Attention, ce visuel prétendant lister des augmentations de taxes en 2021 est faux

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Un visuel partagé plus de 2.000 fois cette semaine prétend lister 16 augmentations de taxes en 2021 sur différents produits et services en France. Attention, ce visuel circulait déjà en 2018 : il avance des chiffres erronés qui ne correspondent pas aux taxes prévues en 2021, n'a pas de méthodologie sérieuse et masque une large partie de la réalité fiscale en France, expliquent des économistes à l'AFP.

Des augmentations massives de taxes en 2021 ? C'est ce que laisse entendre une publication virale sur Facebook intitulée "c'est parti pour 2021" et listant, sur un dessin qui l'accompagne, 16 prétendues augmentations de "taxes" sur différents produits ou services de la vie courante ou de prélèvements comme la CSG.

 "Gaz +7%", "Fuel +36%", "PV stationnement +130%" peut-on lire notamment sur ce visuel, partagé plus de 2.000 fois sur le groupe Facebook "la France de Macron" la première semaine de janvier.

Capture d'écran prise le 4 janvier 2020

Attention, ces chiffres ne correspondent pas aux taxations prévues en 2021

De plus, ce visuel "confus" ne démontre pas la réalité de la politique socio-fiscale actuelle en France, et dans certains cas, présentent comme "taxes" des choses qui n'en sont pas, expliquent des experts et économistes à l'AFP.

Chiffres faux

En réalité, ce dessin circule depuis deux ans sur Internet.

Dans les versions antérieures retrouvées grâce à une recherche inversée d'image, ici sur un groupe Facebook et là sur une page de militants anticapitalistes, le visuel met en avant des chiffres identiques mais  en précisant la mention "taxes 2018".

Selon des économistes interrogés par l'AFP, si "les ordres de grandeurs" de certaines augmentations de taxes évoquées dans ce dessin pouvaient être vraisemblables en 2018 - comme la CGS ou les taxes sur les carburants-, ils ne correspondent pas à la réalité de 2021.

En effet, depuis le mouvement des gilets jaunes survenu à l'automne 2018, les taxes sur les carburants sont gelées et les différents taux de la CSG restent stables, comme le détaille ce tableau de la caisse nationale d'assurance retraite.

Mesure clé du premier budget de l'ère Macron, le taux normal de CSG avait augmenté d'1,7 point en 2018, impactant notamment près de 60% des retraités.  

Fin 2018, le gouvernement est revenu sur cette mesure, en créant début 2019 un nouveau taux "intermédiaire" de CSG pour environ 30% des retraités. Taux qui n'a plus évolué depuis.

Evolution des différents taux de prélèvements sur les retraites, selon la CNAV
 

Toujours en décembre 2018, face au mouvement des gilets jaunes déclenché notamment par l'annonce d'une taxe carbone sur les carburants, l'Assemblée avait voté le gel des taxes sur le carburants jusqu'en 2022.

Ce gel a été maintenu, comme le montre ce tableau récapitulatif de l'Institut des Politiques publiques (IPP) qui évalue l'évolution de la politique fiscale en France, et aucune augmentation n'a été prévue dans le budget 2021.

Le dessin viral indique également une augmentation de 10% des taxes sur le tabac en 2021. C'est trompeur. La dernière augmentation des taxes sur les cigarettes remonte au 28 septembre 2020.

Ce sont ensuite les fabricants qui répercutent ou non cette taxation sur le prix de vente aux consommateurs.

Ainsi, en novembre, le prix des paquets de cigarettes les plus vendus comme les Marlboro, a augmenté de 40 à 50 centimes, de nombreuses références coûtant désormais plus de 10 euros.

En janvier 2021, sur ce tableau mis en ligne sur le site des Douanes, on apprend que le prix du paquet de 20 cigarettes passe de 9,90€ à 10,50€ pour certaines marques mais il reste inchangé chez une grande majorité des références, celles-ci ayant pu augmenter leurs tarifs les mois précédents.

Les prix des péages devraient augmenter  de 0,44% en 2021 selon le Comité des usagers du réseau routier, et non de 3% comme l'affirme la publication.

Quant aux timbres (+10% de "taxes" selon le visuel), l'augmentation est bien réelle en janvier 2021 : leur prix est passé en janvier 2021 de 1,16€ à 1,28€ (soit +10,3%) pour les lettres prioritaires et de 97 centimes à 1,08 € (+11,3%) pour le timbre vert.

La publication virale affirme que les "taxes" sur le gaz et l'électricité, vont augmenter respectivement de 7% et 17% en 2021. C'est faux.

Pour le gaz, les tarifs réglementés d'Engie augmentent en moyenne de 0,2% en janvier 2021, tandis que le taux de la TICGN (taxe intérieure sur la consommation de gaz naturel) est en très légère baisse en 2021, après une forte augmentation en 2018 (le détail des évolutions des taux depuis 2014 sur ce site spécialisé).

Taxes locales

Côté électricité, la Commission de régulation de l’énergie prévoit à partir d'août 2021 et pour une durée de quatre ans "des hausses tarifaires moyennes de 1,57% par an pour RTE et de 1,39% par an pour Enedis".

Les taxes sur la consommation d'électricité (TCCFE et TDCFE) sont fixées par les communes et les départements, il apparaît donc trompeur et prématuré de conclure à une augmentation nationale généralisée de 17% comme sur le dessin.

Même logique pour la fiscalité sur les bus et sur les PV de stationnement, qui est fixée localement.

Depuis une réforme de janvier 2018, ce sont les municipalités qui ont la gestion du stationnement et fixent le montant des amendes et non le gouvernement.

Ainsi, à Lyon en cas de non paiement du stationnement, la sanction varie entre 35 et 60 euros selon la zone, contre une amende de 17 euros appliquée jusqu'en décembre 2017.

La prétendue hausse de "130%" du "PV de stationnement" avancée par la publication virale est donc fausse pour 2021, même si de telles variations ont pu être observées localement lors de l'application de la réforme il y a trois ans.

Méthodologie problématique

La méthode de cette publication qui ne présente que des pourcentages et une seule date - en indiquant "c'est parti pour 2021"- est également douteuse.

Prétendre montrer une variation sans "donner de date départ" est incorrect selon l'Insee.

"On ne sait pas de quoi on parle, car une augmentation de prix c'est toujours entre deux dates" explique à l'AFP, Marie Leclair cheffe de la division Prix à la consommation de l'institut statistiques.

Pour certaines catégories (comme les assurances, les frais bancaires, les mutuelles ou le contrôle technique) ce dessin viral avance des chiffres "dont les prix ne sont pas administrés par le gouvernement, mais par des acteurs privés", ajoute cette experte de l'Insee.

Enfin, selon l'économiste de l'OFCE Mathieu Plané, spécialiste des questions fiscales, ce dessin présente "une information confuse, ni sourcée, ni date, qui mélange des prélèvements directs et indirects, des taxes avec des choses qui n'en sont pas".

Pas un bilan de la politique socio-fiscale

De plus, ce visuel "orienté" ne démontre pas un vrai bilan de la pression fiscale sur les ménages, estime Brice Fabre, chercheur à l'Institut des Politiques publiques.

En effet, le dessin ne mentionne pas les baisses de prélèvements comme celles sur les cotisations sociales, la taxe d'habitation ou l'impôt sur le revenu.

Selon cet économiste auteur d'un bilan de la politique fiscale en place de 2018 à 2020, en faisant la balance des variations de tous les impôts mais aussi des prestations sociales, la politique en place depuis le début du quinquennat Macron est "plutôt inégalitaire".

"Les gains de pouvoir d'achat sont concentrés sur la classe moyenne et les catégories les plus aisées", explique-t-il à l'AFP.

Selon lui, la "baisse globale" des impôts osbervée depuis 2018 "n'est pas répartie de manière uniforme sur la population et cela créée des frustrations", explique-t-il à l'AFP.

Ainsi, selon Mathieu Plane de l'OFCE, la viralité de ce genre de publication erronée peut donc s'expliquer par un certain "sentiment d'affaissement" du pouvoir d'achat chez une partie de la population, car "les ménages ont subi un choc de pouvoir d'achat important depuis 2011".

Toutefois "depuis 2019, suite au mouvement des gilets jaunes, on observe une inflexion de la pression socio-fiscale, mais cela ne veut pas dire que la situation fiscale est meilleure qu'il y a 10 ans" analyse-t-il.

 
Thomas Saint-Cricq
Gilets jaunes