Non, cette photo ne montre pas le garçon poussé sous un train en Allemagne

Depuis qu'un Erythréen de 40 ans a poussé la semaine dernière un enfant sous un train à Francfort, des tweets et publications Facebook partagés des milliers de fois prétendent montrer une photo du petit garçon, "Oskar", accusant les médias de ne pas vouloir diffuser sa photo et de cacher son identité. Il s'agit en réalité d'une photo qui circule depuis 2014 sur Internet.

La page "Ligue de Défense contre le racisme anti-blancs" a posté le 3 août une photo d'un petit garçon, partagée depuis plus de 4.700 fois. Sur la photo est écrit "Il s'appelait Oskar, il avait 8 ans. Il fut poussé, avec sa mère, sous un train qui arrivait en gare, par un migrant (..) Il n'était pas sur une plage, les ONG choisissent de l'ignorer", la légende de la photo renchérissant : "On n'en parle pas, passé sous silence". 

Capture d'écran réalisée le 06/08/2019

Sur Twitter ou sur Facebook, la photo est relayée dans des dizaines d'autres publications, notamment d'hommes politiques, comme un conseiller municipal LR de Seine-Saint-Denis ou encore un conseiller régional RN de la Sarthe. Leur posts ont été respectivement partagés 1.200 et 9.100 fois depuis les 1er et 2 août. 

Capture d'écran réalisée le 06/08/2019
Capture d'écran réalisée le 06/08/2019

 

Oui, un Erythréen a bien poussé un garçon sous un train

Le lundi 29 juillet 2019, un enfant de huit ans est en effet mort à la gare de Francfort, après avoir été poussé avec sa mère sous un train en marche, comme nous en faisions état dans cette dépêche

Dès le lendemain, d'autres articles rapportaient que le meurtrier, arrêté alors qu'il essayait de prendre la fuite, souffrait de problèmes psychiatriques.

L'homme, un Erythréen de 40 ans, était déjà recherché depuis plusieurs jours en Suisse, où il résidait légalement avec sa famille depuis 2006, pour avoir essayé de tuer une voisine et séquestré sa femme et ses enfants, le même jour. 

Non, cette photo ne montre pas le garçon décédé à la gare de Francfort

Parmi les publications diffusant le prétendu cliché d'"Oskar", beaucoup accusent les médias de cacher délibéremment le visage et le nom de la victime pour "tenter de le déshumaniser, de minimiser l’horreur des faits et la responsabilité du meurtrier".  

Mais en réalité, l'enfant sur la photo n'est pas le garçon décédé le 29 juillet en Allemagne.

En réalisant une recherche inversée sur un moteur de recherche, on se rend compte que le cliché de l'enfant circule sur Internet depuis 2014, principalement comme modèle sur des sites de coiffure. 

Capture d'écran réalisée le 06/08/2019
Capture d'écran réalisée le 06/08/2019
Capture d'écran réalisée le 06/08/2019

 

En outre, le garçon tué le 29 juillet ne s'appelle pas non plus Oskar, contrairement à ce qu'écrivent toutes les publications : la police a affirmé au média allemand T-Online News que l'enfant portait un autre nom, sans pour autant révéler lequel. 

 

Droit à l'anonymat 

Interrogés par l'AFP, ni le parquet de Francfort ni la police de Francfort n'ont accepté de communiquer la moindre information sur la victime. "Le parquet ne donne aucune indication sur le nom", a affirmé ce dernier. "Nous devons respecter le droit à l'anonymat de la famille, c'est pourquoi nous ne donnons aucun nom et nous ne confirmerons ni démentirons rien non plus.

En Allemagne, le respect du droit à l'anonymat des victimes est très important : aucune information n'a d'ailleurs circulé sur l'identité de la victime de 8 ans ou de sa mère, alors même que le drame a eu un énorme retentissement à travers le pays. 

Pour les journalistes français, la différence culturelle avec la France est particulièrement flagrante.

Cette différence est notable si l'on compare le traitement médiatique des attentats du 13 novembre 2015 à Paris et du 14 juillet 2016 à Nice à celui du marché de Noël de Berlin, en décembre 2016.

"Pendant qu'en France les médias multipliaient les portraits des victimes, nous n'avons jamais eu la moindre info sur celles du marché de Noël, à part - au bout d'un long moment - leur nationalité", a témoigné Yannick Pasquet, journaliste de l'AFP à Berlin.  

Charlotte Durand
AFP Berlin