Une capture d'écran du site lesmoutonsrebelles.com le 15 février 2018 (DR / AFP)

Non, Coca-Cola et Nestlé ne vont pas privatiser la plus grande réserve d'eau d'Amérique du Sud

Non, Coca-Cola et Nestlé ne vont pas privatiser l'aquifère Guarani, la plus grande réserve d'eau d'Amérique du Sud, comme l'affirment des sites francophones, anglophones et surtout brésiliens dans des articles très partagés. 

Selon ces très nombreux articles, qui en additionnant leurs différentes versions dans plusieurs langues ont été partagés des dizaines de milliers de fois, les deux multinationales chercheraient à mettre la main sur cette réserve de 1,2 millions de km² située entre le Brésil, l'Argentine, le Paraguay et l'Uruguay, avec la complicité de l'actuel président conservateur brésilien Michel Temer.

Mais cette information, qui ressurgit très régulièrement, notamment ces derniers jours sur des sites français, est fausse, comme l'avait déjà relevé le site brésilien e-farsas.com dès janvier 2017.

L'aquifère Guarani "n’a jamais été inséré" dans la liste de projets qui pourraient être privatisés ou cédés sous forme de concessions, a affirmé à l'AFP une porte-parole du vaste Programme de Partenariats pour les Investissements (PPI), lancé en septembre 2016 dans les mines, les infrastructures et les transports et visant à sortir le pays de la récession et renflouer les caisses de l'Etat.

Un manifestant brésilien remplit une bouteille d'eau, le 13 juillet 2014 à Rio de Janeiro (AFP / Yasuyoshi Chiba)

Rien, dans les déclarations ou les projets du gouvernement Temer, ne semble accréditer cette affirmation.

Il existe en outre, dans le cadre du Mercosur (marché commun du Sud), un Accord sur le Système Aquifero Guarani (SAC), datant de 2010 et approuvé par le Sénat brésilien en 2017 mais pas encore promulgué, qui définit ces réserves d’eau comme "une ressource qui outrepasse les frontières géographiques, intégrant le domaine territorial souverain" du Brésil, l’Argentine, le Paraguay et l’Uruguay, dont l’utilisation doit se faire selon "des critères rationnels et durables", en respectant l’obligation de ne pas porter préjudice aux autres pays ni à l’environnement.

Enfin, le bureau de l'AFP au Brésil rappelle qu'une privatisation ou une concession de l'aquifère demanderait une réforme constitutionnelle, car la Constitution brésilienne considère les eaux de surface ou souterraines comme des biens des Etats brésiliens, administrés par l’Etat féderal. Or une réforme constitutionnelle requiert le soutien des 3/5e de la Chambre et du Sénat, alors que le président Temer cherche en vain depuis des mois à obtenir cette majorité pour faire approuver une réforme des retraites.

EDIT vendredi 16 février: dernier paragraphe sur la constitution rajouté
Guillaume Daudin