromper la population. Pourtant, les composants ne sont pas secrets. Ceux de Pfizer-BioNTech, Moderna, AstraZeneca et Janssen ont tous été publiés par les autorités sanitaires.

Dervila Keane, porte-parole de Pfizer, a confirmé à l'AFP le 8 juillet que "l'oxyde de graphène n'est pas utilisé dans la fabrication du vaccin Covid-19 de Pfizer-BioNTech."

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