(AFP / Simon Maina)

Non, le vaccin contre le Covid-19 n’a pas été rendu obligatoire en RDC

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Un message partagé plusieurs centaines de fois sur Facebook depuis le 1er mars prétend que la vaccination contre le Covid-19 a été rendue obligatoire en République démocratique du Congo (RDC), où les premières doses de vaccin viennent d’arriver. C’est faux : la vaccination est facultative dans le pays et va le demeurer, selon le gouvernement et les autorités sanitaires. Le vaccin est toutefois fortement recommandé pour les "groupes prioritaires", et notamment pour les soignants. 

"Il faut que la population congolaise soit préparée à recevoir ce VACCIN COVID car c'est obligatoire pour tout le monde", affirme un message largement partagé sur Facebook depuis le 1er mars.

Selon l’auteur de cette publication, qui dit relayer des propos du ministre congolais de la Santé Eteni Longondo et du virologue Jean-Jacques Muyembe, coordinateur de la lutte contre le Covid-19 en République démocratique du Congo (RDC), "ce sont nos partenaires internationaux (banque mondiale) qui finance(nt)" le vaccin "donc on ne doit pas (les) décevoir". La vaccination "commencera avec les gens de l'hôpital et puis partout", conclut-il.

Capture d’une publication Facebook, réalisée le 9 mars 2020

Ce message est repris dans bon nombre de publications (1,2,3), partagées dans un contexte de défiance envers les vaccins occidentaux, comme en témoignent les commentaires des internautes. "Qu'on commence par le ministre Longondo et sa famille", exige un internaute. "Les congolais ne sont pas des cobayes, allez vous donner aux cobayes malfaiteurs du gouvernement qui détruit le pays", tonne un autre. 

Ces posts ont été publiés la veille de l’arrivée d’un premier lot de vaccins anti-Covid en RDC. Plus d’1,7 million de doses ont en effet été réceptionnées le 2 mars à Kinshasa dans le cadre du programme Covax, mis en place par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) au bénéfice des pays les plus démunis. "Il s'agit de la première expédition des 6,9 millions de vaccins alloués à la RDC via #COVAX", a précisé l’OMS sur Twitter.

Cette dotation a attisé les suspicions chez une partie de la population, dans un pays où la méfiance vis-à-vis de la vaccination est très ancrée. Les anti-vaccins accusent les autorités sanitaires d’être sous l’influence des grandes puissances et de leurs industries pharmaceutiques, soupçonnées de vouloir imposer leurs produits et leurs traitements.

Vaccin recommandé, pas imposé

Contrairement à ce qu’affirment les publications virales sur Facebook, aucune obligation vaccinale n’a cependant été émise en RDC. "Le vaccin n'est pas obligatoire", assure ainsi à l’AFP le Dr Élisabeth Mukamba, responsable du programme élargi de vaccination (PEV) en RDC. Selon elle, "les groupes prioritaires" sont néanmoins "invités à se faire vacciner".

"Le vaccin ne peut d’ailleurs pas être obligatoire puisque pour le moment, il ne concerne que 20% de la population, celle dite vulnérable", insiste auprès de l’AFP Sandra Walo, attachée de presse du ministère congolais de la Santé.

Dans un communiqué, le ministère a indiqué mercredi que les premières séances de vaccination débuteraient le lundi 15 mars, dans les "cliniques universitaires de Kinshasa".

La campagne de vaccination en cours cible prioritairement les travailleurs de santé de première ligne, les personnes âgées de 55 ans et plus, les personnes présentant des comorbidités ou souffrant d’une maladie qui peut s’aggraver avec un risque de Covid (diabète, hypertension, insuffisance rénale etc).

Le plan de déploiement des équipes de vaccination est communiqué sur la page Facebook du ministère de la Santé. On y apprend que "la RDC s'est prononcée pour l'utilisation de 4 types de vaccins, notamment le vaccin anglais (Astrazeneca), le vaccin Russe" et "le vaccin chinois". Le ministère précise que "le vaccin Russe sera envoyé dans les provinces de Haut-Katanga et du Lualaba, où des nouveaux variants (...) ont été découverts", tandis que le vaccin d’AstraZeneca "sera utilisé à Kinshasa et dans d'autres provinces".

D’où vient alors la rumeur d’une vaccination obligatoire? Selon Élisabeth Mukamba, un syndicat a laissé croire que le vaccin anti-Covid serait imposé en vertu d’une loi de 2018 qui a rendu obligatoire certains vaccins en RDC.

Mais "seuls les vaccins figurant sur le calendrier vaccinal sont obligatoires, et celui contre le Covid ne figure pas sur ce calendrier", précise la responsable du PEV. En outre, "ce vaccin n’est pas encore homologué par l’OMS : il est administré parce qu’on se trouve dans une situation d’urgence", ajoute-t-elle.

Sur son site internet, l’OMS précise avoir autorisé le 15 février 2021 deux versions du vaccin d’AstraZeneca/Oxford dans le cadre d’un protocole d’utilisation d’urgence, et après "évaluation rigoureuse des données des essais cliniques". Dans le cadre du protocole, "le fabricant doit s’engager à continuer à produire des données pour que le vaccin soit pleinement homologué", précise l’OMS.

Mouvement de panique à Bukavu

Les craintes vis-à-vis du vaccin anti-Covid en RDC ont provoqué le 25 février un mouvement de panique dans une école de Bukavu, dans la région du Sud-Kivu, après une rumeur de vaccination forcée. Selon plusieurs médias, des parents ont forcé le portail et envahi l’établissement pour reprendre leurs enfants.

"Nous étions obligés de faire sortir les élèves car il n’y avait pas moyen de continuer les cours, c’était la débandade", a raconté un enseignant de cette école aux Observateurs de France 24, disant déplorer ce mouvement de panique, basé sur des "on-dit".

Suite à cet événement, les autorités avaient démenti - comme aujourd’hui - toute vaccination obligatoire, rappelant en outre que les vaccins n’étaient pas encore arrivés en RDC. 

Au 9 mars 2021, le pays a enregistré 712 décès liés au Coronavirus, pour 26.684 cas déclarés, selon un comptage de l'AFP réalisé avec des données collectées auprès des autorités locales. 

*Actualisé avec un communiqué du ministère de la Santé annonçant le début de la campagne de vaccination au 15 mars