Capture d'écran du compte Twitter @AldoSterone111 (DR)

Non, rien ne permet d'affirmer que des femmes ont été violées à bord de l’Aquarius en juin en Méditerranée

Plusieurs publications très partagées sur les réseaux sociaux affirment que "la majorité des femmes" qui étaient sur l'Aquarius lors de sa semaine d’errance en Méditerranée en juin "ont été violées par les hommes présents" à bord. Rien ne permet d'affirmer qu'une ou des agressions sexuelles ont été perpertrées sur le navire humanitaire.

"Il parait que la majorité des femmes qui étaient sur l'Acquarius ont été violées par les hommes presents. Donc c'est un ramassis de violeurs qu'on régularise à tour de bras!", s’émeut un internaute partageant un article (lien en espagnol) de la chaîne de télévision espagnole La Sexta.

Capture d'écran du compte Twitter @AldoSterone111Capture d'écran du compte Twitter @AldoSterone111 (DR)

Comme lui, plusieurs internautes ont partagé ce même article ces derniers jours, pour en conclure à chaque fois que des viols ont été perpétrés à bord du navire affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans Frontières (MSF), qui a accosté à Valence (Espagne) le 17 juin.

Le titre de l'article de La Sexta, publié le 26 juin, est pourtant tout autre : "La mayoría de las 73 mujeres del Aquarius sufrieron abusos antes de ser rescatadas", écrit le site, ce qui se traduit par : "La majorité des 73 femmes de l'Aquarius ont souffert d'abus avant d'être secourues", c'est-à-dire avant d'être transportées sur le bateau.

L’auteur de l’article écrit plus loin - au conditionnel - que "beaucoup des femmes à bord de l’Aquarius pourraient avoir été victimes d’agressions sexuelles, selon les médecins qui les ont accompagnés pendant la traversée", sans préciser s'il parle d'agressions commises avant ou à bord de l'Aquarius.

Enquête classée

Sur ce sujet, une enquête a été ouverte en juin en Espagne après que des hôpitaux ayant accueilli des migrantes de l'Aquarius ont fait part à la justice espagnole de soupçons d’agressions sexuelles commises lors de la traversée.

Mais le tribunal de Valence a rapidement classé cette enquête :

"Le pôle d'instruction 18 de Valence, qui était de garde le week-end de l'arrivée de l'Aquarius, a classé le dossier d'enquête ouvert pour vérifier si 25 femmes (...) qui voyageaient à bord du bateau avaient été victimes d'agressions sexuelles durant la traversée", indique le communiqué du tribunal en date du 26 juin.

Selon le tribunal, "les médecins de l'Institut de médecine légale, qui ont rencontré et examiné les femmes dans les différents hôpitaux où elles faisaient l'objet de soins, ont écarté la possibilité qu'elles aient souffert un quelconque type d'abus ou d'agression".

Si aucune agression sexuelle n’a été commise à bord de l’Aquarius selon la justice espagnole, de nombreux migrants et de nombreuses migrantes originaires d'Afrique subsaharienne sont victimes de viols sur la route qui les mène à l’Europe, en Libye notamment, comme l’expliquait en janvier un des responsables du Haut commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR).

"Jamais eu de cas d'agressions sexuelles à bord"

"Lors du long voyage à destination de Valence, nous avons identifié de nombreuses victimes de violence sexuelle, ce dont nous avons fait état lors de notre conférence de presse à Valence. Mais tous ces abus ont été perpertrés en Libye et sur la route migratoire, sauf dans un cas où cela s'est produit dans le pays d'origine" d'un(e) migrant(e), confirme à l'AFP Aoife Ni Mhurchu, une des deux infirmières présentes à bord de l'Aquarius.

"Nous réalisons des opération de sauvetage depuis deux ans et demi et nous n'avons jamais eu jusqu'ici à déplorer de cas d'agressions sexuelles à bord", affirme l'infirmière, qui souligne que "de nombreuses mesures sont en place pour assurer la sécurité des personnes sur le bateau, notamment des secouristes qui réalisent des tours de garde 24h/24 - avec des équipes de garde qui comptent au moins un homme et un femme".

Un système vidéo est également à disposition du capitaine ou de l'adjoint qui tient la permanence sur la passerelle.

Des femmes à bord de l'Aquarius, en Méditerranée, le 14 mai 2018Des femmes à bord de l'Aquarius, en Méditerranée, le 14 mai 2018 (LOUISA GOULIAMAKI / ARCHIVES / AFP)

L'Aquarius dispose par ailleurs d'une pièce appelée "shelter", réservée uniquement aux femmes et aux enfants, alors que les hommes doivent dormir sur le pont, comme l’ont constaté des journalistes de l’AFP ayant suivi des opérations de sauvetage du navire en Méditerranée, et comme l’ONG SOS Méditerranée l’explique sur son site internet (page 4).

Pour éviter tout risque d'agression, les hommes n'ont pas le droit de pénétrer dans le "shelter". Ce sont les femmes et les enfants qui sortent quand ils le souhaitent rencontrer les maris et pères. Il a toutefois pu arriver par le passé que des hommes puissent entrer dans le "shelter", essentiellement quand il n'y avait pas de femmes et d'enfants parmi les personnes secourues, selon une journaliste de l'AFP ayant réalisé plusieurs reportages à bord du navire.

Lors du voyage de cinq jours jusqu'à Valence, les mauvaises conditions météorologiques ont conduit les équipes de l'Aquarius à faire cohabiter hommes et femmes dans cette pièce. "Mais nous avons créé une séparation en plaçant les femmes et les enfants dans la clinique et dans la partie supérieure de la pièce, et les hommes et les garçons mineurs dans l'autre partie", explique Aoife Ni Mhurchu.

Rémi Banet
Fanny Carrier