Offenser l'islam passible de cinq ans de prison en Espagne? C'est faux

En Espagne, tourner en dérision une religion en vue d'offenser est réprimé par le Code pénal. Depuis la mi-mars 2026, des messages circulant de manière virale sur les réseaux sociaux affirment que le chef du gouvernement espagnol Pedro Sánchez veut punir de cinq ans de prison le fait de se moquer de l'islam. Si le bien-fondé de la disposition du Code pénal espagnol sur les offenses aux sentiments religieux fait l'objet de débats dans le pays, celle-ci ne prévoit pas de peine de prison mais des amendes, et le Premier ministre espagnol n'a manifesté aucune intention de la durcir.

"Quiconque insultera le prophète ou la religion islamique sera puni de cinq ans de prison", peut-on lire sur un message ornant une photo de Pedro Sánchez, tenant dans la main gauche un Coran.

Cette publication a circulé en espagnol, comme dans ce message sur X, mais aussi en arabe, en anglais, en serbe...

Elle a ensuite essaimé en France sur des comptes Facebook comme ici et ici, et au Québec. Elle génère des commentaires menaçants comme celui-ci : "Ne t'inquiète-pas, on ne va pas l'insulter ton petit prophète Mohamed d'amour, on va juste déclencher une 3ème croisade en Europe dans les cinq années à venir, et celle-ci ce sera la bonne". Quelques-uns saluent au contraire ce qu'ils pensent être une initiative officielle : "Respect à monsieur Pedro Sánchez".

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Capture d'écran réalisée le 1er avril 2026. Croix rouge ajoutée par l'AFP

La disposition qui concerne en Espagne l'offense aux sentiments religieux est l’article 525 du Code pénal et "ne mentionne spécifiquement aucune religion", a expliqué Jacobo Dopico, professeur de droit pénal à l'Université Carlos III de Madrid, à l'AFP le 31 mars 2026.

Il punit ceux "qui, dans l'intention d'offenser les sentiments des membres d'une confession religieuse, tournent publiquement en dérision, oralement, par écrit ou au moyen de tout type de document, leurs dogmes, croyances, rites ou cérémonies, ou qui, également publiquement, maltraitent ceux qui les professent ou les pratiquent", selon le texte.

Est aussi réprimée l'offense envers quelqu'un qui ne professe aucune religion ni croyance.

L'article 525 ne prévoit pas de peine de prison, mais des amendes de "huit à douze mois", selon un système de jours amendes fixés par le tribunal. 

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Capture d'écran du Code pénal espagnol réalisée le 2 avril 2026

Cet article n'a subi "aucune modification" depuis sa création en 1995, a indiqué le professeur Jacobo Dopico, également directeur du projet LibEx.es, dédié à l'analyse des délits d'expression.

L'AFP n'a retrouvé aucune trace d'une déclaration officielle du Premier ministre espagnol annonçant un changement de cet article. 

Quant au visuel accompagnant la publication trompeuse, une recherche d'image inversée permet de situer cette image en Slovaquie, lors d’une visite du président du gouvernement espagnol en mars 2022. Par mots-clés, on peut retrouver un communiqué de presse du gouvernement espagnol, qui joint des photographies et une vidéo de ce voyage présentant des éléments coïncidant avec ceux de l'image virale. Le Coran, qui ne figurait pas sur ces photos, a donc été ajouté.

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Capturas de pantalla de una publicación viral en Facebook (I) y de la web de La Moncloa hechas el 31 de marzo de 2026, con elementos destacados por AFP Factual

Artistes et humoristes poursuivis 

La question du bien-fondé de l'article du Code pénal espagnol revient régulièrement en Espagne, notamment car il occasionne de nombreuses plaintes contre des artistes, recours qui n'aboutissent pas toujours, comme l'explique cet article du Monde. En 2020 par exemple, l'acteur Willy Toledo avait été acquitté après avoir été poursuivi notamment pour avoir écrit sur Facebook qu'il "chiait sur Dieu" et qu'il "avait de la merde à revendre pour chier sur le dogme de la sainteté et de la virginité de la Vierge Marie" (lien archivé ici). 

En 2023, c'est un sketch d'une femme déguisée en vierge en carton avec une poupée dans une émission satirique (Esta) qui avait suscité la colère de l'église espagnole, entraînant une plainte (lien archivé ici).

L'article 525 est mis en avant à l'appui des recours, alors qu'en Espagne le délit de blasphème a été supprimé en 1988 (lien archivé ici). En novembre 2025,  le groupe socialiste au Congrès avait proposé de le supprimer, ce qui avait suscité un tollé chez les représentants de toutes les religions qui avaient protesté de manière conjointe pour dire leur "sérieuse préoccupation" (liens archivés ici et ici).

Pedro Sánchez avait dénoncé le 29 mars 2026 une attaque à "la liberté religieuse" en Israël après l'interdiction d'entrée du patriarche latin de Jérusalem dans l'église du Saint-Sépulcre. Il a aussi protesté le 31 mars contre la loi adoptée par le Parlement israélien instaurant la peine de mort "pour les terroristes", rédigée pour ne s'appliquer qu'aux Palestiniens, et représentant pour lui "un pas de plus vers l'apartheid". 

Le chef de gouvernement espagnol s'est fermement opposé à la guerre en Iran, une "intervention illégale" en dehors du cadre international à ses yeux. Cela a donné lieu à des échanges vifs entre lui et le président des Etats-Unis Donald Trump, ainsi qu'à de la désinformation le visant comme l'AFP l'a relevé ici

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