Non, cette photo ne montre pas une femme blessée par la police lors de la manifestation féministe samedi à Paris

Une publication partagée plus de 3.000 fois en 24 heures, prétend montrer une femme blessée par les forces de l'ordre pendant la manifestation féministe organisée la veille à Paris. Si des associations féministes et des politiques ont dénoncé des "violences policières" en marge de la manifestation féministe samedi soir à Paris à la veille de la journée des droits des femmes, cette image circule sur internet depuis septembre 2018.

"Morgane, tabassée par les FDO (forces de l'ordre, ndlr) hier soir à Paris", affirme l'auteur de la publication partageant la photo sur le groupe Facebook "Osez le jaune".

(capture d'écran facebook réalisée le 9 mars 2020)

Dans les commentaires de la publication, des internautes s'insurgent. "Dégouté de voir ça en France", dit l'un d'eux. "Je suis révolté de voir ça", écrit un autre. "Tout mon soutien, prenez soin de vous", peut-on lire également.

Mais le cliché utilisé circule sur internet depuis septembre 2018. Grâce à une recherche d'image inversée, il est possible de le retrouver dans cet article du Daily Mail, un tabloïd britannique, ou sur le compte Instagram vérifié de l'ancienne mannequin brésilienne Luiza Brunet, qui l'avait publié quelques jours plus tôt. 

(capture d'écran Instagram réalisée le 9 mars 2020)

Selon de nombreux médias américains, dont NBC et le quotidien local Tampa Bay Times, la photo montre Melissa Gentz, une étudiante brésilienne habitant en Floride qui avait accusé son compagnon de l'époque de violences.

Cette jeune influenceuse avait décidé de diffuser plusieurs images de ses blessures sur son compte Instagram, depuis supprimé. Il est toutefois possible de retrouver des captures d'écran de certaines de ses publications sur des articles publiés à l'époque :

Le site d'actualités brésilien G1 avait réalisé un sujet sur Melissa Gentz le 25 septembre 2018, dans lequel elle racontait son agression et où on pouvait également voir la photo détournée ces jours-ci.

Capture d'écran du site g1.globo.com prise le 09/03/2020

Dispersion au gaz lacrymogène

Si la publication utilisant cette photo est donc trompeuse, l'intervention policière lors de la manifestation féministe de samedi soir, a suscité l'indignation de plusieurs personnalités politiques et des associations féministes qui ont dénoncé des "violences policières".

De nombreuses vidéos ont été diffusées sur les réseaux sociaux, montrant notamment une charge de policiers vers un cortège, une manifestante au sol lors d'une interpellation ou des manifestantes évacuées de force dans le métro.

Selon la préfecture de police, la manifestation, partie à 20H00 de la place des Fêtes (XIXe arrondissement), "a rassemblé plusieurs milliers de personnes" et "s'est déroulée, pour la majeure partie de son parcours, dans une ambiance calme".

Le préfet de police Didier Lallement a déploré, dans un communiqué, que "la fin de cette manifestation, pourtant régulièrement déclarée, ait été entachée d'incidents" qui sont "manifestement le fait d'individus ayant pour seul but de provoquer les forces de l'ordre et de perturber le bon déroulé de l’événement".

La préfecture assure aussi qu'à la fin du cortège, "malgré l'appel à la dispersion, un groupe de plusieurs centaines de manifestants ne l'ont intentionnellement pas respecté et ont forcé le barrage des forces de l’ordre" qui "ont alors dû utiliser des moyens lacrymogènes" pour les repousser.

Neuf personnes ont été interpellées, dont sept ont fait l'objet de gardes à vue qui ont toutes été levées dimanche soir. "Aucune poursuite n'a été engagée à ce stade", a précisé le parquet.

Face au tollé, le ministre de l'Intérieur a demandé à la préfecture de police un rapport sur cette manifestation.

François D'Astier