Vaccination à l'AstraZeneca dans une clinique de Dakar le 2 avril. ( AFP / JOHN WESSELS)

Non, AstraZeneca n'a pas annoncé que son vaccin anti-Covid était "inefficace"

Copyright AFP 2017-2021. Droits de reproduction réservés.

AstraZeneca aurait annoncé, selon de nombreuses publications sur les réseaux sociaux, que son vaccin contre le Covid-19 était inefficace. Cette affirmation repose toutefois sur une confusion: le groupe anglo-suédois a bien fait état d'essais cliniques décevants d'un traitement anti-Covid par anticorps mais ce médicament en développement est totalement distinct de son vaccin, dont le géant pharmaceutique n'a pas remis en cause l'efficacité.

Mal-aimé et boudé par une partie de l'Europe, le vaccin développé par AstraZeneca contre le Covid-19 serait en plus inefficace, de l'aveu même du groupe pharmaceutique anglo-suédois. C'est ce qu'affirment de nombreuses publications sur Facebook, dans plusieurs pays africains mais aussi en France ou au Canada, en se basant toutes sur la même source: un article paru sur le site de la chaîne d'information continue LCI.

Les conclusions qui en sont tirées sont, elles aussi, assez similaires: cet "aveu" montrerait qu'il faut d'urgence cesser d'utiliser l'AstraZeneca et viendrait valider les craintes qui entouraient ce vaccin. "Un vaccin qui n en était pas un, des personnes qui pensent être a l'abri et maintenant seraient en danger", se désole un internaute en France quand un autre, basé au Niger, s'interroge sur "l'insistance" des autorités de son pays à vouloir "coûte que coûte injecter ce produit dont les concepteurs ont témoigné de son inefficacité".

Ces affirmations reposent toutefois sur une confusion: le groupe pharmaceutique anglo-suédois AstraZeneca a certes récemment reconnu un revers dans l'expérimentation d'un traitement contre le Covid-19 sur lequel il travaillait mais ce médicament est totalement distinct de son vaccin, dont il n'a jamais remis en doute l'efficacité.

Tout est parti d'un communiqué publié le 15 juin dans lequel le groupe pharmaceutique a fait part des résultats décevants liés à un traitement par anticorps qui doit permettre à la fois de prévenir et de traiter le Covid-19. Lors des essais dits de phase III --- celle précédant la demande de mise sur le marché -- menés sur 1.121 participants, ce médicament baptisé Storm Chaser n'a réduit que de 33% les risques de développer une forme symptomatique du Covid-19, un taux "pas statistiquement significatif", a tranché AstraZeneca.

"L'essai n'a pas atteint le but principal de prévenir les cas de Covid-19 symptomatique après exposition" au virus, a détaillé le groupe.

Ce revers pour AstraZeneca a fait l'objet d'une dépêche de l'AFP le 15 juin, qui a fourni la trame de l'article de LCI sur lequel s'appuient les publications que nous examinons.

Ce traitement encore en développement est toutefois totalement distinct du vaccin conçu par AstraZeneca et l'Université d'Oxford qui a notamment été approuvé le 30 décembre au Royaume-Uni et le 29 janvier par l'Agence européenne des médicaments (EMA) après différents essais cliniques ayant fait apparaître une efficacité de 60% contre les formes graves du Covid.

AstraZeneca n'a jamais remis en cause l'efficacité de son vaccin et est même monté au créneau pour le défendre face aux soupçons qu'ils puissent être à l'origine d'effets secondaires graves. Le 12 mars, il avait ainsi affirmé qu'il n'y avait "aucune preuve de risque aggravé" d'apparition de caillots sanguins, au moment où le Danemark, l'Islande et la Norvège avaient suspendu son utilisation.

Le 22 mars, à l'issue d'essais cliniques de phase III aux Etats-Unis, le groupe avait affirmé que son vaccin était efficace à 79% pour prévenir le Covid-19 symptomatique dans la population générale et à 100% pour empêcher les formes sévères de la maladie et l'hospitalisation.

Aucune référence au vaccin AstraZeneca n'apparaît d'ailleurs dans le communiqué du 15 juin relatif au traitement par anticorps, comme le relève l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

"Le récent communiqué sur les essais du traitement Storm Chaser par le groupe AstraZeneca n'a pas de lien avec le vaccin mais avec la fourniture d'anticorps pré-constitués à ceux qui ont été exposés au virus du Covid-19", a indiqué la division africaine de l'agence onusienne, dans une réaction transmise à l'AFP, récusant tout doute sur l'efficacité du vaccin.

"Les vaccins Oxford-AstraZeneca sont sûrs, efficaces et approuvés au niveau mondial par l'OMS", ajoute l'agence, assurant que les premières données résultant de la vaccination de millions de personnes sur le globe confirment qu'ils sont "hautement efficaces pour prévenir les formes graves et les décès consécutifs au Covid-19"

Plusieurs pays en ont toutefois restreint l'utilisation, la France le réservant ainsi aux plus de 55 ans en raison de risques de très rares thromboses chez des populations plus jeunes. Son utilisation dans l'Hexagone est d'ailleurs en repli continu : au 10 juin, 5,7 millions de doses d'AstraZeneca avaient été injectées en France sur un total de 42,9 millions, selon les chiffres officiels.

L'enjeu autour de l'efficacité et de la sûreté de l'AstraZeneca est crucial notamment en Afrique, qui a beaucoup misé sur ce vaccin pour éviter une vague épidémique. Plus de 16 millions de doses de vaccins, en écrasante majorité AstraZeneca, avaient été distribuées mi-mars dans 27 pays africains grâce au dispositif international Covax, selon les chiffres de l'OMS-Afrique.

Fin mai, l'agence onusienne avait assuré que l'Afrique avait besoin d'au moins 20 millions de doses d'AstraZeneca dans les six prochaines semaines pour fournir à temps une deuxième dose à toutes les personnes qui en ont reçu une première.

COVID-19 VACCINS