Le ministre François de Rugy, le 7 juin 2019 aux Sables d'Olonnes (AFP / Sebastien Salom-gomis)

Non, ce n'est pas la première fois que les émissions de gaz à effet de serre baissent de 4% en France

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Le ministre de la Transition écologique François de Rugy a affirmé lundi 17 juin que les émissions de gaz à effet de serre de la France ont baissé de "plus de 4%" en 2018 pour "la première fois". C'est faux : à plusieurs reprises dans les vingt dernières années, le volume de ces émissions a déjà diminué de 4% ou plus.

"Nous avons eu des premiers résultats en 2018, qui devraient être consolidés d'ici la fin du mois de juin, qui montrent une baisse pour la première fois, justement, des émissions de gaz à effet de serre en 2018 en France, de plus de 4%, donc les efforts des Français sont récompensés" , s'est félicité M. de Rugy sur Europe 1.

Plus tard, il a retweeté un compte Twitter macroniste résumant son propos ainsi : "Pour la première fois, les émissions de gaz à effet de serre sont en baisse de 4% en 2018."

Capture d'écran d'un retweet de François de Rugy le 17 juin 2019

Le compte "Team Progressistes" a diffusé la même déclaration sur Facebook.

Le ministre avait divulgué lundi 17 juin des résultats qui étaient encore non officiels. Depuis, les chiffres du ministre ont été confirmés dans un premier "inventaire provisoire" publié le lendemain par le Centre technique d'études de la pollution atmosphmérique (Citepa), comme l'explique cette dépêche AFP.

"Si beaucoup reste à faire, cette analyse démontre que notre action produit des premiers résultats. Nous sommes sur la bonne voie et nous pouvons gagner la bataille du climat en sonnant ici et maintenant la mobilisation générale", a réagi mardi le ministre dans une déclaration à l'AFP, ne reprenant pas l'affirmation de la veille selon laquelle cette baisse de 4% des émissions se produisait pour "la première fois".

Une baisse qui n'est pas inédite

Ni la tendance à la baisse, ni cette proportion, n'ont en effet de caractère inédit.

Les émissions françaises de gaz à effet de serre atteignaient un niveau de 548 millions de tonnes équivalent CO2 en 1990 et atteignent en 2018 445 millions de tonnes, soit une baisse globale de 19%. 

Ce sont les chiffres du Citepa, le Centre interprofessionnel technique d'études de la pollution atmostphérique, et son "inventaire des émissions de gaz à effet de serre au titre de la Convention cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques et du Protocole de Kyoto", qui font référence en France.

Les émissions de gaz à effet de serre sont mesurées en millions de tonnes équivalent CO2, ou "CO2e". 

Les chiffres du Citepa montrent par exemple qu'entre 2013 et 2014, il y a eu une baisse de près de 6,2% des émissions françaises de gaz à effet de serre (de 485 à 455 millions de tonnes CO2e). Entre 2010 et 2011, cette baisse avait aussi approché les 5,1% (de 512 à 486 millions de tonnes équivalent CO2). Entre 2008 et 2009, ces émissions avaient aussi diminué de 3,8% (de 526 à 506 millions de tonnes équivalent CO2).

Emissions en millions de tonnes équivalent CO2 en France, extrait du document Citepa 1990-2018 - Format SECTEN

Voici un graphique de l'AFP résumant cela :

Emissions de gaz à effet de serre en France de 2005 à 2018 (AFP)

Il y a donc eu des baisses d'émission de gaz à effet de serre en France supérieures en proportion à celle de 2017 ou 2018.

Contacté par l'AFP, l'entourage de François de Rugy a précisé les déclarations de celui-ci, expliquant que "depuis que les émissions de CO2 sont mesurées, c'est la première fois que celles des transports baissent en période de croissance forte". 

Si on considère que la croissance 2018 (+1,7%) du PIB de 1,7% est une "croissance forte", alors il est vrai de dire que c'est la première fois, au moins dans les 15 dernières années, qu'il y a une telle baisse des émissions dans le secteur des transports en période de croissance, d'après un autre document du Citepa.

Une capture d'écran du document CITEPA, 1990-2019, format SECTEN

Pourquoi ? Car la dernière baisse majeure (-4,9%) dans ce secteur, entre 2007 et 2008, s'était produite alors que la croissance 2008 du PIB (+0,4%) était nettement plus faible.