Le prêtre accusé n'existe pas et l'affaire a été démentie dès 2016

Si l’Eglise catholique est confrontée à la révélation de scandales sexuels à travers le monde, ce cas au Mexique est faux. Ce prêtre du nom de José Garcia Ataulfo n’a jamais existé. L’histoire a été démentie dès 2016, l’article qui en est à l’origine a été supprimé, mais elle continue d’être virale en 2020.

Apparue en 2016, "l’affaire" du prêtre José Garcia Ataulfo a refait surface avec à travers cette publication du 4 janvier 2020 sur Facebook, aux 1.700 partages. Elle reprend un article du site 24jours.com d’août 2018 partagé, lui, plus de 34 000 fois, selon l’outil de mesure d’audience Crowdtangle. 

Capture d'écran prise le 16/01/2020 sur 24jours.com

Alors que la hiérarchie de l’Eglise catholique se retrouve régulièrement secouée par des scandales d’abus sexuels perpétrés par des prêtres et des prélats sur des mineurs, cet article affirme qu’un prêtre de l’état d’Oaxaca (sud du Mexique) nommé José Garcia Ataulfo aurait été absous par l’archidiocèse de Mexico après avoir abusé sexuellement de 30 enfants et que le Pape, sollicité par les victimes, aurait déclaré "l’affaire close". 

Le site 24jours.com, après s’être présenté ouvertement comme parodique, se revendique désormais comme sérieux et fiable, dans une note publiée en juillet 2019. 

Une fausse nouvelle qui remonte à 2016

Mais "cette histoire est fausse", affirme Javier Rodríguez Labastida, le directeur de la communication de l’archidiocèse de Mexico, contacté le 8 janvier 2020 par l’AFP. "Elle a d’ailleurs été démentie en 2016 par mes prédécesseurs", ajoute-t-il.

Un démenti avait été publié le 25 septembre 2016 dans le journal d’information de l’archidiocèse de Mexico. 

Capture d'écran de la une de l'édition du 25 septembre au 1er octobre 2016 du bulletin d'information de l'archidiocèse de Mexico
Capture d'écran de la une de l'édition du 25 septembre au 1er octobre 2016 du bulletin d'information de l'archidiocèse de Mexico (page 3)

 

Selon l’archidiocèse, il n’a jamais existé de prêtre de ce nom dans ses registres.

Une recherche sur le moteur de recherche Google révèle que cette histoire est apparue sur la toile dès 2016.

Elle avait alors été démentie dans un article de Catholic News Agency (CNA). Cette agence d’information pointait son origine dans une publication du site anonymousmx.com, "la branche mexicaine du groupe cyberactiviste Anonymous".

La publication en question a été supprimée. Nous l’avons retrouvée, archivée le 22 septembre 2016 et le 13 octobre 2016 sur webarchive.org.  

Capture d'écran de l’article archivé d'anonymousmx.com prise le 16/01/2020

Cet article en espagnol daté du 8 septembre 2016 affirme que "l'Archidiocèse de Mexico a décidé d'acquitter José Ataulfo ​​García, le prêtre qui avait avoué avoir violé plus de 30 filles autochtones dans l'État d'Oaxaca, âgées entre 5 et 10 ans, tout en sachant qu'il était porteur du virus du sida". 

Fausse illustration

Ce contenu est repris en mai 2017 par la version turque de CNN avec une photo censée montrer José Garcia Ataulfo. La même illustration est utilisée avec le même récit sur d’autres sites de divers pays (1,2,3).

Sous un tweet, des internautes y reconnaissent le visage du père José Antonio Fortea, célèbre prêtre exorciste espagnol.

Ce visage illustre en effet un article publié en novembre 2012 par AciPrensa, version espagnole de la Catholic News Agency, pour évoquer un de ses livres.

Ce prêtre, présenté sous le même nom, apparaît également dans plusieurs interviews (1,2,3).

Fin 2017, plusieurs  publications (1,2,3) avaient relancé cette fausse nouvelle, affirmant que le "prêtre pédophile atteint du Sida", Jose Garcia Ataulfo, avait été retrouvé crucifié devant son église.

Cette version avait alors été une nouvelle fois démentie par le média de vérification américain Snopes et l’agence de presse Associated Press

Capture d'écran prise sur cnnturk.com le 17/01/2020
Capture d'écran prise le 17/01/2020 sur la chaîne Youtube "Canal del Padre Fortea"

 

 

Selon une porte-parole de la Conférence épiscopale mexicaine, Janett Pedraza, contactée le 8 janvier 2020 par l’AFP, "le seul cas d’un prêtre accusé d’abus sexuels à Oaxaca est celui de Gerardo Silvestre Hernandez, condamné en 2017 et actuellement en prison pour abus sur deux enfants".

En décembre 2019, le pape François a levé le secret pontifical sur les cas d’abus sexuels. Cette règle de confidentialité protège certaines informations sensibles au sein de l’Eglise.