Un problème de date à l'origine du quiproquo sur les figurants du tournage de Kaamelott

Une arnaque ? Un faux casting ? Non : la polémique sur la recherche de figurants pour le futur film "Kaamelott" trouve son origine dans une annonce restée en ligne sur un site tiers payant spécialisé dans la diffusion d'annonces de castings, plusieurs jours après la fin de la recherche par la production du film, suscitant une vive réaction du futur réalisateur Alexandre Astier. Le site plaide la bonne foi.

- Pourquoi une polémique a-t-elle éclaté ? -

Une annonce, largement relayée sur les réseaux sociaux, expliquant que la production du futur film Kaamelott était à la recherche de figurants, s'est trouvée au coeur d'une polémique en ligne quand le réalisateur a déclaré le 27  janvier que le film n'avait pas besoin de figurants. Des internautes, mais aussi des médias, en ont donc conclu que l'annonce publiée par le site était soit fausse, soit une véritable arnaque. 

Capture d'écran de la newsletter de figurants.com du 23/01

- La production du film  a-t-elle recherché des figurants ? -

Oui : le service de communication de la société de production Regular le confirme.

"Le 14 janvier nous avons posté une annonce via Pôle emploi, accessible pour toutes et tous gratuitement", confirme-t-elle à l'AFP. "Elle a été retirée le jeudi 24 janvier, une fois le casting terminé", poursuit-elle.

Capture d'écran de l'annonce diffusée par Pôle emploi

Contrairement à ce qu'ont pu affirmer certains médias, Pôle emploi n'a donc pas diffusé de fausse annonce. Précision importante, l'annonce diffusée par Pôle emploi ne faisait pas référence au film "Kaamelott", même si c'est bien pour ce long-métrage que les figurants étaient recherchés.

Capture d'écran du site Nice Matin, réalisée le 4/02/2019

- Quel rôle a joué Figurants.com ? -

Le site Figurants.com publie régulièrement des annonces de casting pour des tournages divers.

Contacté par l'AFP, il explique avoir recoupé les informations de cette annonce de Pôle emploi et de médias spécialisés et locaux, pour s'assurer que le film concerné était effectivement Kaamelott. Il a ensuite diffusé deux annonces successives, en mentionnant le titre du film, les 23 et 24 janvier.

L'adresse mail renseignée dans l'annonce sur le site Figurants.com, filmsfigu2019@gmail.com, renvoyait bien vers la direction du casting. Les deux parties l'ont confirmé. L'annonce n'était donc pas "fausse".

"Visiblement, sans qu'on le sache, un site spécialisé s'était emparé de l'annonce pour la publier", déplore la production du futur Kaamelott.

"On n'a pas été sollicité directement (par la production, ndlr)", abonde d'ailleurs la direction du site web, qui plaide la bonne foi. "Le but du site est un peu de décloisonner ces annonces. De les rendre accessibles à un public plus large", affirme-t-elle.

La direction de Figurants.com souligne par ailleurs que le site est parfois contacté par des producteurs pour diffuser des annonces, même s'il arrive aussi, comme dans le cas présent, que des productions lui reprochent de diffuser des annonces.

Deux jours après que le casting soit terminé, le samedi 26 janvier, la production du film a donc contacté le site et lui a demandé de retirer l'annonce toujours en ligne. La date de cette demande de retrait est confirmée par la production comme par le site, et corroborée par un échange de mails consulté par l'AFP.

Ce retrait n'interviendra que le lendemain, dimanche 27 janvier. La direction du site explique ce retard par le fait que la demande soit intervenue pendant le weekend.

Entre-temps, l'affaire va prendre de l'ampleur avec un tweet musclé du réalisateur Alexandre Astier.

- Le tweet d'Alexandre Astier -

Le dimanche 27 janvier, Alexandre Astier, réalisateur du futur film, mais avant tout créateur de toute la saga Kaamelott, explique dans ce tweet que la production n'a pas besoin de figurants, suscitant de nombreuses réactions.

L'affaire prend d'autant plus d'ampleur que la série est pour certains une institution du petit écran, et la communauté de fans de la saga, très attachée à l'oeuvre d'Alexandre Astier, attend ce premier volet au cinéma depuis longtemps.

Capture d'écran Twitter réalisée le 4/02/2019

 

Capture d'écran Twitter réalisée le 04/02/2019

Kaamelott a été diffusée sur les chaînes du groupe M6 entre 2005 et 2009 (bien que la saga tire ses origines d'un court-métrage, "Dies Irae", produit en 2003). 

Depuis lors, toutes les annonces autour de la suite de la saga, qui continuera donc sur grand écran, suscitent un formidable engouement.

L'annonce d'un début de tournage tout proche, diffusée par Alexandre Astier sur Twitter le 22 janvier dernier, avait été partagée plus de 35.000 fois. Ce deuxième tweet de l'artiste alertant ses fans, a lui été partagé près de 15.000 fois.   

Et les deux phrases suivantes "surtout, ne payez pas un centime à quiconque vous proposerait d’en être. Désolé que des trouducs essaient de se sucrer sur le dos de la bête… on va s’en occuper", vont être interprêtées par certains médias comme une indication que le casting proposé était faux, voire-même une arnaque, pour se faire de l'argent sur le dos de fans ravis à l'idée de participer au film.

Capture d'écran du site de Ouest France, réalisée le 4/02/2019

- Des internautes ont-ils payé pour accéder à l'annonce ? -

Oui, de fait, des fans ont payé pour accéder à l'annonce sur le site figurants.com.

Le site a le modèle économique suivant : il propose une inscription à l'essai, à 0,90€ pendant trois jours, puis à 12€/mois, résiliable à tout moment. Il est en revanche gratuit pour les chômeurs et les intermittents, sur justificatif, selon ses dirigeants.

Des personnes ont donc effectivement versé de l'argent pour accéder à l'annonce de casting qui renvoyait vers la bonne adresse e-mail pour y participer.

Pourquoi l'accès aux annonces est-il payant ? "Parce que le site a des frais", répond la direction de la plate-forme, invoquant "la vérification du contenu, les enquêtes de terrain, les articles, conseils et outils à disposition des utilisateurs et des directeurs de casting, mais aussi et surtout, la certitude pour chacun d'entre eux de consulter des informations sûres et sans risques pour eux et leurs proches".

Il est donc également possible que des personnes aient payé entre le 24 janvier, date à laquelle le casting était terminé selon la production, et le 27 janvier, date à laquelle le site a retiré l'annonce. 

- Existe-t-il une procédure de remboursement ? -

Oui, selon le site figurants.com, qui affirme que des remboursements ont déjà été versés. "Tous ceux qui se sont inscrits pour ce casting et qui se sentiraient floués nous écrivent et bien sûr qu'on les rembourse", assure la direction de la plateforme, qui affirme avoir reçu "entre 500 et 600 mails" parfois virulents, et déplore une vaste "mésentente".

"Ca n'est jamais arrivé en 20 ans un truc pareil", mais "nous n'en voulons absolument pas à Alexandre Astier. Nous respectons son travail", conclut la direction du site.

- Et le film dans tout ça ? -

Cette péripétie mise à part, le tournage a donc bel et bien commencé, et le long-métrage, premier volet d'une trilogie, doit débarquer dans les salles obscures courant 2020.

Sami Acef