Un médecin tient un flacon de "Thiopental", un barbiturique utilisé dans la pratique de l’euthanasie, dans un hôpital en Belgique, le 1er février 2024. (AFP / Simon Wohlfahrt)

"Les plus pauvres" recourent davantage à l’aide à mourir ? Ce n’est pas ce que montrent des études

La proposition de loi créant un "droit à l'aide à mourir", votée le 25 février à l'Assemblée nationale mais qui doit encore être adoptée au Sénat, divise la classe politique. Certains députés jugent la loi "permissive" et craignent qu'il devienne plus facile de demander la mort que de se faire soigner, tandis que d'autres la voient comme une avancée sociétale majeure. Plusieurs députés opposés à la légalisation d’un droit à l’aide à mourir ont affirmé que dans les pays où l’aide à mourir était légale, davantage de personnes pauvres y faisaient appel, non pas en raison de souffrances médicales, mais en raison de leur détresse économique et sociale. Mais ce n’est pas ce que montrent des études menées aux Etats-Unis, au Canada, en Belgique ou en Suisse, ni ce qu'ont analysé plusieurs chercheurs interrogés par l'AFP. 

Autorisée depuis 1997 dans l'Oregon aux Etats-Unis, 2002 en Belgique ou 2016 au Canada, l'aide à mourir revêt plusieurs formes et est accessible sous différentes conditions, selon les pays où elle est pratiquée. En France, le texte voté à l'Assemblée nationale prévoit que le malade s'administre lui-même le produit (on parle de suicide assisté), sauf s'il n'est "physiquement pas en mesure de le faire", auquel cas un médecin ou un infirmier s'en chargera (euthanasie).

"Dans les exemples étrangers, européens ou extra-européens qui ont légalisé, en ce sens, on sait que les plus pauvres, malheureusement, se dirigent davantage que les plus riches vers des formes d'aide à mourir, de suicide assisté. Et donc je n'arrive pas à comprendre comment on peut être de gauche et renoncer à défendre les plus faibles", a déclaré dans l’hémicycle le 23 février le député Rassemblement National (RN) Christophe Bentz (lien du compte-rendu de séance archivé ici).

"Dans l’Oregon, la première année de l’application de la loi, 65% des bénéficiaires avaient une assurance privée qu’ils payaient. Aujourd’hui ils ne sont plus que 20% : c’est la preuve que les plus pauvres recourent plus à la mort assistée", affirmait le 15 février au Journal du dimanche Philippe Juvin, député Les Républicains (LR) (lien archivé ici).

Mais ce chiffre, repris plusieurs fois et depuis plusieurs années par divers députés opposés à l'ouverture d'un droit à l'aide à mourir, fait un lien trompeur entre pauvreté et souscription à l'assurance publique et est extrait d'une étude américaine qui présente de nombreuses limites. De plus, même si l'on manque de données sur le statut socio-économique des bénéficiaires de l'aide à mourir dans les pays où elle est légalisée, le peu d'études disponibles ne montre pas de prévalence chez les personnes pauvres. 

En revanche, les chercheurs interrogés par l'AFP affirment, études à l'appui, que "l'accès à l'aide médicale à mourir exige un capital culturel et social important", comme l'a notamment expliqué Joachim Cohen, professeur de santé publique et de soins palliatifs à Vrije Universiteit Brussel (Belgique) et membre du End-of-Life Care Research Group, un groupe de recherche scientifique (lien archivé ici).

Limites et conflits d'intérêts 

L'étude, sur laquelle s'appuient les députés cités, a compilé des données entre 1998 et 2022 dans l'Oregon aux Etats-Unis (lien archivé ici). Selon ses conclusions, "le mode de financement des soins de santé des patients est passé d’un statut majoritairement privé (65 %) à un soutien majoritairement gouvernemental (79,5 %)". Les auteurs ajoutent avoir "observé une augmentation du nombre de patients se sentant être un fardeau et évoquant des préoccupations financières comme raisons de choisir une mort assistée."

Mais cette étude comporte plusieurs limites. D'abord, une note précise que "la déclaration de conflit d’intérêts a été omise lors de la première publication", alors que ses auteurs et autrices travaillent pour des organisations qui se positionnent contre le droit à une aide à mourir, comme Claud Regnard qui "fournit du contenu pour le site 'Keep Assisted Dying Out of Healthcare'" (Tenons l’aide à mourir à l’écart du système de santé, en français).

Et, dans le détail des chiffres présentés, si le nombre d'assurés privés a effectivement baissé, cela ne témoigne pas forcément d’un changement de profil des patients demandant l’aide médicale à mourir (AMM), vers des patients plus pauvres, mais plutôt d’une tendance nationale, comme le montrent les données publiques collectées par les autorités de santé américaines.

Selon ces données publiques, en 1998 (année suivant l'entrée en vigueur de la légalisation de l'aide à mourir dans l'Oregon), 78% des personnes de moins de 65 ans avaient une assurance privée, contre 13% une assurance publique. En 2022, la part des assurés privés descendait à 64% et celle des assurés qui bénéficient d'une couverture de santé publique atteignait quasiment les 30%.

Cette baisse relative du privé s'explique notamment par une migration vers les couvertures publiques : l’éligibilité à Medicaid s’est élargie depuis les années 1980, puis massivement après l’Affordable Care Act (ACA), surnommée Obama Care adoptée en 2010. Aussi, les entreprises financent de moins en moins à leurs salariés des assurances, selon la revue Health Affairs : "En 2002, environ 47 % des petites entreprises proposaient une assurance maladie comme avantage social, contre 30 % en 2023. En revanche, le pourcentage de grandes entreprises proposant une assurance maladie est resté quasiment stable sur cette période." (liens archivés ici et ici)

Aux Etats-Unis, l'assurance publique regroupe Medicare et Medicaid (destiné aux personnes à faibles revenus) et est accessible automatiquement aux personnes de plus de 65 ans. En 2022, 95% des plus de 65 ans étaient ainsi couverts par une assurance publique, selon un rapport paru en 2023 (lien archivé ici).

L'âge médian des américains ayant bénéficié d'une aide médicale à mourir étant de 74 ans, selon une étude publiée en 2022 fondée sur une collecte de 23 ans de données aux Etats-Unis (lien archivé ici). Il n'est pas surprenant que, parmi les personnes ayant recours à une aide à mourir, la proportion de personnes disposant d'assurance publique soit plus importante.

Pour l'une des autrices de cette étude, Elissa Kozlov, maîtresse de conférence et directrice du vieillissement de la population à la Rutgers School of Public Health, il n'est donc pas correct de déduire que 65% des bénéficiaires de l’aide à mourir sont pauvres car bénéficiaires d’une couverture publique (lien archivé ici).

"Utiliser la possession d’une assurance comme indicateur de richesse dans notre pays n'a pas vraiment de sens, parce que nous obtenons notre assurance par l'intermédiaire de notre emploi. Nous ne la payons pas à titre privé. Parfois, lorsque les gens prennent leur retraite, leur entreprise continue de couvrir leur assurance jusqu'à ce qu'ils soient admissibles à Medicare. Dans notre pays, je pense que le niveau d'éducation est un meilleur indicateur de richesse que le statut d'assuré", a expliqué cette chercheuse américaine à l'AFP le 24 février. 

Etudes supérieures

Son étude compile les données des neuf Etats américains dotés d'une législation sur l'aide médicale à mourir (Oregon, Washington, Californie, Colorado, Washington DC, Hawaii, New Jersey, Maine) et disposant de dossiers publics pour la période 1998-2020, qui indiquent notamment le profil socio-économique des bénéficiaires de l’aide à mourir. 

"Des patients âgés, blancs, instruits, atteints d’un cancer. C'est le profil le plus typique", a résumé Elissa Kozlov. 

En effet, sur 5.329 patients décédés à la suite d'une aide médicale à mourir sur une période de 23 ans, les hommes étaient plus nombreux que les femmes (53,1 % contre 46,9 %), et les personnes blanches non hispaniques (95,6 %) étaient plus souvent concernées.  La plupart des personnes y ayant eu recours (72,2 %) avaient fait des études supérieures et 74 % étaient atteintes d'un cancer. 

"Les données des vingt-trois dernières années sont très claires : ce sont les personnes blanches et éduquées qui utilisent l'aide médicale à mourir" car "pour se renseigner sur l'aide médicale à mourir, il faut beaucoup lire l’actualité, faire des recherches, essayer de comprendre. Les médecins chez nous n’en parlent généralement pas d’eux-mêmes", a résumé Elissa Kozlov.

Selon une autre étude parue en 2024 et publiée chaque année par les autorités de l'Oregon, sur les 376 personnes décédées après "avoir ingéré une dose létale de médicament", 92% d'entre eux "étaient blancs". Parmi eux, 35% avaient une licence, un master, un doctorat ou un diplôme professionnel, près de 30% l'équivalent du baccalauréat, et 3,5% n'avaient pas de diplôme (lien archivé ici).

Aucune de ces études ne précise les revenus des patients.

Si l'étude citée par le député LR Philippe Juvin mentionne une augmentation des préoccupations économiques, les auteurs précisent que "le nombre de patients signalant des préoccupations financières liées au traitement comme une préoccupation en fin de vie est faible" et s'élève à 8%, loin derrière des inquiétudes exprimées concernant la "perte d'autonomie" (91%) et le fait d'être "moins en capacité de profiter des activités qui rendent la vie agréable" (90 %).

De plus, les difficultés économiques ne pourraient pas entrer en compte afin de bénéficier d’une aide à mourir aux Etats-Unis, assure la chercheuse Elissa Kozlov à l'AFP, et seraient même un facteur qui pousserait des médecins à refuser une prescription d'AMM: "S'ils pensent que quelqu'un le fait pour des raisons financières, aucun médecin ne prescrira une ordonnance pour ça aux États-Unis. C'est impossible. Aux États-Unis, la souffrance psychologique n'est pas prise en compte. Il faut que ce soit une sorte de fardeau médical insupportable, et il faut que le pronostic vital soit de six mois ou moins."

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Une infirmière portant des gants de protection tient la main d’un patient dans l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Eugénie à Ajaccio, sur l’île française de Corse, en Méditerranée, le 23 avril 2020. (AFP / Pascal POCHARD-CASABIANCA)

Au Canada, une étude mal interprétée 

Contacté par l'AFP, le député RN Christophe Bentz a précisé qu'il s'appuyait sur un article appelé "les non-dits économiques et sociaux du débat sur la fin de vie" et daté de janvier 2025 sur le site de la Fondapol. Ce think tank se définit comme "libéral, progressiste et européen" et a publié d'autres articles mettant en avant des arguments en défaveur de l'aide à mourir (liens archivés ici et ici)

Il y est notamment écrit qu'en Ontario, province la plus peuplée du Canada, "29% des personnes euthanasiées (...) l'ont été dans sa partie la plus pauvre, alors que celle-ci ne représente que 20% de la population de la province". 

Au Canada, l'aide à mourir est légale depuis 2016 pour les personnes en fin de vie. En 2021, elle a été étendue aux personnes atteintes d'une maladie grave et incurable, même lorsque la mort n'est pas "raisonnablement prévisible". Un élargissement qui a donné lieu à la création de deux catégories de demandeurs d'une aide à mourir : ceux dont la mort est prévisible appartiennent à la "voie 1" ("track 1", en anglais) et les autres, minoritaires, à la "voie 2" ("track 2") (lien archivé ici).

Si la presse a fait état de témoignages (comme dans cet article) de personnes handicapées qui envisagent de recourir à l'euthanasie parce qu'elles sont pauvres, aucune étude scientifique ne dresse un tel constat (lien archivé ici).

Le chiffre de 29%, évoqué dans l'article de la Fondapol, est tiré d'un commentaire en ligne écrit en 2024 - et non d'une étude scientifique évaluée par les pairs - de K. Sonu Gaind, chef de la psychiatrie et directeur médical de la santé mentale à l'hôpital Humber River à Toronto, en réponse à un éditorial de la revue scientifique BMJ. 

Il y écrit que les personnes appartenant au "quintile le plus défavorisé en termes de ressources matérielles (c.-à-d. la pauvreté) représentaient 20 % de la population générale mais 28,4 % des bénéficiaires de l'aide médicale à mourir (AMM) de la voie 2, contre 21,5 % pour la voie 1". 

A noter qu'un quintile est une valeur fréquemment utilisée en statistiques et permet de diviser la population en cinq parts égales, soit cinq parts de 20%. La comparaison montre ensuite que les personnes les plus défavorisées sont surreprésentées parmi les bénéficiaires d’AMM de la "voie 2".

Or, son argumentaire repose sur deux chiffres : le premier, 21,5%, représente la majorité des personnes ayant recours à l'AMM, soit plus de 4.500 de bénéficiaires de la "voie 1". Le second, 28,4%, concerne 116 personnes de la "voie 2", soit 2,5% des bénéficiaires de l'AMM en 2023 en Ontario. 

Il est donc difficile de comparer ces données, comme le précise le rapport du Comité d’examen des décès liés à l’AMM 2024 en Ontario sur lequel s'appuie le psychiatre :"le lecteur doit garder à l’esprit que ces analyses ont été réalisées à partir de nombres relativement faibles de décès liés à l’AMM de la Voie 2, en comparaison avec ceux de la Voie 1." (lien archivé ici)

"Il convient également de reconnaître que les bénéficiaires de l’AMM des Voies 1 et 2 semblent constituer des populations distinctes, avec des trajectoires de maladie différentes qui peuvent influer sur les comparaisons potentielles", est-il précisé.

De plus, le psychiatre définit la pauvreté des bénéficiaires par le manque de "ressources matérielles", qui est l'une des quatre dimensions constituant l'indice de marginalisation (avec "ménages et logement", "âge et population active", "populations racialisées et nouveaux arrivants"). Il explique en effet que "selon un indice de marginalisation classant la population en quintiles selon son degré de marginalisation, les personnes appartenant au quintile le plus défavorisé en termes de ressources matérielles (c'est-à-dire la pauvreté) représentaient 20 % de la population générale". (lien archivé ici

Mais "la dimension ressources matérielles" n'est pas "un indice spécifique de pauvreté (tel que semble l'affirmer l'auteur)", rétorque la chercheuse canadienne Isabelle Marcoux, interrogée par l'AFP le 5 mars au sujet du commentaire en ligne de ce psychiatre. "Il s'agit de la dimension qui serait la plus fortement associée à la pauvreté en comparaison aux autres dimensions. Donc on ne peut pas dire que les personnes qui se retrouvent dans cette dimension sont pauvres", a-t-elle ajouté (lien archivé ici).

"Il faut faire attention à rester vigilant dans les interprétations de ce type de données et éviter d'établir des liens de cause à effet non justifiés par les données collectées et les méthodes utilisées", a mis en garde cette chercheuse spécialisée sur l'euthanasie et la fin de vie.

Selon le rapport fédéral publié en 2025 évoquant les revenus relevés au sein des quartiers où vivent les personnes demandant une AMM à l'échelle du Canada, "les résultats des analyses socio-économiques et communautaires suggèrent, de manière générale, que les personnes qui reçoivent une aide médicale à mourir ne proviennent pas de manière disproportionnée de communautés à faible revenu ou défavorisées." (lien archivé ici)

C'est aussi ce que constate Isabelle Marcoux,  professeure agrégée à l’Université d’Ottawa et co-responsable d'un Consortium constitué notamment d'une quarantaine de chercheurs dont l'objectif est de comprendre pourquoi il y a davantage d'aides médicales à mourir effectuées au Québec qu'ailleurs dans le monde (lien archivé ici).

"Ces résultats sont préliminaires, mais ce qu'on observe jusqu'à maintenant, c'est que ce sont les personnes les plus favorisées dans la société qui y ont accès. C'est aussi ce qui a été observé dans la littérature scientifique", a expliqué Isabelle Marcoux, citant cet article et celui-ci (liens archivés ici et ici).

Manque de données 

Que ce soit en Suisse ou en Belgique, aucune étude sur le profil socio-économique précis des patients ayant recours à l'aide à mourir n'a été identifiée par l'AFP.

En Suisse, depuis la Seconde guerre mondiale, le code pénal prévoit que l'aide au suicide n'est pas punissable tant qu'elle n'est pas motivée par un "mobile égoïste", comme expliqué dans cet article de l'AFP. Cette pratique, encadrée par des codes de déontologie médicale, est prise en charge par des associations.

Une étude menée sur une dizaine d'années, de 2003 à 2014 en Suisse, tire des conclusions similaires à celles menées aux Etats-Unis par Elissa Kozlov, à savoir que le niveau d’études des patients est élevé (lien archivé ici).

"Le sexe féminin, un niveau d'études supérieur, l’absence d'appartenance religieuse, l'absence d'enfant, la possession d'un passeport suisse, le fait de vivre dans un quartier à indice socio-économique élevé et de résider en Suisse romande étaient associés à un taux plus élevé", précise les auteurs de cette étude parue dans la revue médicale BMJ. 

En Belgique, la demande d'euthanasie doit être "volontaire, réfléchie, répétée", "sans pression extérieure", selon un texte de mai 2002. En 2014, le pays a été le premier au monde à autoriser l'euthanasie pour les mineurs sans limite d'âge (lien archivé ici).

Selon les chercheurs Jacques Wels et Natasia Hamarat, un enjeu majeur pour les pays qui autorisent l’euthanasie est la capacité à recueillir des données fiables.

"La Belgique dispose d'un système national de déclaration, mais certaines limites subsistent – notamment concernant la possibilité de disposer d'information sur le profil socio-économique des demandeurs. Une meilleure compréhension des motivations est essentielle pour évaluer l'impact à long terme de la loi", écrivent-ils dans cet article écrit en mai 2025 (liens archivés ici, ici et ici).

Le débat reste également marqué par la notion de "pente glissante", selon laquelle la légalisation de l’aide médicale à mourir pourrait exercer un impact disproportionné sur les personnes cumulant des vulnérabilités, en particulier celles issues de milieux socio‑économiques défavorisés ou vivant dans la pauvreté. 

"L'argument de la pente glissante (...) est un argument récurrent dans les débats", a souligné le 27 février à l'AFP Joachim Cohen, professeur de santé publique et de soins palliatifs à Vrije Universiteit Brussel (Belgique) et membre du End-of-Life Care Research Group. Mais "nos efforts pour évaluer empiriquement cet argument à l'échelle de la population n'ont jusqu'à présent pas mis en évidence une telle pente glissante, et semblent même indiquer le contraire", a-t-il ajouté.

Le mécanisme est d'ailleurs explicable, selon le chercheur, qui explique qu'en France et en Belgique, "l'accès à l'aide médicale à mourir exige un capital culturel et social important (...) De ce fait, les personnes de statut socio-économique inférieur [...] ont un accès plus limité à l'aide médicale à mourir". 

"Cela dit, je n'exclus pas qu'il puisse exister des cas particuliers où des personnes demandent l'aide médicale à mourir pour de mauvaises raisons. Et de tels cas existent bel et bien, comme en témoignent des observations anecdotiques", a nuancé Joachim Cohen.

La conclusion est ma même dans cet autre cet article publié en 2025 sur JAMA Network Open et titré "Aide à mourir et argument de la pente glissante – aucune preuve empirique". 

Son auteur, Luc Deliens, sociologue et président d'un groupe de recherche sur les soins palliatifs en Europe, y cite plusieurs études menées en Belgique et explique qu'elles ont "démontré que les taux de demande d’euthanasie les plus élevés se retrouvent chez les personnes ayant un niveau d’éducation plus élevé (diplôme universitaire) et non chez celles ayant un niveau de scolarité plus faible ou un statut socioéconomique défavorisé." (liens archivés ici et ici)

"De plus, les données de recherche provenant de Belgique ne confirment pas l'inquiétude, souvent exprimée, selon laquelle les personnes âgées, les personnes handicapées ou les personnes atteintes de troubles psychiatriques seraient poussées à recourir à l'euthanasie", a-t-il ajouté. 

Et en France ? 

Si les députés ont adopté le 25 février, pour la deuxième fois, par 299 voix contre 226, la proposition de loi créant un nouveau droit à l'aide à mourir, le parcours législatif du texte est loin d'être fini. Il doit retourner en avril au Sénat, qui l'avait rejeté en bloc en première lecture. Le gouvernement devra ensuite vraisemblablement donner le dernier mot à l'Assemblée.

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Résultat du vote sur le projet de loi français instituant un droit à mourir assisté, lors d’une séance à l’Assemblée nationale à Paris, le 25 février 2026. (AFP / Alain JOCARD)

Interrogé quant aux limites des études citées, Christophe Bentz a admis être "conscient" qu'il y avait "des études et comparatives et contradictoires" mais a affirmé se "calque(r) sur la documentation en Oregon et sur l'état actuel du système d'accès aux soins français". 

L'élu dénonce le manque d'accès aux soins palliatifs en France et notamment en zone rurale. "Ce que je crains fondamentalement (...) c'est que toutes les personnes qui ne pourront pas être soulagées de leur douleur, l'aide à mourir apparaisse comme une solution - je ne dirais pas de facilité, parce que ce serait moche dans la situation - mais pourrait apparaître comme une alternative. Une alternative à des soins palliatifs qui n'existent pas." (lien archivé ici)

Mais voir l'aide à mourir comme une alternative aux soins palliatifs n'est pas pertinent, selon Aline Chassagne, enseignante-chercheuse en sciences infirmières au Centre Hospitalier Universitaire de Besançon : "Imaginer que si on met des unités de soins palliatifs partout, plus personne ne voudra mourir, est un leurre. Nous avons rencontré des gens qui étaient dans ces unités et qui malgré tout continuaient à exprimer cette demande", a-t-elle expliqué le 2 mars à l'AFP (lien archivé ici).

Etant une pratique illégale en France, il est encore difficile de trouver des études représentatives ou des statistiques sur les motivations ou le profil socio-économique des personnes ayant exprimé une volonté de bénéficier d'une aide à mourir.

Aline Chassagne a néanmoins contribué en 2017 à une étude quantitative menée sur des professionnels de santé et les demandes d’euthanasie ou de suicide assisté qu'ils recevaient en Bourgogne-Franche-Comté (lien archivé ici).

Sur une cinquantaine de patients, il y avait autant "de cadre de profession intellectuelle supérieure, profession intermédiaire" que "d'employés et d'ouvriers", a-t-elle indiqué. "Il serait faux, d'après ce que nous avons, de dire que ce sont les plus pauvres qui demandent le plus", en ajoutant que le manque de statistiques rendait impossible d'être affirmatif à ce sujet, dans le cas français. 

De nombreuses fausses affirmations circulent au sujet de l'euthanasie et du suicide assisté, l'AFP en a réfuté plusieurs, comme ici, ici ou ici

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