Marine Le Pen et Jaak Madison, vice-président du parti polonais EKRE, à Tallin le 14 mai 2019 (AFP / Raigo Pajula)

Le geste fait par Marine Le Pen est-il utilisé par les suprémacistes blancs ? Oui, mais il a d'autres significations

  • Cet article date de plus d'un an
  • Publié le 17 mai 2019 à 18:35
  • Mis à jour le 24 mai 2019 à 11:42
  • Lecture : 4 min
  • Par : Anne RENAUT, François D'ASTIER
Sur un selfie publié le 14 mai par un militant estonien d'extrême droite, Marine Le Pen est photographiée effectuant un geste, devenu le signe de ralliement des suprémacistes blancs.  Contactée par l'AFP, la présidente du Rassemblement national dit avoir voulu effectuer le geste "OK", utilisé notamment en plongée affirmant ignorer son autre signification.

En déplacement à Tallinn (Estonie) dans le cadre d'une tournée européenne pour soutenir les alliés du RN en Europe, Marine Le Pen a rencontré mardi 14 mai plusieurs représentants du parti eurosceptique d'extrême droite Ekre, comme l'indique ce tweet du député européen Nicolas Bay (RN). 

Pris à cette occasion, un selfie apparu sur le compte Facebook de Ruuben Kaalep, responsable de la branche jeunesse de ce parti, qui se présente sur son compte Twitter comme un suprémaciste finno-ougrien et diffuse des idées racialistes, a été relayé plusieurs centaines de fois sur les réseaux sociaux.

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(Capture d'écran Facebook du 17 mai 2019)

Sur le cliché, effacé depuis, les deux responsables forment un cercle avec le pouce et l'index, les trois autres doigts levés.

Problème : ce signe, utilisé notamment en plongée sous-marine pour signifier "OK, tout va bien", a été adopté depuis quelques années par les suprémacistes blancs pour signifier "White Power" (suprématisme blanc, ndlr).

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(Capture d'écran du site de l'ADL le 17 mai 2019)

Ce geste est utilisé à partir de 2015 par plusieurs ultra-conservateurs américains et soutiens à Donald Trump dans des vidéos et des photos, comme l'indique le site Know Your Meme. Ce signe de ralliement est de plus en plus affiché à partir de 2017 grâce au forum 4chan.

Une campagne virale baptisée "Operation O-KKK" invitait en 2017 les utilisateurs du forum à "inond(er) Twitter et les autres réseaux sociaux (...) en affirmant que le geste OK (était) un symbole du suprémacisme blanc", selon la Ligue Antidiffamation américaine ("ADL" pour "Anti defamation league", ndlr), qui collecte et diffuse des statistiques sur les actes antisémites à travers le monde. Cette campagne avait connu un vaste succès.

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(Capture d'écran du post original de "l'opération O-KKK" sur le site de l'ADL le 17 mai 2019)

Le tueur de Christchurch (Nouvelle-Zélande), Brenton Tarrant, a notamment fait ce signe le 16 mars dernier, lors de son inculpation après avoir assassiné 51 fidèles dans des mosquées.

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Brenton Tarrant lors de sa première présentation aux juges, le 16 mars 2019 (AFP / Mark Mitchell)

Interrogée le 14 mai par l'AFP sur son selfie avec Ruuben Kaalep, Marine Le Pen a affirmé n'avoir "jamais entendu parler d'une autre signification à ce geste" que celle d'"OK".

"J'ai fait un selfie à sa demande avec un signe, pour moi, de +ok+. J'ai été informée que ce signe pouvait avoir une autre signification. Dès que j'en ai eu connaissance, j'ai immédiatement exigé que (la photo) soit supprimée" du compte Facebook du militant, a-t-elle expliqué.

Au-delà du geste controversé, des internautes reprochent à Marine Le Pen ses fréquentations lors de son séjour à Tallinn.

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(Capture d'écran twitter du 17 mai 2019)

Le parti Ekre, qui a fait une percée aux législatives estoniennes le 3 mars dernier, a défrayé la chronique pour compter dans ses rangs des personnes condamnées pour des actes de violences et des sympathisants néonazis.

Jaak Madison qui apparaît sur la photo du tweet de Nicolas Bay aux côtés de Marine Le Pen, est vice-président du parti Ekre, qu'il représentera à Milan samedi.

Douze partis du camp nationaliste s'y retrouveront autour de la dirigeante du RN et de l'italien Matteo Salvini en vue de constituer un grand groupe, à l'issue des élections européennes du 26 mai.

Selon une étude à paraître de la Fondation Jean Jaurès, que l'AFP a pu consulter, "Jaak Madison, (est l')auteur d’une célèbre déclaration expliquant que certes, +il y avait eu des camps de concentration, de travail forcé, et des jeux avec des chambres à gaz (sic) », mais que le nazisme avait, avec sa notion de l’ordre, sorti l’Allemagne de la m…+".

Sur France Inter le jeudi 16 mai, Marine Le Pen s'est défendu en rappelant que le parti Ekre siège dans le gouvernement estonien conduit par le centriste Juri Ratas.

Le chroniqueur Eric Naulleau a épinglé jeudi sur Twitter la présidente du RN affirmant qu'elle "n'a pu assister aux obsèques" des deux soldats tombés au Burkina Faso mardi "afin de pouvoir s'afficher avec un néonazi estonien". Une publication partagée près de 1.000 fois en 24 heures.

Le déplacement de Marine Le Pen en Estonie était prévu de longue date, selon la journaliste de l'AFP en charge de la couverture de l'extrême droite. Lors de l'hommage national aux Invalides à Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello, le RN était représenté par deux députés, dont Louis Aliot, a déclaré ce dernier à l'AFP.

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