Les navires stationnés au port de la Goulette à Tunis, dont l’un est turc, font partie d’une flotte de l’OTAN

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 19 février 2020 à 12:00
  • Mis à jour le 19 février 2020 à 12:07
  • Lecture : 4 min
  • Par : Salsabil CHELLALI
Des publications partagées sur les réseaux sociaux tunisiens ont signalé l'arrivée de quatre navires "de guerre" turcs au port de la Goulette à Tunis. Toutefois, cette affirmation est trompeuse. Les quatre bateaux, effectivement présents à Tunis, font partie d'une flotte de l'OTAN et seulement l'un d'eux est turc.

Une photo partagée quelques centaines de fois sur les réseaux sociaux depuis le 17 février montre des bateaux au loin. L'un est vraisemblablement un navire militaire, tandis que les deux autres semblent être des bateaux de transport de passagers. 

"Urgent : 4 navires de guerre turcs viennent d'entrer au port de la Goulette !!!!!", avertit le commentaire en arabe.

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Capture d'écran d'une publication Facebook réalisée le 18 février 2020.

La même information est également diffusée en anglais sur le site d'informations libyen adresslibya.co, qui affirme : "4 navires de guerre turcs ont accosté lundi dans le port de la Goulette, au nord de la capitale Tunis, selon des sources privées", tout en affichant une photo similaire.

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Capture d'écran d'un article du site adresslibya.co réalisée le 18 février 2020.

En se rendant sur place, le photographe de l'AFP a constaté la présence de quatre navires militaires au port de la Goulette, dont voici une photo prise le 18 février. 

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Navires de l'OTAN au port de la Goulette à Tunis le 18 février 2020. (AFP / Fethi Belaid)

Le même jour, le ministère tunisien de la Défense a réagi en publiant un communiqué sur son site.

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Capture d'un communiqué sur le site du ministère tunisien de la Défense réalisée le 18 février 2020.

"La Tunisie est une région de transit comme d'autres pays et ces navires appartiennent à des pays membres de l'OTAN : l'Italie, le Canada, la Grèce et la Turquie", a déclaré le ministère. 

Le texte précise qu'il s'agit d'un "amarrage de routine" pour des raisons logistiques, fait "conformément aux procédures légales pour une période allant du 17 au 21 février 2020".

Une information confirmée par l'ambassadeur de Turquie en Tunisie, qui a partagé sur Twitter plusieurs photos de la frégate turque, affirmant qu'elle effectue une mission dans le cadre de l'OTAN. 

Sur la photo prise par le photographe de l'AFP le 18 février, une partie des drapeaux apparaît bien à l'image, notamment le turc, le grec et au sommet du mât, l'emblème de l'OTAN.

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Navires de l'OTAN au port de la Goulette à Tunis, le 18 février 2020 (avec indications supplémentaires). (AFP / Fethi Belaid)

Une source militaire d'un pays membre de l'OTAN, nous a par ailleurs affirmé ces bateaux font partie de l'une des deux flottes permanentes de l'OTAN, le groupe maritime 2 (SNMG2), composé de navires mis à disposition à tour de rôle par les pays membres de l'Alliance. Cette flotte navigue en permanence en Méditerranée. 

Ainsi, ces navires affichant le drapeau de leur pays respectifs, appartiennent temporairement aux forces de l'OTAN.

Intervention de la Turquie en Libye voisine

La diffusion de cette information trompeuse intervient alors que la Turquie est très active, diplomatiquement et militairement, en Libye. 

Mais surtout, la présence fin janvier d'une frégate turque aux côtes de Tripoli avait suscité les suspicions. 

Selon le ministère turque de la Défense, qui a partagé des images, la frégate a participé à une mission de sauvetage en Méditerranée en soutien à l'OTAN. 

Toutefois, selon les informations obtenues par l'AFP auprès d'une source militaire française, la frégate a escorté un cargo qui acheminait des véhicules blindés de transport de troupes à destination de Tripoli, en violation de l'embargo de l'ONU.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a annoncé le 5 janvier dernier l'envoi de soldats turcs en Libye, en soutien au gouvernement d'union nationale (GNA) de Tripoli contre le général Khalifa Haftar.

Puis, la Turquie et la Russie ont été à l'initiative d'un cessez-le-feu entre forces pro Haftar et pro-GNA entré en vigueur le 12 janvier.

L'ONU a néanmoins déploré le 16 février, une situation "profondément préoccupante" en Libye, avec de multiples violations du cessez-le-feu, un mois après un sommet à Berlin censé remettre le processus de paix sur les rails.

Auparavant, des images prétendant montrer des soldats turcs en Tunisie ou des vidéos d'opérations militaires turques en Libye ont largement été diffusées sur les réseaux sociaux, alimentant la désinformation sur l'intervention turque en Libye.

EDIT 19/02 : correction d'une coquille.

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