
Vincent Lambert : comment va se passer l'arrêt des traitements ?
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 20 mai 2019 à 18:05
- Lecture : 4 min
- Par : Brigitte CASTELNAU, Rémi BANET, Paul RICARD
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Comment arrête-t-on les traitements ?
Les médecins vont arrêter la nutrition et l'hydratation artificielles qui sont prodiguées à Vincent Lambert, patient tétraplégique en état végétatif depuis plus de dix ans, tout en mettant en oeuvre une "sédation profonde et continue" jusqu'à sa mort.
Cette procédure est encadrée par la loi Claeys-Leonetti de 2016, qui interdit l'euthanasie et le suicide assisté mais autorise l'arrêt des traitements en cas "d'obstination déraisonnable".
Selon cette loi, les traitements peuvent être "suspendus" lorsqu'ils "apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie".
La décision doit être pris par les médecins de façon "collégiale".

Dans le cas de personnes qui ne peuvent pas exprimer leur volonté, comme Vincent Lambert, la "sédation profonde et continue jusqu'au décès" est "une mesure de précaution" pour être sûr "que le patient ne souffre pas", selon des recommandations publiées l'an dernier par la Haute autorité de santé (HAS).
Pour la sédation, on utilise le midazolam en voie intraveineuse. Ce médicament de la famille des benzodiazépines est puissant et son action rapide.
Avec l'arrêt simultané de l'hydratation et de l'alimentation, la mort survient aux alentours d'une semaine, explique à l'AFP le Dr Bernard Devalois, spécialiste des soins palliatifs à la maison de santé protestante de Bordeaux Bagatelle.
Vincent Lambert va-t-il "mourir de faim et de soif"?
C'est l'argument des opposants à l'arrêt des traitements, dont ses parents, soutenus par des associations catholiques.

Cet argument est réfuté par les spécialistes des soins palliatifs. "Vincent Lambert n'aura ni faim ni soif, il va mourir naturellement en quelques jours", fait valoir le Dr Bernard Devalois.
Par ailleurs, la déshydratation peut renforcer le processus de sédation.
Quand les reins ne sont plus assez irrigués, ils cessent de fonctionner: c'est l'insuffisance rénale. Du coup, de nombreuses substances ne sont plus éliminées dans les urines et restent dans l'organisme. Or, certaines agissent sur le cerveau et entraînent des phénomènes naturels d'endormissement.
A quoi sera due sa mort ?
A la défaillance des organes, qui cesseront de fonctionner après l'arrêt des traitements. Le rôle des reins est primordial: en raison de l'insuffisance rénale, le potassium s'accumulera dans le sang et finira par provoquer l'arrêt du coeur.
L'équipe soignante se doit d'accompagner le patient jusqu'au bout, avec des soins comme la toilette, le toucher-massage, les soins de bouche (compresses humidifiées contre la sécheresse...) ou des yeux (gouttes).
Le processus "n'est pas un arrêt des soins, c'est un arrêt du maintien artificiel en vie", souligne le Dr Devalois.

Quelle différence avec l'euthanasie ?
Ses parents, un demi-frère et une soeur estiment que Vincent Lambert est un handicapé et que lui couper la nutrition et l'hydratation équivaut à une forme d'euthanasie.
A l'inverse, son épouse Rachel, cinq de ses frères et soeurs et son neveu dénoncent un "acharnement thérapeutique" en raison des lésions irréversibles causées à son cerveau par un accident de la route en 2008.
Leur point de vue a été conforté à plusieurs reprises par la justice, selon laquelle la poursuite du traitement traduirait bien "une obstination déraisonnable".
"C'est une application exemplaire de la loi Claeys-Leonetti, qui interdit l'acharnement", selon le Dr Devalois. "Cela n'a rien à voir avec l'euthanasie par injection létale comme en Belgique."
Entretenir l'"amalgame" entre la décision d'arrêt des traitements de Vincent Lambert et une euthanasie est "injustifié, erroné et délétère", dénoncent par ailleurs des médecins spécialistes des soins palliatifs dans une tribune publiée lundi par Le Monde.
"Arrêter une nutrition et une hydratation artificielles est suivi du décès d'une personne dans les jours qui suivent alors qu'une euthanasie provoque la mort en quelques minutes", expliquent douze professeurs de médecine palliative dont Régis Aubry, président de l'Observatoire national de la fin de vie et membre du Comité consultatif national d'éthique.
"Injecter milligramme par milligramme un hypnotique pour endormir une personne qui étouffe diffère de l'injection en flash d'un curare pour arrêter la vie d'une personne", ajoutent-ils.
Lundi, la Société française de soins palliatifs (Sfap) a tenu à rappeler que "chaque situation est singulière, chaque décision est prise en appréciant les éléments uniques et personnels qui caractérisent l'état de santé d'un patient".
"Comme l'a clairement rappelé le Conseil d'Etat, il ne faut en aucun cas tirer des enseignements généraux de la situation de M. Vincent Lambert sur l'ensemble des patients cérébro-lésés", ajoute la Sfap, qui associe des professionnels de santé et des bénévoles.