Symboles religieux au Canada: distinguer le vrai du faux

Une publication Facebook partagée plus de 16.000 fois affirme que le crucifix est un symbole interdit au Québec, probablement en référence au débat sur le port des signes religieux lancé par le Premier ministre québécois François Legault. C’est faux: aucune interdiction ne vise les crucifix au Québec. Toujours selon la publication, le niqab serait autorisé sur les photos de passeports canadiens. C’est également faux: sur ces photos, le visage doit être à découvert.

“Je suis Canadien de souche et je n’ai pas le droit de sourire sur mon passeport, mais quelqu’un qu’on accueille chez nous aurait le droit d’être accueilli voilé?” s’insurge un collage largement partagé sur Facebook. On y voit côte-à-côte le portrait d’un homme souriant et celui d’une personne voilée. Le collage comporte également des photos de crucifix, prétendûment interdit au Québec, alors que le kirpan, couteau cérémoniel Sikh, serait autorisé à Ottawa.

L’image fait vraisemblablement allusion à une promesse de campagne controversée du Premier ministre québécois François Legault, élu en octobre 2018. Il souhaite, d’ici juin 2019, interdire le port de signes religieux ostentatoires aux fonctionnaires “en position d’autorité,” tel que les policiers, les enseignants ou les juges. L’interdiction demeure une promesse de campagne, et ne serait appliquée qu’à la province du Québec, et non ailleurs au Canada, d’où le choix du contraste entre Québec et Ottawa par l’auteur de la publication. Un contraste trompeur.

Capture d'écran d'une publication Facebook le 4 février 2019

La version la plus partagée du collage date du 25 janvier 2019, mais semble être une capture d’écran d’une image envoyée par texto, ce qui complique sa traçabilité. La partie inférieure de l’image semble toutefois ne pas être récente, car un blogueur la partageait déjà en 2015.

S’il est vrai que la réglementation des photos de passeports canadiens n’autorise pas les citoyens à sourire, il est en revanche faux d’affirmer qu’une personne pourrait prendre une photo à visage couvert, et ce dans tous les cas de figures. Le règlement prévoit des accommodements pour “les chapeaux et les couvre-chefs portés tous les jours pour des raisons religieuses,” mais seulement si le visage est découvert.

Capture d'écran du site du gouvernment canadien le 4 février 2019

L’image du crucifix semble faire référence à celui de l’Assemblée nationale du Québec, qui, bien que controversé, est toujours accroché au centre du parlement provincial, comme le montre le tweet du compte de l’Assemblée national ci-dessous.

Le kirpan, poignard cérémonial porté par les Sikhs, est quand à lui bien autorisé au Parlement d’Ottawa. Navdeep Bains, ministre canadien du développement économique, porte par exemple le kirpan depuis son élection comme député de sa circonscription en Ontario en 2004, un droit qu’il a défendu lorsque le Bloc Québécois avait tenté de l’interdire en 2011.

Capture d'écran du site du parlement canadien le 4 février 2019

Le port du kirpan a été l’objet d’une bataille judiciaire au Québec, lorsqu’en 2011 deux Sikhs s’étaient vu refuser l’entrée à l’Assemblée nationale à cause de leur kirpan. La cour supérieure du Québec et la cour d’appel du Québec avaient maintenu l’interdiction en invoquant le règlement sur les armes blanches en vigueur dans le bâtiment.

Le port du kirpan dans les écoles canadiennes est garanti par une décision de la Cour Suprême du Canada depuis 2006.

À l’heure où le gouvernement provincial de François Legault prône une législation sur les signes religieux  relativement semblable à celle en vigueur en France, le débat sur les signes religieux est parfois teinté de désinformation.

Contrairement à ce que prétendent certaines publications en ligne, il n’est donc pas possible de porter un voile intégralde type niqab couvrant le visage dans les photos de passeports canadiens, et le crucifix trône toujours à l’Assemblée nationale du Québec.

EDIT : 06/02 correction car le visuel représentait un niqab et non une burqa
Louis Baudoin-Laarman