( AFP / FRED TANNEAU)

Près de 10.000 morts en Europe ? Attention à ce faux "bilan" des vaccins contre le Covid-19

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Une publication soutient que le "bilan" de la vaccination contre le Covid-19 s'élèverait à près de 10.000 morts en Europe. Cette affirmation s'appuie toutefois sur une interprétation trompeuse de la base de données de l'Agence européenne des médicaments et occulte le fait qu'aucun lien de causalité direct n'est établi à ce stade entre ces décès et les injections, selon les autorités sanitaires.

5.036 décès pour le vaccin Pfizer, 2.604 pour le Moderna et 1.846 pour l'AstraZeneca: un visuel  partagé sur Facebook affirme relayer le "bilan" des vaccins utilisés en Europe depuis décembre pour freiner l'épidémie de Covid-19. Plus de 382.000 effets secondaires auraient par ailleurs été relevés à la date du 1er mai, selon cette publication partagée près de 600 fois depuis le 22 mai, qui dit s'appuyer sur la base officielle de données européennes.

Capture d'écran Facebook ( Jeremy TORDJMAN)

 

Cette publication est toutefois trompeuse et reprend un raisonnement déjà épinglé plusieurs fois par AFP Factuel (ici ou ) depuis le début de l'épidémie. 

Elle s'appuie sur la base de données EudraVigilance mise en place en 2012 par l'Agence européenne des médicaments (EMA) pour collecter "des déclarations d'effets indésirables suspectés d'être liés aux médicaments" autorisés dans l'Espace économique européen  (Union européenne + Islande, Liechtenstein et Norvège). 

Des chiffres de décès sont bien disponibles dans cette base pour chacun des vaccins homologués en Europe mais ceux du 17 avril ne sont plus disponibles car ils ont, depuis, été actualisés. Les données les plus récentes arrêtées au 29 mai semblent toutefois compatibles avec celles relayées dans le visuel: selon les calculs de l'AFP,  l'EMA avait ainsi reçu à cette date 6.296 signalements de décès survenus après une vaccination au Pfizer/BioNTech, le vaccin le plus utilisé en Europe.

Mais, contrairement à ce qu'affirme le visuel, ce chiffre de près de 10.000 décès ne constitue pas un "bilan" de la vaccination: l'EMA prend ainsi soin de préciser que la recension d'effets indésirables ne signifie pas qu'ils ont été causés par les vaccins. Selon les données officielles, quelque 198.000 signalements d'effets indésirables avaient été reçus au 29 mai après l'administration de 234,4 millions de doses en Europe.

"Les informations publiées sur le présent site internet concernent des effets indésirables suspectés, par exemple des événements médicaux ayant été observés après l'utilisation d'un médicament, mais qui ne sont pas obligatoirement liés ou dus au médicament", écrit l'EMA sur le site de sa base de données. 

"Les informations sur les effets indésirables déclarés ne doivent pas être interprétées comme signifiant que le médicament ou la substance active provoque l'effet observé ou que son utilisation présente un risque. Seule une analyse détaillée et une évaluation scientifique de toutes les données disponibles permettent de tirer des conclusions robustes sur les bénéfices et les risques d'un médicament", poursuit-elle.

Contactée le 21 avril par l'AFP, l'EMA avait insisté sur le fait que ces chiffres "ne signifient pas nécessairement que les événements rapportés ont été causés par le vaccin""Les rapports de cas spontanés d'effets secondaires suspectés sont rarement suffisants pour prouver qu'un certain effet suspecté a effectivement été causé par un médicament spécifique", a-t-elle ajouté.

Capture d'écran de l'Agence européenne du médicament.

"Dans la vie réelle, les gens meurent, ont des infarctus, des thromboses, des cancers... Donc vous allez voir tous ces événements mais ça ne veut pas forcément dire qu'ils sont liés à la vaccination. Ce qui aurait été étonnant c'est qu'on ne déclare pas de décès après la vaccination", avait déclaré en mars à l'AFP Jean-Daniel Lelièvre, chef du service des maladies infectieuses de l'Hôpital Henri-Mondor à Créteil et expert sur la question des vaccins à la Haute autorité de Santé, au sujet de cette base de données.

Au niveau national, les autorités sanitaires écartent elles aussi à ce stade un lien direct entre le décès d'une personne vaccinée et l'injection qu'elle a reçue. 

"Concernant les cas de décès déclarés, les données actuelles ne permettent pas de conclure qu'ils sont liés à la vaccination. Ces événements continueront de faire l'objet d'une surveillance spécifique", écrit ainsi l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé  (ANSM) au sujet du vaccin Pfizer, dans son dernier point de situation publié le 21 mai.

Aux Etats-Unis, les Centres de prévention des maladies (CDC) soulignent , eux, que la base de données américaine "fait état de tout effet indésirable survenant après la vaccination, même s'il n'est pas établi que le vaccin soit à l'origine du problème"

"Un examen des informations cliniques disponibles, incluant les certificats de décès, les autopsies et les antécédents médicaux, n'a pas établi de lien de causalité avec les vaccins contre le Covid-19", écrit l'agence sanitaire américaine dans le même document, où elle met toutefois en garde contre un  "lien de causalité plausible" entre la formation de caillots sanguins et le vaccin Johnson & Johnson.  

L'EMA avait elle aussi fait état en avril d'un lien possible entre des caillots sanguins très rares et les vaccins Johnson & Johnson et AstraZeneca mais le régulateur européen avait alors toutefois estimé que les bénéfices l'emportaient sur les risques sanitaires provoqués par la pandémie.

Aux Etats-Unis et dans les pays européens comme la France qui ont récemment accéléré leur campagne de vaccination, les cas de contaminations et d'hospitalisations liées au Covid-19 sont ainsi en recul. 

   

Outre ce "bilan" mensonger, ce visuel relaye, en bref, d'autres affirmations trompeuses sur les vaccins: ils seraient encore en "phase d'essai" alors qu'ils ont, notamment en France, suivi les étapes imposées à chaque traitement avant une mise sur le marché (comme l'avait relevé l'AFP ici). 

Le visuel affirme également que la "létalité" du Covid-19 ne serait que de 0,05%, un taux qui ne nécessiterait pas le recours à des vaccins. Comme l'avait déjà montré l'AFP, ce taux de létalité par infection serait, selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en octobre, douze fois plus élevé et s'élevait 0,6%.