(AFP / Jeff Pachoud)

Non, il n’existe pas de lien établi entre le port du soutien-gorge et le cancer du sein

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Des publications partagées plus de 10.000 fois sur Facebook depuis 2019 assurent que le port du soutien-gorge favorise l’apparition du cancer du sein chez la femme, surtout lorsqu’il est "trop serré". Cette affirmation est infondée, selon des instituts de cancérologie et des spécialistes contactés par l’AFP, qui assurent qu’aucune étude scientifique sérieuse n’a confirmé cette hypothèse. 

Le soutien-gorge est-il l'une des causes du cancer du sein ? C’est ce que prétend un message partagé plusieurs dizaines de milliers de fois sur Facebook depuis 2019, qui affirme que le port de ce sous-vêtement est "en partie à blâmer" dans la survenue de cette maladie, à l’origine de plus de 600.000 morts par an dans le monde.

Capture d’un post viral sur Facebook, réalisée le 22 février 2021

Selon l’auteur de cette publication, "la restriction des tissus mammaires est exacerbée par le port d’un soutien-gorge trop serré, et surtout si une femme porte un soutien-gorge à armatures". "Plus un soutien-gorge est porté longtemps et plus il est serré, plus le risque de cancer est élevé", ajoute-t-il.

L’hypothèse selon laquelle le port du soutien-gorge favoriserait le cancer du sein a été relayée par de nombreux sites internet ces dernières années, donnant lieu à de nombreux débats sur les dangerosité supposée de ce sous-vêtement. On la retrouve dans plusieurs posts Facebook (123, 4...),  parfois très commentés.

Captures de deux autres publications Facebook, réalisées le 24 février 2021

Des suspicions réfutées par la communauté scientifique

Ce lien, cependant, n’est pas fondé. D’après le professeur Jean-Marie Dangou, coordonnateur du programme de gestion des maladies non transmissibles à l’OMS Afrique, il n'existe aucune preuve scientifique sérieuse démontrant un corrélation entre le port d'un soutien-gorge à armature, ou tout autre type de soutien-gorge, et le cancer du sein. 

"Certaines publications assez anciennes laissent entendre que la congestion provoquée par le soutien-gorge ralentirait le drainage lymphatique, ce qui permettrait aux toxines de s’accumuler et pourrait ainsi augmenter les risques de cancer. Ces hypothèses n’ont pas été confirmées et elles ont même été complètement réfutées par d’autres études", explique-t-il.

Une analyse corroborée par Pierre Bey, professeur émérite de cancérologie-radiothérapie à l’université de Lorraine, dans l’est de la France. "Il n’existe pas de relation scientifiquement démontrée entre le port de soutien-gorge et le risque de cancer du sein", insiste cet oncologue.

Selon le spécialiste, "la soi-disante référence scientifique citée dans la publication trompeuse", selon laquelle les femmes portant un soutien-gorge 24 heures sur 24 auraient trois chances sur quatre de développer un cancer du sein, n'est pas "avérée". Elle "aurait fait la Une de l'ensemble de la presse médicale et grand public" si cela avait été le cas, insiste-t-il.

Image d’une macrobiopsie par mammotome réalisée le 8 mars 2006 à l'Institut Curie à Paris. (AFP / Joel Saget)

Plusieurs études et publications scientifiques, comme celle menée par l’association américaine pour la recherche sur le cancer et diffusée dans la revue "Cancer Epidemiology, Biomakers and Prevention", ont ainsi démontré ces dernières années qu’il n’existait pas de lien entre cancer et port du soutien-gorge.

"Aucun aspect du port du soutien-gorge, y compris la taille du bonnet du soutien-gorge, la récence, le nombre moyen d'heures portées par jour, le port d'un soutien-gorge avec armatures ou l'âge du début du port régulier du soutien-gorge, n'est associé à des risques de cancer du sein", a conclu cette étude.

La Société canadienne du cancer, basée à Toronto, est tout aussi catégorique. "Il n'existe aucune preuve scientifique sérieuse démontrant un lien entre le port d’un soutien-gorge à armature – ou tout autre type de soutien-gorge – et le cancer du sein", assure cet organisme bénévole, qui dit "suivre de près la recherche dans ce secteur".

Les principaux facteurs de risque 

Quels facteurs jouent donc véritablement un rôle dans la survenue du cancer du sein? "Le cancer du sein est une maladie multifactorielle", assure à l'AFP le professeur Jean-Marie Dangou, qui identifie plusieurs "facteurs de risques" importants.

Parmi eux figurent le genre (99% des cancers du sein touchent les femmes), l’âge (près de 80% de ces cancers se développent après 50 ans) et le mode de vie (consommation d’alcool et de tabac, absence ou manque d’activité physique).

Les antécédents médicaux personnels ou familiaux des individus et les prédispositions génétiques jouent eux aussi un rôle dans la survenue de cette maladie.

A titre préventif, les experts interrogés par l’AFP recommandent de suivre une alimentation équilibrée et d’éviter ou de réduire la consommation d’alcool et de tabac. A partir de 50 ans, il faut effectuer "une mammographie tous les deux ans dans le cadre d’un programme de dépistage", insistent ces spécialistes.

Capture d'écran d'un graphique de Santé publique France, réalisée le 23 février 2021

Selon les Nations unies, le cancer du sein est le cancer le plus fréquent et le plus meurtrier chez la femme, devant le cancer du poumon et le cancer colorectal

En 2020, près de 2,3 millions de nouveaux cas ont ainsi été recensés à travers la planète, soit un cancer détecté sur huit, selon le centre international de recherche contre le cancer (CIRC), organe dépendant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette année-là, le cancer du sein a provoqué 685.000 décès, selon le CIRC.