Des fleurs devant la gendarmerie de Carcassonne, dimanche 25 mars 2018 (AFP )

Radouane Lakdim a été naturalisé en 2004, 11 avant d'être fiché S, et non en 2015

Plusieurs sites ou publications sur les réseaux sociaux affirment que Radouane Lakdim, qui a tué quatre personnes à Carcassone et Trèbes (Aude) dans des attaques revendiquées par le groupe jihadiste Etat islamique, a été naturalisé en 2015, "un an après avoir été fiché S". Il a en réalité été naturalisé en 2004, l'année de ses douze ans.

Plusieurs tweets ont repris dans le week-end cette information supposée:

Ils ont ensuite corrigé, et mis en cause BFM TV qui a diffusé cette information vendredi soir et samedi matin. "Il obtient la nationalité française en 2015": l'information a été présentée comme telle en direct par exemple vendredi vers 17h45 ou samedi matin vers 8h10 sous la forme d'une infographie dont la capture d'écran a ensuite été largement partagée sur les réseaux sociaux.

Contactée par l'AFP, Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFMTV, a reconnu une "erreur" de la chaîne pour laquelle elle "présente (ses) excuses pour la confusion induite".

"Nous avons eu l'information selon laquelle Radouane Lakdim a eu une carte d'identité en 2015, c'était vraisemblablement un renouvellement. Malheureusement, cela a interprété à tort et traduit à l'antenne en +Il a été naturalisé en 2015+", a-t-elle poursuivi.

L'information a ensuite été correctement présentée à l'antenne à partir du milieu de matinée, samedi, mais aucun correctif explicite n'a été fait à l'antenne.

"J'ai vu les débats qui existaient sur Twitter" critiquant cette supposée naturalisation en 2015, un an après la fiche S, "mais il y a eu un loupé, je n'ai pas compris que ce malentendu venait de nous (...). On a réalisé seulement dimanche que cette infographie avait induit des gens en erreur, on aurait dû faire un correctif samedi matin, mais ça n'avait plus de sens de le faire dimanche soir, ça aurait été un élément de confusion".

Né le 11 avril 1992, arrivé en France dans les premiers mois de sa vie, Radouane Lakdim a en effet été naturalisé dès 2004, l'année de ses 12 ans, car son père était devenu français, selon une source proche de l'enquête.

Ce Français d'origine marocaine vivait avec sa famille dans la cité Ozanam, un quartier populaire situé à quelques centaines de mètres du centre historique de Carcassonne et tout proche de la caserne CRS.

A partir de 2014, il a été suivi par les services de renseignements et fiché "S" (pour sûreté de l'Etat) "car il était en contact avec des islamistes considérés comme appartenant au haut du spectre de la radicalisation", sans toutefois faire montre lui-même d'une volonté de commettre une action violente, a indiqué une source proche de l'enquête.

Selon le procureur de la République de Paris, François Molins, l'assaillant avait été fiché "S" depuis 2014 (pour "sûreté de l'Etat") en raison de liens "avec la mouvance salafiste".

"En 2016 puis en 2017, il faisait l'objet d'un suivi effectif des services de renseignements, suivi qui n'avait permis de mettre en évidence aucun signe précurseur pouvant laisser présager un passage à l'acte terroriste", a indiqué M. Molins lors d'une conférence de presse au Tribunal de grande instance de Carcassonne.

Décédé après l'assaut des forces d'élite dans le magasin Super U, Radouane Lakdim avait jusqu'alors eu affaire à la justice pour des faits de droit commun uniquement.

Il avait été condamné une première fois à Carcassonne le 29 mai 2011 à une peine d'un mois d'emprisonnement avec sursis pour port d'arme prohibé.

Il avait été à nouveau condamné le 6 mars 2015 à un mois de prison pour usage de stupéfiants et refus d'obtempérer. Il avait exécuté cette peine en août 2016 à la maison d'arrêt de Carcassonne, a détaillé le procureur de la République de Paris.

EDIT lundi 26 mars: ajoute réaction de Céline Pigalle

Guillaume Daudin