Non, cette photo d'une foule de manifestants à Bucarest n'a pas été prise en février 2021

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 19 février 2021 à 14:20
  • Lecture : 2 min
  • Par : Rémi BANET
Des publications très partagées sur les réseaux sociaux prétendent montrer une marée de manifestants demandant la "démission du gouvernement" roumain à Bucarest le 17 février 2021. Cette photo date en réalité du 5 février 2017, et aucune manifestation de cette ampleur n'a eu lieu récemment en Roumanie.

"Bucarest ce soir. Les Roumains demandent la démission du gouvernement. Un peuple qui prend son destin en main. Impressionnant", peut-on lire sur l'une de ces publications, postée mercredi 17 février sur Twitter et partagée près de 1.000 fois.

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Capture d'écran Facebook prise le 19/02/2021
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Capture d'écran Twitter prise le 19/02/2021

Problème : la photo ci-dessus n'a pas été prise le 17 février 2021 mais il y a quatre ans, le dimanche 5 février 2017.

De nombreux internautes avaient alors partagé cette image (1,2,3).

"Un demi-million de Roumains ont manifesté dimanche soir, plus nombreux que jamais à exprimer leur mécontentement vis-à-vis du gouvernement (...) Ils étaient environ 250.000 à Bucarest, sur la place de la Victoire, siège du gouvernement, et autant dans une cinquantaine de villes à travers ce pays de 20 millions d'habitants", relatait une dépêche AFP publiée le 5 février 2017 au soir.

Une photo prise ce soir-là par le journaliste de l'AFP Andrei Pungovschi montre cette même place de la capitale roumaine noire de monde.

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Capture d'écran du site afpforum.com prise le 19/02/2021

La présence sur les deux images de plusieurs véhicules stationnés aux mêmes emplacements (voir cercles verts ci-dessous), ainsi que la présence d'une banderole jaune au même endroit, permet de confirmer que les deux photos ont été prises le même soir.

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La mobilisation populaire et les critiques de l'Union européenne avaient conduit le Premier ministre roumain de l'époque Sorin Grindeanu à abroger le 5 février 2017 un décret allégeant les poursuites pour abus de pouvoir.

Après son retour au pouvoir fin 2016, le Parti social démocrate avait lancé une vaste réforme de la justice qui menaçait l'indépendance des magistrats et visait à permettre à des responsables politiques d'échapper aux poursuites, selon ses détracteurs. 

Cette réforme avait donné lieu à des manifestations d'une ampleur sans précédent depuis la chute du régime communiste fin 1989, qui avaient culminé en février 2017.

En juillet 2018, le Parlement avait voté une dépénalisation partielle de l'abus de pouvoir, réduit les peines encourues pour de nombreuses infractions et avait assoupli les conditions d'obtention d'une libération conditionnelle. Trois mois plus tard, la Cour constitutionnelle avait censuré ce volet de mesures.

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