Istanbul : non, des casques n'ont pas été placés dans une synagogue pour se protéger d'attaques terroristes

Plusieurs articles en français, anglais, hébreu, allemand, affirment qu'une synagogue d'Istanbul a placé des casques de chantier sous ses sièges pour se protéger d'attaques terroristes. La raison, d'après ses responsables interrogés par l'AFP, est autre : c'est pour se prémunir en cas de séisme.

D'après ces articles parus fin janvier 2019, "la synagogue Beth Israël à Istanbul a mis en place un système de casques, à disposition des fidèles pour se protéger la tête en cas d'attaque."

L'information originale semble venir du site BeChadrei, qui se présente comme le "plus important site ultra-orthodoxe dans le monde" et qui a publié un article le 22 janvier 2019 avec nombre de photos ainsi qu'une vidéo sur lesquelles figure son logo. C'est cet article qui a ensuite été repris par d'autres médias.

La synagogue y est présentée comme une "forteresse", et l'on explique qu'un groupe de fidèles ultra-orthodoxes israélien a été surpris de voir le dispositif de sécurité :

"(…) des casques sont visibles sous les sièges des fidèles, en dessous (du siège) de chaque fidèle se trouve un casque prêt à l’emploi en cas de besoin. La peur des attaques terroristes a fait son effet et l'endroit ressemble à une forteresse militaire" écrit l'article, faisant un lien de cause à effet entre les casques et la "peur des attaques terroristes".

Sur les photos accompagnant l'article, on voit des casques de chantier placés sous les sièges, des casques d'une résistance toute relative en cas d'attaque par armes à feu.

Interrogée par l'AFP, la synagogue a refusé de commenter et a redirigé vers la Fondation du Grand-Rabbinat de Turquie, principal organisme représentatif de la communauté juive du pays. 

Ladite fondation a démenti le contenu des articles de Ynetnews et d'i24 et a renvoyé à deux tweets postés par son président Ishak Ibrahimzadeh.

"Comme l'a indiqué notre président Ishak Ibahimzadeh sur Twitter, ces casques ont été disposés dans nos synagogues après le séisme de 1999, ce qui contredit les articles en question. Ces casques se trouvent aujourd'hui dans la plupart de nos synagogues ouvertes au culte" a déclaré à l'AFP un porte-parole de la Fondation du Grand-Rabbinat.

Le séisme de 1999, la cause de la présence de ces casques

"Le séisme de 1999" fait référence à un séisme de magnitude supérieure à 7 sur l'échelle de Richter qui, le 17 août 1999, a dévasté des régions très industrialisées et peuplées dans le nord-ouest de la Turquie, faisant près de 20.000 morts.

Des immeubles effondrés à Adapazari, à 100km à l'est d'Istanbul, le 19 août 1999 (AFP / Pierre Verdy)

Un pic d'instabilité sécuritaire en 2015/2016 en Turquie

L'affirmation dans les articles selon laquelle "les attentats terroristes en Turquie sont de plus en plus nombreux et fréquents" est elle contestable, sauf peut-être si on considère la situation sur un temps très long.

Après un pic d'instabilité sécuritaire en 2015/2016, période marquée par la reprise du conflit kurde, plusieurs attentats à Istanbul et Ankara, une tentative de coup d'Etat et l'assassinat de l'ambassadeur russe, la situation est désormais plus calme.

Si on ne compte pas les attaques qui visent encore parfois l'armée et la police dans le sud-est majoritairement kurde de la Turquie, le dernier attentat d'ampleur est celui qui s'est produit dans une discothèque à Istanbul dans la nuit du Nouvel An 2017.

Une protection renforcée pour les lieux de culte juifs en Turquie

Depuis des attentats en 2003 revendiqués par une cellule turque d'Al-Qaïda qui ont visé deux synagogues à Istanbul, la protection des lieux de culte juifs a été renforcée en Turquie. Des policiers sont souvent postés devant les entrées, les visiteurs doivent la plupart du temps obtenir une autorisation pour pouvoir se rendre dans une synagogue ou un cimetière juif et des systèmes de vidéo-surveillance, ainsi que des barrières de sécurité ont parfois été installés.

La communauté juive de Turquie, estimée à environ 15.000 membres vivant principalement à Istanbul, s'est considérablement réduite au fil des décennies.

Le regain de tensions diplomatiques entre la Turquie et Israël depuis deux ans suscite par ailleurs leur inquiétude.

En 2017, des ultra-nationalistes turcs ont manifesté contre Israël devant l'une des principales synagogues d'Istanbul, Neve Shalom, donnant des coups de pied et jetant des cailloux sur les portes.

Guillaume Daudin
Gokan Gunes
Delphine Matthieussent