Ces images de statues jetées par des hindous sont antérieures à 2019 et n'ont rien à voir avec le Covid-19

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Des publications partagées plusieurs milliers de fois sur Facebook depuis le 22 mai prétendent montrer des photos de statues de dieux hindous abandonnées dans les rues ou jetées dans les rivières au motif qu'elles ne protégeraient pas la population contre le Covid-19. C'est faux: ces images circulent sur internet depuis au moins septembre 2019, soit bien avant la découverte du virus. Les clichés ont été pris lors de festivités consistant à immerger des idoles en guise d'offrande religieuse.  

Sur les photos, des milliers de statuettes à l’effigie de dieux et de déesses hindous recouvrent les trottoirs et des cours l'eau, parfois sur plusieurs centaines de mètres. Certaines flottent sur l’eau, parmi des détritus et des couronnes de fleurs fanées.

"En Inde, des milliers de faux dieux sont jetés dans les rues" car les "Indiens ne se sentent pas protégés" par ces divinités, indique une publication Facebook qui partage ces quatres images. "Gloire à Jésus Christ, le seul vrai Dieu", ajoute le message.

Un texte incrusté sur l’une des photos, où l'on voit une statue en plâtre flottant dans l’eau, précise en anglais: "Les Indiens jettent des milliers d’idoles dans la rue pour non protection face au virus". 

Ces messages ont circulé sur plusieurs pages Facebook en Afrique francophone, cumulant plus de 4.000 partages depuis le 22 mai (12345678910...). Il s'accompagnent de nombreux commentaires louant la religion catholique et Jésus Christ, "le meilleur protecteur" selon certains internautes.

Capture d'écran Facebook, réalisée le 27 mai 2021

Programme d’assainissement des rivières indiennes

Pourtant, ces quatre photos n'ont rien à voir avec la crise sanitaire provoquée par le coronavirus, qui fait des ravages en Inde, en particulier depuis le mois d'avril 2021.

L’AFP a retrouvé la première photo, où l'on aperçoit plusieurs milliers de statues déposées sur les trottoirs, dans un fact-check du site indien Fact Hunt datant de 2019. Il renvoie à un tweet posté le 11 août 2019 par un conseiller municipal de la ville d’Ahmedabad, 6ème plus grande ville d’Inde, dans l'Etat du Gujarat. 

Ce dernier se réjouit que les habitants n’aient pas déposé les statues dans l’eau lors du festival de Dashama, une fête religieuse d'une durée de dix jours visant à célébrer la déesse indienne du même nom.  

"Quelque chose d’extraordinaire s’est passé aujourd’hui à Ahmedabad. Les citoyens ont décidé de garder la rivière Sabarmati propre. Au lieu de plonger l’idole Dashama dans la rivière, ils l’ont déposé avec respect sur la rive. Des milliers et des milliers. Incroyable changement", lit-on dans ce post en anglais, retweeté plus de 800 fois. 

Vijay Nehra  indique dans un autre tweet que la mairie d’Ahmadabad a lancé une campagne du nom de "SwacchSabarmati" pour garder la ville propre.  

La deuxième photo, qui montre des statues de divinités posées au bord d'une rivière ou bien dans l'eau, fait écho au contexte de la photo ci-dessus.

Elle sert d’illustration à un article du 13 août 2019 qui assure que  l’initiative lancée par la municipalité d’Ahmadabad semble influencer d’autres villes indiennes, comme Hyderabad, capitale de l'Etat du Telangana, à l’approche du festival de Ganesh Chaturthi. Ce festival célèbre la naissance de ce dieu hindou à tête d'éléphant, l’un des plus vénérés en Inde.

Capture d’écran du site New India Express, réalisée le 27 mai 2021

La troisième photo sert également d’illustration à un article datant d’octobre 2019 et intitulé en anglais: "Plus d’immersion d’idoles dans le Gange et ses affluents, assure déclare le gouvernement. Les contrevenants recevront une amende de 50 rs (roupies, ndlr)".

Capture d’écran du site India Times, réalisée le 27 mai 2021

Des informations qui correspondent à celles trouvées sur le site d’actualités Economic Times. Selon un article mis en ligne par ce média, des mesures ont en effet été prises pour "boucler et barricader" les berges des rivières, afin d'"empêcher toute immersion des idoles dans les rivières ou ses rives". 

Photos prises lors de festival hindou

La dernière photo a été prise par un photographe de l’AFP à Guwahati en septembre 2019, lors du festival Dusshera, dédié à la déesse Durga. On y voit une statue de la déesse immergée en guise d’offrande, comme le veut la tradition.

Une statue de la déesse hindoue Durga flotte dans la rivière Brahmapoutre après une immersion lors du festival Dusshera à Guwahati le 30 septembre 2017 (AFP / Biju Boro)

Ces photos ont donc toutes été prises avant le début de la pandémie liée au coronavirus, parti de Wuhan en Chine en décembre 2019: elles illustrent des célébrations organisées lors de festivals hindous, notamment dans des villes qui ont mis en place des programmes de  lutte contre les nuisances provoquées par l'immersion de statues.

Contrairement à ce que prétend la publication, les Indiens n’ont pas rejeté leurs croyances lors de cette crise sanitaire. Dans certains temples hindous fermés au public en raison de la pandémie, des prêtres ont même invoqué la déesse "Corona" pour mettre fin aux ravages du virus. 

Plus de 26,7 millions de personnes contaminées en Inde

Selon le ministère de la Santé, le nombre total de décès attribués au Covid-19 en Inde s'élèvait le 27 mai à 303.720, dont 50.000 intervenus au cours des deux dernières semaines. Le nombre cumulé de contaminations a dépassé de son côté les 26,7 millions.

Nombre d'experts estiment cependant que ces chiffres sont sans doute largement sous-évalués, d'autant que l'épidémie s'est propagée au-delà des grandes villes, dans les zones rurales où les hôpitaux sont rares et où les registres sont mal tenus. 

La situation épidémique en Inde a donné lieu ces dernières semaines à de nombreuses fausses informations. L'AFP a notament vérifié deux vidéos supposées montrer des équipes de vaccination chassées par des villageois, ici et ici

 

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