Vanessa Langard, le 19 mars 2019 au Plessis-Trévise (Martin Bureau / AFP)

Vanessa Langard

Âge 34
Blessée le 15 décembre
Lieu de la blessure Paris
Oeil Gauche
Certificat médical consulté Oui
Arme mise en cause LBD
Plainte Oui
Enquête administrative IGPN

"J'ai l'impression de ne plus être moi-même" : rencontrée par l'AFP dans son appartement du Plessis-Trévise (Val-de-Marne) le 19 mars, la "gilet jaune" Vanessa Langard sasse et resasse les conséquences de sa nouvelle vie, avec le lanceur de balles de défense en accusation. Extérieurement, son visage ne présente qu'une grosse cicatrice au-dessus de l'oeil gauche, toujours présent. Mais celui-ci ne fonctionne pratiquement plus : "acuité visuelle limitée à 1/20ème", commente un certificat médical consulté par l'AFP. A l'occasion des un an du mouvement des "gilets jaunes", nous avons recontacté Vanessa Langard pour faire le point sur sa situation. 

Pourquoi étiez-vous là ?

Je m'occupe de ma grand-mère, je suis son auxiliaire de vie, elle vit ici, avec moi, dans cet appartement. Il n'y a rien pour elle. Quand on vit seule, on peut pas vivre. Les retraites, c'est le 1er motif pour lequel je manifestais. L'Etat me paie 380€, c'est ma famille qui me paie un complément de salaire. Macron a parlé des fainéants, mais le 19 décembre, moi, j'avais un 2e travail qui allait commencer dans les écoles, en plus de celui de décoratrice sur verre. Je ne pense pas que j'étais une fainéante. Maintenant, ce n'est plus possible. Je ne manifestais quasiment jamais : quand j'avais 16 ans, oui, j'avais manifesté contre Le Pen...

Que s'est-il   passé ?

Après les images des week-ends précédents, la priorité était de faire attention. Contrairement aux autres manifs c'était très calme, j'étais étonnée (...). On tombe sur une barre de CRS. On fait demi-tour, on marche. Des policiers en civil arrivent, ils tirent. Je me fais impacter. Ma meilleure amie entend 'pouh ! pouh!' Elle tourne la tête, un truc noir tombe par terre. 'C'est pas de la lacrymo' se dit-elle...Pour moi, plein de choses se sont effacées. Mais des images que j'ai vues, je suis à terre, le crâne éclaté, on voit l'os.
Mon amie est traumatisée, elle m'a cru morte. Quatre personnes qui font demi-tour en se prenant la main pour pas se perdre, je ne pense pas qu'on était dangereux. A ce moment-là, il n'y avait ni menaces, ni cris, ni personnes qui jetaient de choses.

Quelle est votre vie maintenant ?

J'ai eu 2 interventions à l'hôpital : pour l'hémorragie cranienne, puis pour me poser trois plaques de métal. C'est en sortant que ça a été beaucoup plus compliqué. Mon œil ne peut pas être opéré, il ne se réparera jamais. C'est touché à l'intérieur: j'ai des trous au niveau du nerf optique. L'handicap de mon handicap c'est qu'il ne se voit pas. J'ai des maux de tête, de la fatigue, les gens ne vont pas comprendre que je sois KO parce que j'ai une apparence normale. J'ai l'impression de ne plus être moi-même. Je prenais soin de moi-même, j'adorais me maquiller, m'apprêter, maintenant je ne peux plus. Ma vie désormais c'est un combat au quotidien. J'ai un an de rééducation devant moi: mon visage et surtout le cerveau. Je retiens plus du tout. Les connexions ne se font plus.

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A l'occasion du premier anniversaire de lancement du mouvement, l'AFP a réinterrogé mi-octobre les manifestants éborgnés.

"Il y a eu pas mal de nouvelles de santé. Ca fait beaucoup de choses pour moi à gérer. Quand on me dit que je ne peux plus rien faire, c'est un peu lourd. J'ai 34 ans", dit Vanessa Langard en pleurant. "C'est claque sur claque sur claque, tous les mois (...). On se retrouve tout seul car beaucoup de gens nous abandonnent."

"Je ne suis pas en état de tenir longtemps pour manifester, je suis très fatiguée, mes amis ne veulent pas, m'interdisent d'aller en manifestation. Je continue à faire des marches avec les mutilés pour l'exemple, pour dénoncer les bavures policières (...). J'essaie de me regrouper avec les blessés de banlieue, c'est important", raconte Vanessa Langard quant à son engagement militant.

"L’IGPN a bien travaillé. Elle est en train de chercher le tireur. Ils ont bien compris qu’il ne se passait rien et que je me suis fait tirer dessus pour rien. Ca fait un peu du bien de voir ça écrit, de se dire qu'ils vont reconnaître. S'il peut y avoir une justice c'est toujours ça. C’est ce qui me fait un peu tenir, mais c'est dur" ajoute la jeune femme.

Une information judiciaire est en cours, a indiqué le parquet de Paris interrogé par l’AFP le 27 octobre.

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Retrouvez notre dossier sur les manifestants, passants, lycéens grièvement blessés à l'oeil durant l'hiver 2018-2019.

EDIT 04/04 : ajoute vidéo de Vanessa Langard
EDIT 05/04 : ajoute nouvelle vidéo composée de quatre témoignages, actualise âge de V. Langard
EDIT 13/11/2019 : mise à jour de l'article avec nouveau témoignage et source judiciaire
Guillaume Daudin
Tiphaine Honoré