Patrice Philippe, le 22 mars 2019 à Bordeaux (AFP / Mehdi Fedouach)

Patrice Philippe

Âge 49
Blessé le 8 décembre
Lieu de la blessure Paris
Oeil Droit
Certificat médical consulté Oui
Arme mise en cause LBD
Plainte ?
Enquête administrative IGGN
Statut revendiqué "Gilet jaune"

Patrice Philippe, 49 ans, habite à Lons (Pyrénées-Atlantiques). Il affirme avoir perdu l'usage de l'œil droit à cause d'une blessure due à un tir de LBD le 8 décembre 2018 à Paris lors d'une manifestation des "gilets jaunes". L'AFP l'a rencontré le 21 mars 2019. 

Pourquoi étiez-vous là ?

J'étais à Paris le 8 décembre 2018. Paris c'est symbolique, c'est la capitale, je me suis dit que j'allais apporter un peu plus de jaune sur les Champs-Elysées. C'était ma première manifestation. Je suis parti la fleur au fusil. Une chose importante : mon père est un ancien gendarme mobile. Je ne montais pas à Paris pour péter du flic. Le matin, c'était bon enfant.

Que s'est-il passé ?

A 11h00, je prends un premier tir de LBD dans le poignet (...). Cela montait crescendo dans la violence, des gilets jaunes commençaient à desceller des pavés sur les Champs-Elysées (...). A un moment, je veux sortir. Je me rends compte que c'est impossible (...). Ce phénomène de nasse, de tout fermer, moi j'appelle ça du tir au pigeon (...). Sur un mouvement de recul des "gilets jaunes", je m'avance sans signe d'agression. Je voulais aller discuter avec un gendarme pour qu'il me laisse sortir (...) et là une déflagration, une grenade qui m'assourdit, qui me désoriente, et quelques secondes plus tard le tir de LBD dans l'œil. Je titube (...). Le premier "gilet jaune" qui me voit, quand je vois son visage horrifié, je me dis que je ne suis pas bien, je fais quelques pas et je tombe.

Quelle est votre vie maintenant ?

J'ai la 'chance' de garder mon œil intact (dans sa forme) mais il y a eu destruction de la rétine (...) et derrière du nerf optique. Je ne verrai plus de cet œil (...). Mon métier de chauffeur routier c'était une passion, ça faisait 25 ans, j'étais arrivé au summum de la profession: je faisais du convoi exceptionnel (...). J'ai une fille de 14 ans, **je ne veux pas me laisser glisser sur un terrain dépressif**, je me dois d'être debout (...). Je n'ai pas envie de finir dans (une structure spécialisée) en train d'enfiler des pieds de chaises. Que peut faire un borgne ? (...) Même si le mouvement s'épuise je serai encore là (..). Ils m'ont donné le passeport pour un combat bien plus important à mes yeux (sourire), contre les armes dites non létales.

 

Retrouvez notre dossier sur les manifestants, passants, lycéens grièvement blessés à l'oeil depuis novembre.

EDIT 04/04 : ajoute vidéo de Patrice Philippe