
Motards de la police pris à partie sur les Champs-Elysées : ce que l'on sait
- Cet article date de plus d'un an
- Publié le 25 décembre 2018 à 18:20
- Lecture : 4 min
- Par : Sami ACEF
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- Que voit-on sur les images ? -
Samedi 22 décembre, aux alentours de 17h30, et alors que des manifestants descendent les Champs-Elysées, des motards de la police sont violemment pris à partie. L'un des policiers sort brièvement son arme, sans tirer, avant de la ranger, puis les motards sont contraints de reculer devant l'avancée du groupe.
Sur plusieurs vidéos, on peut voir que les policiers ont lancé des grenades de désencerclement vers le groupe de manifestants, avant que l'échauffourée ne commence. On ne voit toutefois pas ce qu'il se passe immédiatement avant ces lancers de grenades, mais nous y reviendrons plus bas.
Sur place, des journalistes, et notamment des reporters indépendants, ont tourné plusieurs vidéos, qui débutent parfois avant et parfois après le lancer de grenades, ce qui a causé de nombeuses questions et/ou critiques.
- Pourquoi existe-t-il plusieurs "versions" des vidéos -
"Une vidéo plus longue", "Une vidéo pas complète". Deux "versions" de la scène ont fait polémique, certains internautes accusant les médias d'avoir tronqué les images. Ils prennent notamment à témoin une vidéo de Clément Lanot, journaliste indépendant.
Postée sur son compte Twitter à 21h30, elle montre les motards de la police lancer des grenades vers une foule, avant que l'affrontement n'éclate. Elle ne montre pas ce qui se passe immédiatement auparavant.
VIDÉO - Un policier sort son arme à feu alors que des motards de la police sont attaqués sur les #ChampsElysées : nouvelles images de la scène. #GiletsJaunes #ActesVI pic.twitter.com/j8vpLuMbCK
— Clément Lanot (@ClementLanot) 22 décembre 2018
Quelques heures plus tôt, à 17h30, le journaliste avait diffusé une version plus courte de la scène, sous un angle légèrement différent, et qui débutait au moment où le policier sort son arme, après donc le début de l'échauffourée.
URGENT - PARIS #22decembre - Les motards de la police attaqués par un groupe d’individus. Une moto a du être abandonnée pour exfiltrer les forces. Un policier a sorti son arme de service. #GiletsJaunes pic.twitter.com/2oiUI7w2Lk
— Clément Lanot (@ClementLanot) 22 décembre 2018
Pourquoi ce délai et ces deux versions différentes ? "Je fais mes images avec ma caméra, (...) quand je vois que c'est vraiment très tendu je sors mon téléphone pour faire un tweet", nous raconte-il. "Mes rushs 'téléphone' je les ai posté tout de suite, mais mes rushs 'caméra' je n'ai pu les poster que le soir en rentrant chez moi".
Comme vous avez été nombreux à nous le signaler, il existe d'autres vidéos, qui montrent une partie des minutes qui ont précédé le jet des grenades, à l'instar de celle-ci, diffusée par l'agence Line Press.
A partir d'environ 45'15, elle montre des manifestants marchant, puis, pour certains, courant derrière des camions des forces de l'ordre, et finissant par arriver au croisement où a eu lieu l'échauffourée.
Sur ces images-là un homme jette quelque chose en direction d'un camion, deux autres tentent de donner un coup de pied dans un véhicule à son passage, quand d'autres ne font que marcher et/ou courir.
En fin de séquence, on voit également des grenades lacrymogènes exploser, dispersant du gaz, mais l'on ne peut clairement identifier d'où proviennent exactement ces grenades-là.
La scène se coupe ensuite (47 min 45 sur la vidéo YouTube) et reprend sur la séquence des motards lançant des grenades de désencerclement vers un cortège de manifestants, précédant l'échauffourée.
Et entre-temps ? Il s'est passé environ "deux minutes", explique la journaliste indépendante Stéphanie Roy, qui était sur place pour Line Press.
La reporter explique qu'elle a tout simplement "coupé sa caméra", pensant que "la séquence était terminée".
"Je remonte un petit peu au niveau de l'avenue Georges V et là j'ai vu un petit attroupement, une sorte d'agitation", raconte-t-elle. C'est à ce moment-là qu'elle recommence à filmer et que débute sa deuxième séquence, s'ouvrant sur les policiers lançant les grenades de désencerclement.
Il resterait donc environ deux minutes, précédant le lancer de grenades par les motards de la police, pour lesquelles nous n'avons pour l'instant pas vu d'images.
- Qu'en est-il des critiques contre les médias ? -
De nombreux internautes ont accusé les médias d'avoir volontairement tronqué la séquence où les motards de la police lancent les grenades de désencerclement.
BFMTV en particulier a fait l'objet de nombreuses critiques pour avoir diffusé, vers 18h45, une séquence qui ne commençait pas par l'image des motards lançant les grenades de désencerclement.
Contactée lundi, la direction de la rédaction a fermement démenti toute volonté de manipulation. "Un policier a sorti une arme (...) pour nous c'était ça cette histoire. C'était la chose nouvelle", a-t-elle expliqué, précisant qu'elle travaillait à un sujet "pour raconter l'histoire dans son intégralité".
Comme l'ont relevé nos confrères de Check News, BFTMV a également diffusé vers 22h33 samedi la séquence commençant par le lancer de grenades des motards. Tout comme l'ont fait d'ailleurs d'autres médias depuis samedi.
- Les circonstances de l'échauffourée -
Les circonstances exactes restent toujours floues, notamment en l'absence d'images montrant les deux minutes dont nous avons précédemment parlé.
Sur les images, la foule est à ce qui semble être environ une dizaine de mètres au moment des jets de grenades de désencerclement, mais on ne voit pas ce qu'il se passe avant.
Samedi 22 décembre la préfecture avait communiqué sur l'échauffourée, expliquant qu"un motard (...) a été pris à partie, jeté à terre avec sa moto".
"J'ai vu un nuage de gaz lacrymogène donc je me suis approché pour voir ce qu'il s'y passait mais je ne sais pas ce qui a causé ça. C'était déjà un peu tendu avant que j'arrive", nous a raconté Clément Lanot.
De son côté le parquet de Paris a annoncé le dimanche 23 l'ouverture d'une enquête pour "violences volontaires" commises contre des policiers.