
Un quart des demandeurs d'asile viennent de pays "sûrs", un taux stable
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- Publié le 20 septembre 2019 à 14:41
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- Par : Guillaume DAUDIN
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Invité de Franceinfo mercredi 18 septembre, M. Nuñez a expliqué ceci sur l'évolution à la hausse du nombre de demandeurs d'asile en France depuis 2014 :
"En France, nous observons en 2018 une augmentation de la demande d'asile assez significative, +20%, et qui se poursuit en 2019 (...) et cette demande d'asile provient en grande partie, en grande partie, de personnes issues de pays d'origine sûre, c'est-à-dire de pays dont quand on instruit la demande de ces personnes, ils ne sont pas en besoin de protection".
L'Ofpra, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, organisme public chargé de "statuer en toute indépendance sur les demandes d'asile et d'apatridie qui lui sont soumises", a établi une liste actualisée pour la dernière fois en 2015 sur laquelle figurent 16 pays dits "sûrs" au "regard des garanties de protection que les autorités de ces pays offrent contre les persécutions et les mauvais traitements ainsi que sur les sanctions qu'elles prévoient en cas de violation avérée des droits individuels".
Ces pays sont les suivants : Albanie, Arménie, Bénin, Bosnie-Herzégovine, Cap-Vert, Géorgie, Ghana, Inde, Macédoine du Nord, Maurice, Moldavie, Mongolie, Monténégro, Sénégal, Serbie, Kosovo.
Pour le gouvernement, une demande importante en provenance de pays "sûrs" n'est pas normale.
Dans le viseur, notamment, la Géorgie et l'Albanie, qui ont fourni de gros contingents de demandeurs d'asile en 2017 et 2018.
En mai, le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner avait estimé que les demandes nombreuses en provenance de Géorgie constituaient une "anomalie" qui non seulement "prive de forces vives" ce pays mais aussi "génère une incapacité de la France à accueillir correctement ceux qui doivent être protégés", alors que des campements se forment dans des villes françaises où Afghans ou Erythréens peinent à accéder au dispositif d'asile. M. Castaner a donc dévoilé des mesures concernant ce pays en mai mais aussi concernant l'Albanie en mars.
Dans son rapport d'activité 2018, page 97, l'Ofpra indique ainsi qu'elle a accepté 8,4% des demandes d'asile en provenance de l'Albanie, et 4,6% en provenance de Géorgie.
Nous avons interrogé le cabinet de M. Nuñez pour savoir si celui-ci a voulu dire que c'est la demande d'asile globale qui provenait "en grande partie" de ces "pays sûrs" ou si c'est la seule augmentation de cette demande sur 2018 et 2019 qui provenait des "pays sûrs". Vendredi midi, le cabinet n'avait pas répondu à nos questions.
Dans les deux cas, cette affirmation est à tempérer.
Quelle est la situation de l'asile en France ?
La demande d'asile ne cesse de baisser dans les pays de l'OCDE, y compris aux États-Unis, principale destination des demandeurs d'asile. Mais pas en Espagne ni en France, qui ont connu les plus fortes progressions en 2018, souligne l'OCDE dans un rapport tout récemment publié, et dont l'AFP a fait état.
"En France, où l'on constate une augmentation de 20% de la demande d'asile pour la deuxième année consécutive, ce sont les Albanais et les Géorgiens qui tirent la demande, derrière les Afghans", détaille Jean-Christophe Dumont, chef de la division Migrations internationales.
La France ne bénéficie donc pas de la baisse des arrivées en bateau par la Méditerranée centrale, qui se situe à un taux "historiquement bas", un canal par lequel passe l'immigration syrienne ou d'Afrique subsaharienne, rappelle-t-il.
L'Hexagone présente également la "spécificité" d'attirer une immigration "secondaire", précise-t-il à l'AFP, évoquant notamment les personnes ayant déjà déposé une demande d'asile dans un autre pays européen: "La France est très exposée à cela".
Les ressortissants de pays sûrs représentent-ils "une grande partie" des demandeurs d'asile, comme le dit M. Nuñez ?
L'AFP a compilé les statistiques sur les demandes d'asile d'Eurostat depuis 2010, disponibles en open data.
D'après ces statistiques, les ressortissants de pays dits "sûrs" n'ont jamais représenté plus de 28% des demandes d'asile depuis 2010. En 2017 et 2018, ils représentaient 25%, soit donc un quart des demandeurs d'asile, un chiffre relativement haut par rapport à la moyenne depuis 2010 mais pas exceptionnel.
Si la hausse de demandeurs d'asile albanais et géorgiens en 2018 est notable par rapport à 2015 (de 3650 à 9665 pour l'Albanie, de 1325 à 7000 pour la Géorgie selon les chiffres d'Eurostat), elle n'est pas la seule : le nombre de demandeurs d'asile a triplé en provenance d'Afghanistan (2460 à 10340), de Guinée (2195 à 6935) ou de Côte d'Ivoire (1330 à 5440). Ceux du Mali et du Nigeria ont doublé.
Entre 2010 et 2018, selon les chiffres d'Eurostat, seuls deux pays "sûrs" figurent dans les dix premières places des pays d'origine des demandeurs d'asile : l'Albanie, à la 1ère place, et le Kosovo, à la 4eme place.
Sur les seules années 2015-2018, où le nombre de demandes d'asile a connu une hausse importante en France, l'Albanie est toujours 1ère, le Kosovo 9eme. Le reste des demandeurs d'asile proviennent de pays qui ne sont pas considérés comme "sûrs" et qui connaissent pour une grande partie d'entre eux des conflits armés : Afghanistan (2e), Soudan (3e), Syrie (4e), Haïti (5e), République démocratique du Congo (6e), Guinée (7e), Bangladesh (8e), Côte d'Ivoire (10e).
Et en 2019 ?
En juin, Le Figaro disait avoir eu accès aux "derniers chiffres de l'Ofpra" pour début 2019 qui notaient selon le quotidien une "forte augmentation de demandes provenant de Géorgiens et d’Albanais".
"Les demandes des Guinéens ont, pour leur part, grimpé de plus de 33 %, celles des Maliens de 85 %, celles des Haïtiens de 69 %. Parallèlement, celles des Afghans ont baissé de 9 %, passant de 3055 dossiers à 2778" écrivait aussi Le Figaro.
"A ce jour, depuis le début de l'année 2019, 23% des demandes d'asile hors mineurs émanent de pays d'origine sûre. Le pourcentage est sûrement un peu plus élevé si on y inclut les mineurs", a indiqué l'Ofpra à l'AFP.
L'organisme confirme donc que la tendance de ces dernières années s'est maintenue en 2019 avec une part autour d'un quart des demandes d'asile provenant de ressortissants de pays dits "sûrs".