Affiche de campagne de Valérie Pécresse, le 1er février 2022 à Fougeres (Ile-et-Vilaine) ( AFP / Damien Meyer)

"Qu'est-ce que l'ambassadeur du Mali fait encore en France", demandent Pécresse et Marine Le Pen ? Il est parti en 2020

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La candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, et celle des Républicains, Valérie Pécresse, ont réclamé l'expulsion de l'ambassadeur du Mali en France, après celle de l'ambassadeur français annoncée par la junte au pouvoir à Bamako. Mais le Mali n'a plus d'ambassadeur en France depuis février 2020. Le pays y est représenté depuis cette date dans l'Hexagone par un chargé d'affaires. L'entourage de la candidate LR dénonce depuis une "réaction timide" des autorités françaises, faute de "mesure réciproque".

Les tensions dans la relation franco-malienne ont franchi un cran supplémentaire avec la décision, lundi 31 janvier 2022, de la junte au pouvoir à Bamako d'expulser l'ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer. Bamako a justifié cette décision par de récents déclarations "hostiles" de responsables français à son encontre.

Dans un premier temps, la France s'est bornée, par la voix du ministère des Affaires étrangères, à "prendre note" de cette décision malienne. Puis, mardi 1er février, devant l'Assemblée nationale, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian a évoqué "un évènement dû à l'irresponsabilité -- j'y insiste -- et à l'illégitimité du gouvernement issu d'un coup d'Etat".

Mais la réaction française a suscité des critiques parmi certains candidats à l'élection présidentielle la jugeant trop timorée, notamment Marine Le Pen (Rassemblement national) et Valérie Pécresse (Les Républicains).

"Je pense qu’il faut immédiatement renvoyer évidemment l’ambassadeur du Mali, qui devrait, au moment ou on se parle, déjà être dans l’avion", a déclaré Mme Le Pen lundi 31 janvier sur CNEWS.

Même discours, mercredi 2 février, également sur CNEWS, de la part de la candidate des Républicains (LR) Valérie Pécresse: "d'abord, qu'est-ce que l'ambassadeur du Mali fait encore en France ?"

"On n'a pas vocation à rester dans un pays qui ne veut pas de nous", a également déclaré la présidente de la région Ile-de-France

En réalité, le Mali n'a plus d'ambassadeur en France depuis février 2020.

Bamako avait alors décidé de rappeler son ambassadeur, Toumani Djimé Diallo, après la convocation de ce dernier par le Quai d'Orsay, qui lui avait signifié son "indignation" après des propos tenus devant la Commission de la Défense du Sénat, sur les "problèmes" posés selon lui par la Légion étrangère sur le sol malien.

Depuis lors, le Mali est représenté en France par un chargé d'affaires. Un chargé d'affaires est un diplomate qui assure provisoirement les fonctions de l'ambassadeur en son absence, selon la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961. Ce rôle échoit fréquemment au N.2 de l'ambassade.

Le site de l'ambassade du Mali en France était inaccessible jeudi 3 février. La page Facebook de l'ambassade relate les activités de l'ambassadeur jusqu'à cette audition au Sénat de février 2020. A partir de cette date, elle relate les activités du chargé d'affaire ad intérim, Elhadji Alhousseini Traoré, puis du chargé d'affaire actuellement en poste, Abdallah Ag Hama.

Le porte-parole du gouvernement français, Gabriel Attal, a fustigé, mercredi 2 février, la "logique politicienne et électoraliste" des deux candidates, mais aussi d'Eric Zemmour.

"Un minimum d'intérêt pour ce dossier aurait permis de savoir que nous n'avons plus d'ambassadeur du Mali en France depuis deux ans", a déclaré M. Attal à la presse à l'issue du Conseil des ministres.

"Le Mali a en France un chargé d'affaires, de même que nous gardons un chargé d'affaires au Mali depuis le rappel de notre ambassadeur", a précisé le porte-parole du gouvernement.

La France a en outre, "cet été", "refusé une demande d'agrément d'un ambassadeur du Mali en France", a ajouté Gabriel Attal.

Sollicité par l'AFP, l'entourage de Marine Le Pen n'a pas donné suite.

"Valérie Pécresse n'accepte pas que notre pays et notre armée se fassent humilier", a pour sa part fait valoir auprès de l'AFP Geoffroy Didier, directeur de la communication de la candidate des Républicains (LR).

"Gabriel Attal joue avec les mots: la réalité, c'est que le chargé d'affaires, qui fait fonction d'ambassadeur, n'a strictement rien à faire dans notre pays", a ajouté M. Didier, qui accuse le porte-parole du gouvernement "d'ajouter l'hypocrisie à la faiblesse": "la réalité, c'est que le gouvernement a eu une réaction beaucoup trop timide, qui a juste consisté à prendre note et acte de l'expulsion de notre ambassadeur."

"Ce qu'a voulu dire Valérie Pécresse, très clairement, c'est qu'il y a des diplomates maliens qui sont en poste à Paris, un chargé d'affaires qui fait fonction d'ambassadeur. Et que si on expulse nos diplomates du Mali, il doit y avoir une mesure réciproque. C'est une mesure très simple", a pour sa part déclaré sur RFI l'ancien ministre Michel Barnier, conseiller auprès de la candidate LR pour les questions européennes et internationales.

"Il faut rompre les relations diplomatiques avec un pays qui nous humilie", a même prôné le député Eric Ciotti, ex-rival et conseiller de Mme Pécresse, jeudi 3 février sur LCI.

Outre Mmes Le Pen et Pécresse, M. Attal a également cité Eric Zemmour.

Le candidat d'extrême-droite (parti Reconquête) n'a cependant pas abordé le cas de l'ambassadeur malien en France. "Nous nous battons pour expulser les djihadistes du Mali, mais le Mali expulse notre ambassadeur. Nos soldats meurent pour un pays qui nous humilie ! Toute la politique africaine de la France est à repenser", a-t-il écrit sur Twitter.

Les relations avec la France, ancienne puissance coloniale engagée militairement contre les jihadistes au Mali et au Sahel depuis 2013, n'ont cessé de se détériorer depuis que des colonels ont pris par la force en août 2020 la tête du pays sahélien, plongé depuis 2012 dans une profonde crise sécuritaire et politique. Elles se sont encore envenimées en mai 2021, avec un nouveau putsch des mêmes colonels pour renforcer leur emprise.

M. Meyer avait déjà été convoqué en octobre 2021 quand le président français Emmanuel Macron avait vivement réagi à des propos du chef du gouvernement malien évoquant la réduction programmée des effectifs français et parlant d'"abandon en plein vol". M. Macron avait en retour parlé de "honte" de la part de "ce qui n'est même pas un gouvernement".

Les tensions se sont encore exacerbées depuis que la junte sous la conduite du colonel Assimi Goïta a révoqué son engagement initial à organiser des élections le 27 février prochain, et que l'organisation des Etats ouest-africains Cédéao a infligé le 9 janvier de sévères sanctions diplomatiques et économiques à ce pays pauvre et enclavé.

La France a déployé plus de 5.000 soldats au Sahel et au Mali avant de décider en 2021 de réduire la voilure. Avec les récents développements, elle s'interroge sur les modalités de sa présence.

La ministre française de la Défense, Florence Parly, le 27 janvier à Hyères (Var) lors de la cérémonie d'hommage au brigadier Alexandre Martin, tué dans une attaque au mortier du camp militaire de l'opération Barkhane à Gao (Mali). ( AFP / CLEMENT MAHOUDEAU)

En France, les oppositions se sont prononcées quasi-unanimement en faveur d'un désengagement de la France après ce nouvel épisode de tension diplomatique.

Mercredi 2 février, devant le Sénat, le Premier ministre français Jean Castex a annoncé un prochain débat au Parlement sur l'intervention militaire française au Mali.

53 soldats français sont morts au Sahel depuis 2013, dont 48 au Mali. Le dernier en date, le brigadier Alexandre Martin, a été tué le 22 janvier dans une attaque au mortier du camp militaire de l'opération Barkhane à Gao.

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