Le roi du Maroc Mohammed VI, le 11 décembre 2017 à Casablanca (AFP / Fadel Senna)

Non, le roi Mohammed VI n'a pas annoncé que les écoles marocaines enseigneraient la Shoah

Plusieurs publications ont affirmé que le roi Mohammed VI du Maroc avait "ordonné" que l'enseignement de la Shoah soit inclus dans les manuels scolaires du pays. C'est faux: si le roi a bien vu dans l'antisémitisme "la négation de l'Autre" et promu l'enseignement de "l'Histoire à nos enfants dans la pluralité de ses récits", il n'a concrètement pas annoncé une telle mesure.

Plusieurs médias israéliens ou de pays africains ont annoncé en français ou anglais que le roi avait "ordonné" ou "décidé" d'introduire l'enseignement de la Shoah dans les écoles du royaume, où l’Islam est religion d’Etat.

Certains citent le tweet de réaction du député israélien Michael Oren, également ministre adjoint en charge de la diplomatie publique, qui se félicite que "le dirigeant d'un pays arabe fier introduise l'enseignement de l'Holocauste dans les écoles marocaines avec l'objectif de combattre l'antisémitisme":

Tous citent un article du site d'informations marocain Le Desk, intitulé : "Mohammed VI favorable à inclure la Shoah dans les manuels scolaires ?

Sous forme de question, l'article du Desk se demande simplement si le monarque souhaite une telle mesure, après que son Premier ministre a lu un message de sa part le 26 septembre devant l'ONU lors d'une table ronde intitulée comme suit : "Le pouvoir de l’éducation pour prévenir le racisme et la discrimination : le cas de l’antisémitisme".

Dans son message, le roi du Maroc qui est à la fois chef de l’Etat et "commandeur des croyants" dénonce "le racisme en général et l’antisémitisme en particulier (qui) ne sont nullement des opinions", tout en vantant le rôle fondamental de l’éducation.

"En fait, le racisme en général et l’antisémitisme en particulier ne sont nullement des opinions. L’antisémitisme est l’antonyme de la liberté d’expression. Il manifeste la négation de l’Autre et constitue l’aveu d’un échec, d’une insuffisance, d’une incapacité à coexister. C’est le retour anachronique à un passé mythifié", souligne le message de Mohammed VI qui, à 55 ans, règne depuis le décès de son père, en 1999.

D'après lui, "la bataille contre ces fléaux ne s’improvise pas. Elle n’est ni militaire ni budgétaire ; elle est, avant tout, pédagogique et culturelle. Ce combat porte un nom : l’éducation. Et dans l’intérêt de nos enfants, il importe que nous le remportions car ce sont eux qui en seront les bénéficiaires et les ambassadeurs."

Mohammed VI explique encore que "cette éducation de qualité doit enseigner l’Histoire à nos enfants, dans la pluralité de ses récits, évoquant les instants glorieux de l’Humanité et aussi ses moments les plus sombres. Elle doit développer leur ouverture au monde et à la diversité humaine et culturelle."

A aucun moment de ce discours, relayé par l'agence marocaine MAP, le roi n'"annonce" donc ou n'"ordonne" que l'Holocauste soit enseigné dans les écoles marocaines où les programmes actuels n’abordent pas l’histoire de la communauté juive.

Interrogé par l'AFP, le service de communication du ministère de l’Education a indiqué "ne pas pouvoir commenter un discours de Sa Majesté" et recommandé de "revenir au discours" de celui-ci.

Le Maroc, où vivaient près de 250.000 juifs durant la première moitié du XXe siècle, compte toujours la plus importante communauté juive d'Afrique du Nord, même s'ils ne sont plus que 3.000 environ, selon diverses études. Le roi Mohammed VI qui a impulsé différents programmes de réhabilitation des cimetières, synagogues et quartiers historiques juifs, met souvent en avant cet héritage, comme il l’a fait dans son dernier discours lu à New York.

Guillaume Daudin
Hamza Mekouar