Ces prétendues photos de l'arrestation de Gims à Paris ont été générées par intelligence artificielle
- Publié le 26 mars 2026 à 19:28
- Lecture : 6 min
- Par : Cintia NABI CABRAL, AFP France
L'artiste congolais Gims a été interpellé le 25 mars 2026 par le service national des douanes judiciaires à sa descente de l'avion, à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. Dans la foulée, de prétendues photos de son arrestation ont largement circulé sur les réseaux sociaux, le montrant menotté et entouré de policiers. Mais ces images ont en réalité été générées par intelligence artificielle (IA), comme le montrent de nombreuses incohérences visuelles. L'AFP n'a pas trouvé trace de clichés authentiques montrant cette interpellation.
"Affaire Gims : les autorités congolaises ont officiellement saisi les autorités françaises au sujet de l'interpellation de l'artiste Gims, survenue à l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle alors qu'il provenait de Dubaï", peut-on lire dans une publication Threads partagée des dizaines de fois et aimée par des milliers d'internautes depuis le 25 mars.
Pour illustrer ses propos, l'internaute partage une image censée montrer le chanteur, vêtu d'une veste en jean et d'un pantalon blanc, menotté par un agent de la police nationale dans une rue parisienne, entouré de passants semblant surpris de voir une telle scène.
Des publications similaires, avec la même image à l'appui, circulent sur Facebook (1, 2, 3, 4), Instagram, TikTok, X (1, 2, 3) et YouTube (1, 2), et dans plusieurs langues, notamment en lingala, comme ici et là.
"Gims arrêté à Roissy : star ou pièce d'un réseau de blanchiment mondial ? - L'enquête qui fait trembler l'industrie", peut-on lire sur une autre image également partagée sur Facebook (1, 2, 3), YouTube et Threads depuis l'arrestation de l'artiste congolais à Roissy.
Cette fois-ci, l'image prétend montrer l'artiste escorté à l'aéroport par des agents des douanes judiciaires et de la police, avec en arrière-plan un véhicule des douanes et un avion de la compagnie Air France.
Ces visuels sont apparus après l'interpellation de Gims, Gandhi Djuna de son vrai nom, et son placement en garde à vue le 25 mars 2026 dans le cadre d'une enquête pour blanchiment en bande organisée (lien archivé ici).
Des images générées par intelligence artificielle
En observant les images partagées sur les réseaux sociaux de près, on peut relever plusieurs incohérences visuelles, typiques des contenus générés par IA, même si les progrès constants de ces outils rendent de plus en difficile la détection de leur utilisation.
Sur la première image, l'arrestation semble se dérouler dans une rue parisienne, alors qu'elle a en réalité eu lieu dans un aéroport. Les regards des supposés témoins et celui d'un agent des Compagnies républicaines de sécurité (CRS) paraissent déformés et peu naturels.
Interrogé le 26 mars par l'AFP, le service d'information et de communication de la police nationale (Sicop) a qualifié l'image de "100% fausse" (lien archivé ici).
Les équipements visibles des forces de l'ordre présentent également plusieurs anomalies. L'écusson porté par l'agent à gauche mentionne "Force nationale" au lieu de "Police nationale". Et il est incohérent qu'un agent portant un tel écusson puisse également porter celui des CRS, comme sur cette image, a souligné le pôle presse de la police nationale à l'AFP. Par ailleurs, le griffon comporte deux couleurs dans l'image générée par IA, alors que le véritable insigne ne contient que du bleu.
L'écusson CRS est, quant à lui, presque illisible.
En arrière-plan, deux véhicules semblent appartenir à la gendarmerie, alors que ce sont des CRS qui procèdent à l'interpellation sur l'image, remarque aussi le Sicop.
Les marquages sur les véhicules sont également erronés : l'un ne porte pas correctement l'inscription "GENDARMERIE", et le mot "POLICE" est à peine déchiffrable sur l'autre.
L'AFP Factuel a par ailleurs pu établir que l'image avait été générée à l'aide de Google AI, modèle d'intelligence artificielle de Google, en utilisant l'outil de détection SynthID de Google, qui permet d'identifier les contenus produits par cette technologie (lien archivé ici).
La seconde image présente elle aussi plusieurs anomalies : la tenue du douanier ne correspond pas à celle en usage à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, les mains sont déformées (doigts fusionnés ou en nombre incorrect), et une tour visible en arrière-plan qui ne correspond à aucune infrastructure réelle de l'aéroport (lien archivé ici).
On note également l'absence d'un élément textile noir sous l'inscription "POLICE" sur le brassard masqué de l'agent escortant Gims.
Une analyse réalisée par l'AFP à l'aide du détecteur d'images synthétiques intégré à l'outil de vérification (cocréé par l'AFP) InVID-WeVerify estime que cette image a vraisemblablement été générée par IA, avec un score de probabilité de 99%.
Malgré la large couverture médiatique de l'événement, tant en France qu'en République démocratique du Congo (RDC), l'AFP n'a trouvé, au 26 mars, aucune trace d'une quelconque image authentique de l'interpellation du chanteur.
Il n'est pas rare que des images générées par IA circulent sur les réseaux sociaux au gré de l'actualité : en février 2026, l'AFP avait par exemple vérifié des images générées par IA prétendant montrer la perquisition des locaux du réseau social X à Paris.
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