(AFP / Jens Schlueter)

Non, les panneaux solaires et les éoliennes n'ont pas été mis à l'arrêt à cause du froid en Allemagne

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Des publications virales, partagées sur Facebook, Telegram et Twitter, en allemand, en anglais et en français depuis le 11 février, affirment que des "millions de panneaux solaires" et "30.000 éoliennes" ont été mis à l'arrêt en Allemagne à cause du froid et de la neige. Mais les chiffres montrent que la production d'électricité dans le pays générée par ces technologies n'a pas été significativement impactée par les températures glaciales outre-Rhin. Par ailleurs, la photo de panneaux solaires sous la neige qui accompagne la publication en français date de 2013. 

"En Allemagne, des millions de panneaux solaires sont recouverts de neige et 30000 éoliennes sont inactives car il n'y a pas de vent.... Voici l'avenir radieux que nous proposent les verts", peut-on lire dans les publications en français, qui reprennent les mêmes affirmations que celles en allemand et en anglais. 

Capture d'écran Facebook, prise le 1er mars 2021
Capture d'écran Facebook, prise le 1er mars 2021

 

Capture d'écran Facebook, prise le 1er mars 2021

La politique énergétique en Allemagne a connu un tournant après la catastrophe à la centrale nucléaire de Fukushima au Japon, en 2011. Le gouvernement allemand avait alors annoncé la fermeture progressive des ses centrales nucléaires. La dernière doit être débranchée du réseau d'ici la fin 2022. 

Berlin a d'ailleurs démarré son année 2021 en lançant deux projets phare de sa transition énergétique : la facturation de chaque tonne de CO2 émise par les transports et les habitations, et la sortie, très progressive, du charbon avec la fermeture d'une première unité de centrale thermique. 

Des décisions qui ne sont pas sans conqéquence pour les consommateurs allemands, qui vont subir la répercussion du prix du carbone sur les factures à la pompe et pour le chauffage. 

Au troisième trimestres 2020, la première économie européenne a encore tiré un peu plus de la moitié de son électricité d'énergies fossiles, avec une part de 26% pour la houille et le lignite. L'abandon du charbon, énergie bon marché à l'origine du développement industriel de l'Allemagne, est compliqué par le chantier de sortie du nucléaire à l'horizon 2022. 

Comme plusieurs pays européens l'Allemagne a également connu des chutes brutales de températures au mois de février, le thermomètre approchant les - 20°C la nuit dans certaines régions.  

C'est dans ce contexte que ces publications Facebook sont apparues. 

Prenons d'abord les photos : grâce à une recherche d'image inversée, on retrouve celle apparaissant sur les publications en allemand et anglais sur les plates-formes Shutterstock et iStock, dans un panorama posté en 2017 par le photographe Alexey Murzin. Contacté par l'AFP via Whatsapp, il explique qu'il a pris la photo "en 2015 ou 2016", près de la ville russe d'Orsk, proche de la frontière avec le Kazakhstan. 

Celle accompagnant les publications en français a bien été prise en Allemagne, mais en 2013 par le photographe de l'agence DPA Bernd Settnik. Ce dernier avait pris des clichés de panneaux solaires à Meuro, dans le Nord-Est de l'Allemagne. 

Capture d'écran de la banque d'images AFP Forum, prise le 1er mars 2021

Les éoliennes 

"Dire que les conditions météorologiques ont fait que des milliers d'éoliennes dans tout le pays sont restées inactives est tout simplement faux", affirme Wolfram Axthelm, président de l'Association allemande des énergies renouvelables, contacté par l'AFP. 

"Le week-end des 6 et 7 février, lorsque les températures dans certaines régions sont tombées à des températures inférieures à 10°C, la quantité d'électricité produite grâce au vent était en réalité supérieure à la moyenne mensuelle", insiste-t-il. 

Des déclarations qui sont cohérentes avec les observations de l'Institut Fraunhofer pour les systèmes d'énergie solaire (ISE), qui répertorie la quantité d'énergie produite en Allemagne en fonction des sources. 

Ci-dessous, la production d'énergie produite grâce au vent selon leurs chiffres. 

La production d'électricité grâce au vent, en Allemagne, lors du mois de février 2021, selon les chiffres du Fraunhofer Instituts für Solare Energiesysteme

"Les éoliennes sont arrêtées lorsque la glace s'accumule. Le temps froid et sec, comme celui que nous avons connu ces derniers jours, n'entraîne pas une augmentation de la formation de glace", explique de son côté Marie-Luise Plappert, qui travaille sur les énergies renouvelables à l'Agence fédérale de l'environnement. 

L'énergie solaire

En ce qui concerne les panneaux photovoltaïques et la neige, Wolfram Axthelm explique que "peu de temps après une chute de neige et lorsqu'il n'y a pas de vent, des images comme celle-ci apparaissent régulièrement. Mais ce sont des événements ponctuels. La neige est généralement emportée rapidement en raison de l'inclinaison des panneaux, ou elle dégèle car les surfaces sont sombres et finit par glisser. Ce n'est pas un problème pour la production d'électricité". 

Anton Usachev, porte-parole du groupe Hevel, une entreprise russe de production d'énergie solaire souvent confrontée à ces conditions climatiques hivernales, une chute de neige de faible intensité ne requiert pas de maintenance humaine, les équipes ne sont mobilisées que lorsque de fortes chutes de neige nécessitent de faire tomber la neige des panneaux avec des brosses.

Karsten Schäfer porte-parole de l'Association allemande de l'industrie solaire, également interrogé par l'AFP, abonde : "dire que des millions de modules photovoltaïques ne produisent pas d'électricité en hiver est absurde". 

"Lorsque les premiers rayons de soleil frappent les modules enneigés, les cellules sombres derrière la surface en verre chauffent rapidement, et la couche de neige dégèle et glisse en raison de l'inclinaison du module", explique-t-il.  

Il poursuit: "évidemment, les panneaux photovoltaïques génèrent moins d'électricité en hiver qu'en été. Mais c'est principalement dû à la durée d'ensoleillement considérablement plus courte en hiver et à la position plus basse du soleil".

 
Sami Acef