Discours de la présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse à l'aéroport de Pontoise près de Paris le 30 septembre 2020 (AFP / Eric Piermont)

Valérie Pécresse dit avoir créé un Revenu Jeune Actif (RJA), en réalité il regroupe des aides déjà existantes

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La présidente de la région Ile-de-France Valérie Pécresse a annoncé, dans plusieurs médias ces derniers jours, la création à compter du 1er mars d'un Revenu Jeune Actif, un "RJA" prévoyant une allocation de 4.000 € sur six mois pour des jeunes acceptant de suivre des formations professionnelles dans des métiers "en tension". Ce dispositif reprend en réalité des aides existantes en les fléchant de façon plus ciblée.

Cette rétribution est, de fait, composée pour l'essentiel d'un versement déjà prévu de l'Etat pour tout stagiaire en formation qualifiante, dont le gouvernement a décidé récemment la revalorisation à 500 € par mois, soit 3.000 € sur six mois. A ce montant, la région Ile-de-France a ajouté une prime de 1.000 € sur six mois, à condition que la formation concerne un secteur qui embauche. Mais cette allocation supplémentaire est déjà en place depuis la rentrée 2020 dans toute la région, selon des documents et diverses sources consultées par l'AFP.

Création d'un "Revenu Jeune Actif" au 1er mars

Valérie Pécresse, présidente de la région Ile-de-France et très probable candidate à sa réelection aux régionales des 13 et 20 juin prochains, a fait sa première annonce sur le "Revenu jeune actif", le 28 février, dans l'émission Grand Jury RTL-LeFigaro-LCI. 

"Nous allons créer le RJA, le revenu jeune actif" pour les 18-25 ans, a-t-elle dit, se montrant très préoccupée par le taux de chômage des jeunes, qui dépasse les 20% en France. Au lieu de "les enfermer dans l'assistanat, je suis pour leur ouvrir la porte d'un travail, d'un emploi", a-t-elle ajouté, des propos repris aussi dans cet article AFP

Une dizaine de jours plus tard, le 10 mars, l'élue réitère son annonce sur le plateau de la chaîne BFM Business, en précisant que le RJA, présenté en détails sur le site de la région, ici, consistera à verser "4.000  pendant six mois", soit 670 € par mois, aux jeunes de moins de 25 ans acceptant de "se former dans les sept (secteurs de) métiers qui recrutent" en Ile-de-France. 

Dans ses deux interventions télévisées, Valérie Pécresse, présidente du parti Libres (droite), insiste pour expliquer que ce RJA est "le contraire du RSA" jeune, qu'elle décrit comme de "l'argent de poche" qui mettrait les jeunes dans "un statut d'assistanat".

Elle vise ainsi le RSA jeune actif, promu par la gauche et les écologistes en début d'année 2021 face à l'"urgence sociale" qui touche les jeunes (étudiants, chômeurs, apprentis) précarisés par l'épidémie de Covid-19.

Un projet de loi du Parti socialiste visant à étendre aux jeunes de 18 à 25 ans, le RSA (Revenu de solidarité active, qui se monte actuellement à 551 € pour une personne seule et sans ressources) a été rejeté le 20 janvier au Sénat comme le relate cet article AFP.

Des bénévoles distribuent de l'aide alimentaire à des étudiants dans le besoin, une opération de l'association Linkee. Photo prise le 9 mars 2021 (AFP / Stephane De Sakutin)

L'ancienne ministre de l'Enseignement supérieur sous la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2011) oppose son RJA au RSA. "On vous donne un revenu plus important que le RSA, ce sont 670 € par mois pour aller vous former dans les métiers qui recrutent", explique Mme Pécresse sur BFM Business.

Elle dresse la liste des six ou sept secteurs qui embauchent selon elle "massivement" dans une région Ile-de-France, en crise dans certains domaines d'activité comme le tourisme et l'événementiel, mais "bouillonnante de dynamisme" dans le numérique, le sanitaire et socio-médical, l'industrie, le bâtiment, travaux publics et la construction, l'agriculture et l'agro-alimentaire, la sécurité et cybersécurité.

Des aides regroupant des mécanismes existants

En les examinant de plus près, les aides annoncées par Mme Pécresse sur les plateaux télévisés regroupent en fait des dispositifs déjà annoncés par le gouvernement ou en place.

La revalorisation (à 500 € contre 350 € auparavant) du montant alloué aux stagiaires en formation professionnelle est "un arbitrage obtenu par la ministre Elisabeth Borne qui s'est battue pour cela", a-t-on expliqué le 11 mars à l'AFP au ministère du Travail.

Intégrée à la loi de finances 2021, cette rémunération dont "beaucoup de gens ne connaissent pas l'existence", concerne "tous les majeurs et quelle que soit l'origine de la formation", selon cette source.

D'ailleurs, cette révision à la hausse aurait pu être être décidée bien plus tôt par la région Ile-de-France, "c'était à leur main", note-t-on au ministère du Travail. "Malgré la décentralisation, cela faisait 30 ans que la rémunération (des stagiaires, NDLR) n’avait pas été revalorisée: quelques régions (Bourgogne Franche Comté, Bretagne) l’avaient initiée mais pas l’Ile-de-France", indique-t-on au ministère.

C'est donc aussi pour uniformiser les rétributions des stagiaires, ajoute la même source, qu'"unilatéralement et vu la situation des jeunes, l’Etat a décidé d’en faire une action France Relance", le plan de relance de 100 milliards d'euros décidé à l'automne 2020, comme le relatait cet article de l'AFP.

L'entourage de la présidente de région a également reconnu auprès de l'AFP Factuel, le 11 mars, que les aides annoncées existaient déjà pour l'essentiel.

Mais"il y a eu un premier étage de la fusée; on s'est battus becs et ongles l'an passé avec l'Association des régions de France pour faire passer la rémunération des stagiaires de la formation professionnelle de 350 à 500 € par mois. Ce n'était pas du tout gagné et l'Etat a fini par accepter", a argué l'entourage de Mme Pécresse.

Avec le Revenu Jeune Actif, la région estime en outre "faire plus et mieux que le gouvernement" en ciblant des secteurs en tension.

L'Ile-de-France est dans une situation "paradoxale", selon la présidence de région, avec des métiers très touchés par la crise du Covid-19 comme le tourisme, le commerce, l'aérien, la culture, qui sont "pratiquement à l'arrêt", et d'autres comme le numérique ou le BTP (bâtiment et travaux publics) qui cherchent à embaucher.

Travaux de construction de la future station de métro Saint-Denis Pleyel Station, près de Paris, le 5 février 2021, prévue pour desservir le village olympique des JO 2024 (AFP / Ludovic Marin)

"Plutôt que se borner à rémunérer des jeunes en formation comme c'est la politique du gouvernement pour les sortir des statistiques du chômage, la logique de la région avec la prime de 1.000 € (sur six mois) c'est de les inciter à aller vers des secteurs où ils sont sûrs de trouver du travail ensuite", argue l'entourage de Mme Pécresse, estimant qu'il y a des débouchés solides dans 70% des cas du catalogue de formations de la région.

Une prime déjà annoncée par la région à l'été 2020

La prime de 1.000 €, octroyée par la région pour les stagiaires dans les métiers "sous tension", ne date en réalité pas du 1er mars. 

Le conseil régional Ile-de-France avait annoncé son entrée en vigueur à la rentrée de septembre 2020, selon cette page retrouvée par AFP Factuel, sur le site de l'institution, en date du 26 août dernier.

Selon les sources à la région, "la nouveauté c'est qu'on l'a ouverte aux jeunes diplômés de moins de 25 ans". Et cela a été "un choix très volontariste de la région de conditionner la prime à une formation qui mène à l'emploi".

Mais quand la région Ile-de-France affirme que le dispositif du RJA représentera "une charge" de 270 millions € pour ses finances, elle oublie de dire qu'il s'agit pour la partie principale (la rémunération de base du stagiaire) de fonds puisés dans les caisses de l'Etat.

Et même la prime spéciale de 1.000 € sera financée "en partie par l'Etat, et en partie par la région", admet l'entourage de Valérie Pécresse. En outre, sur la fraction allouée par la région, "une partie provient de l'Etat par le biais du PRIC", le pacte régional d'investissement dans les compétences, reconnaît-on aussi à la région. 

Une tempête de critiques

L'annonce de la "création d'un Revenu jeune actif" par la présidente de région a suscité une déferlante de critiques sur Twitter,  émanant notamment du parti présidentiel En Marche et de formations de gauche pour dénoncer "un coup de com", une campagne médiatique en vue des prochaines régionales.

L'une des plus virulentes a été Gabrielle Siry-Houari, porte-parole du Parti Socialiste et enseignante en économie européenne à l'Université Paris-Dauphine, qui a fustigé "une esbroufe honteuse" avec l'annonce d'une "mesure qui existe déjà".

"Il n'y a absolument rien de nouveau, tout cela n'est pas issu d'un volontarisme particulier de la région. Ce sont des choses qui existaient déjà, y compris la prime de 1.000 € qui était déjà en place depuis 2020", a complété le 12 mars auprès de l'AFP Gabrielle Siry-Houari, chargée du programme économique de la liste de gauche emmenée par Audrey Pulvar pour les régionales en Ile-de-France.

Stanislas Guerini, numéro un du parti LREM a fait un commentaire similaire sur Twitter, évoquant un "dispositif déjà existant et proposé" par le gouvernement. Mais conciliant, il a ajouté que "si la région l'amplifie en y mettant des fonds et en connectant les tuyaux entre ce qui peut se faire au niveau national et les choses qui se passent sur le terrain, tant mieux. On ne va pas commencer à faire de bisbilles sur ces sujets-là". 

Au total, 45.000 formations qualifiantes et gratuites ont été ouvertes au 1er mars en Ile-de-France pour les jeunes de 18 à 25 ans, actuellement sans emploi ni formation et la région promet d'"essayer d'aller jusqu'à 100.000 stages d'ici la fin de l'année".

Selon l'entourage de Valérie Pécresse, il y a urgence car le taux de chômage a bondi de 15% en 2020 par rapport à 2019 en Ile-de-France face à une hausse moyenne pour tout le pays de 9% sur un an. 

Pour le groupe écologiste au conseil régional, les 45.000 places proposées seront toutefois largement insuffisantes, d'autant que "10.000 sont pour de la formation à distance". Interrogé par l'AFP, ce groupe a chiffré à "environ 247.000 jeunes NEET (ni scolarisés, ni en emploi ni en formation) en Ile-de-France bien loin" des besoins évoqués par la présidence de région.