Des bouteilles de Pepsi, en 2005 en France (AFP / Mychele Daniau)

Pepsi "admet que son soda contient un ingrédient cancérigène"? C'est plutôt faux

Un site consacré à la santé affirme que Pepsi "a admis finalement que son soda contient des ingrédients cancérigènes". En réalité, Pepsi a --comme Coca-- modifié ces dernières années le taux d'une substance, le 4-MEI, jugée potentiellement cancérigène à très haute dose, tout en rejetant qu'elle soit dangereuse pour la santé.

Bestsante.com affirme dans un article titré "Pepsi admet finalement que son soda contient des ingrédients cancérigènes" que "pendant longtemps, Pepsi a refusé de reconnaître que l’un de ses ingrédients constituait un risque sanitaire pour ses consommateurs. Mais, il vient finalement d’admettre la présence de l’ingrédient soupçonné d’être cancérigène."​

Une capture d'écran du site BestSante.com, le 15 mars 2018Une capture d'écran du site BestSante.com, le 15 mars 2018 (DR / AFP)

Plusieurs sites de fact-checking, comme Hoax-net, se sont déjà penchés sur cette question.

Incriminé, le 4-MEI ou plus précisément 4-méthylimidazole. C'est un composé chimique qui se forme lors de la fabrication de certains colorants alimentaires. 

Plusieurs autorités sanitaires internationales se sont penchées sur son cas. La FDA américaine estime "sur la base des informations disponibles" qu'elle "n'a aucune raison de croire que le 4-MEI présente un quelconque danger immédiat ou de court-terme vu son dosage actuel dans la nourriture".

Pour l'EFSA européenne, "le niveau maximum d’exposition au 4-MEI pouvant résulter de la consommation d’aliments (...) ne (doit) pas susciter de préoccupation".

Les deux agences recommandent toutefois de faire le nécessaire pour limiter l'exposition à ce 4-MEI en en réduisant le taux dans les produits alimentaires. 

Or sur ces questions, la Californie applique un principe strict de précaution et a fixé, comme l'expliquait l'AFP en 2012, un taux maximal de 29 microgrammes par produit consommé. Une étude conduite à Washington par une association de consommateurs (Center for Science in the Public Interest, CSPI) avait alors établi qu'une canette de Coca ou de Pepsi en contenait entre 103 et 153 microgrammes.

Une longue bataille judiciaire a été engagée avec les producteurs de sodas, détaillée par le site de fact-checking américain Snopes, qui a abouti dans le cas de Pepsi à un accord judiciaire devant un tribunal californien en août 2015 entre une association plaignante, le Center for Environmental Health (CEH) et le géant du soda. Cela a mis fin à toute procédure.

Que prévoit cet accord ?

Pepsi y accepte de limiter le taux de 4-MEI dans ses produits vendus en Californie, et d'assurer des tests très réguliers de ses produits pour s'assurer qu'ils ne dépassent pas la limite qu'il a fixée en accord avec le CEH.

Que dit cet accord par ailleurs ?

Il dit très précisément que Pepsi "n'admet pas" pour autant par cet accord "que le 4-MEI (...) comporte un quelconque risque pour la santé humaine ou nécessite un signalement ou un avertissement aux consommateurs". 

Résumons: l'article initial affirmait que Pepsi, après avoir pendant longtemps refusé de "l'admettre", reconnaissait que le 4-MEI était présent dans ses produits mais aussi qu'il constituait un risque sanitaire pour les consommateurs.

Or Pepsi n'a pas nié la présence de 4-MEI dans ses produits, et a d'autre part rejeté l'idée d'un "quelconque risque pour la santé humaine" de ses produits lié à la présence de 4-MEI.

Guillaume Daudin