Le corossol n'est pas un remède miracle contre le diabète

Une “recette-miracle” postée sur Facebook et très partagée au Cameroun depuis fin 2018 prescrit la préparation de pépins d'un fruit, le corossol, contre le diabète. Cette recette est également proposée aux diabétiques dans de nombreuses publications vantant les vertus médicinales du corossol. Faux, martèlent des endocrinologues, pour qui ce fruit n’a aucune vertu thérapeutique reconnue. 

Capture d'écran Facebook prise le 20/11/2019

Le diabète est une maladie chronique grave qui se déclare lorsque le pancréas ne produit pas suffisamment d’insuline, l’hormone qui régule la concentration de sucre dans le sang. Dans ce rapport de 2016, l'Organisation mondiale de la santé -OMS- évalue à 422 millions le nombre d’adultes vivant avec le diabète en 2014; soit une personne sur 11. 

L’OMS estime que la prévalence mondiale du diabète a presque doublé depuis 1980, passant de 4,7 à 8,5 % de la population adulte. Et "elle a progressé plus rapidement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire que dans les pays à revenu élevé".

Cette forte prévalence suscite sur la toile d’innombrables "remèdes" non homologués, comme celui avec les pépins de corossol, que l’on retrouve ici, ici, ici et ici.  

Le corossol, fruit à la croûte épineuse et à la pulpe très sucrée, est ainsi présenté comme solution pour "la baisse considérable du taux de glycémie", le taux de glucose dans le sang. 

Cette "recette -miracle" est suivie de nombreux remerciements en commentaires. 

Capture d'écran Facebook prise le 20/11/2019

L’enthousiasme de ces internautes pourrait bien être freiné par la mise en garde du Pr Bernard Bauduceau, endocrinologue, co-auteur de "Le diabète, tout ce qu'il faut savoir" (2017) et officiant à l'hôpital d'Instruction des Armées Bégin de Saint-Mandé (France).

"Ces graines de corossol n'ont aucune vertu thérapeutique reconnue en milieu diabétologique", martèle-t-il dans sa réponse du 19 novembre 2019  à l’AFP.

"En l’état actuel de la recherche, on  ne peut guérir du diabète, ni en utilisant la médecine conventionnelle ni la pharmacopée traditionnelle", ajoute le Dr Ibrahim Nientao, endocrinologue officiant au Centre de lutte contre le diabète de Bamako, au Mali et contacté le 20 novembre 2019 par l’AFP.

Ces deux spécialistes du diabète notent qu’en revanche, "le corossol peut être consommé par les personnes diabétiques avec les mêmes limites que les autres fruits".

Le Pr Bernard Bauduceau constate que c’est la énième fois que des vertus médicinales sont faussement prêtées au corossol. "On l'a également qualifié d'anticancéreux ! Tout cela n'est naturellement pas innocent et débouche sur la vente de gélules destinées au bien-être, à la minceur", conclut ce spécialiste. 

"Il n'y a aucune étude scientifique attestant de l'effet positif du corossol et notamment de la consommation de ses pépins sur le diabète chez l'homme", ponctue Mathilde Ansoborlo, diététicienne et ingénieur agro-alimentaire spécialisée dans les pays du Sud. Elle travaille par ailleurs au sein de l'entreprise Onyx développement du Groupe Nutriset. Mathilde Ansoborlo s'attarde sur les pépins du corossol que quelques internautes disent non comestibles.

Elle renseigne que la toxicité des graines de corossol "reste assez floue". "Par mesure de précaution, ajoute-t-elle, il est néanmoins recommandé de ne pas consommer ses graines et encore moins dans le but de +guérir le diabète+puisqu'aucune preuve scientifique ne mène à cette piste."

Quid du traitement homologué? 

Concernant le traitement à l'insuline contre le diabète, le Dr Ibrahim Nientao martèle qu’il doit impérativement être prescrit par un médecin, au cas par cas. 

Il recommande un suivi médical régulier, une hygiène de vie saine et une alimentation équilibrée. Il conseille de privilégier la marche pour favoriser la pénétration du sucre dans les muscles. Car, souligne-t-il, "le diabète est essentiellement causé par la difficulté du sucre à quitter le plasma sanguin vers les muscles". 

EDIT 21/11 : Ajout réaction de Mathilde Ansoborlo, diététicienne et ingénieur agro-alimentaire
Monique Ngo Mayag