Un manifestant contre la loi Travail, le 14 juin 2016 à Paris (AFP / Alain Jocard)

"Gilets jaunes": des photos décontextualisées pour critiquer Macron

Sur Facebook, plusieurs publications venues d'Amérique latine et partagées plus de 36.000 fois prétendent critiquer la réponse policière qu'Emmanuel Macron apporterait aux "gilets jaunes". Sur cinq photos, quatre viennent d'un autre pays que la France ou d'événements antérieurs à la présidence d'Emmanuel Macron.

Sur Facebook, la publication d'un internaute du Nicaragua, Mauricio Moreno, a été partagée par 5.000 personnes. Reprise par un internaute d'Equateur, Erwin Desaix Falquez Salazar, elle a été partagée à son tour 30.000 fois. Elle est arrivée en France, notamment par un internaute qui l'a partagée sur le groupe "Robes Noires et Gilets Jaunes".

Capture d'écran d'une publication Facebook avant sa suppression, le 7 février 2019

La publication a depuis été supprimée de ce groupe mais figure toujours sur la page de Hervé Brasseur.

Cinq photos figurent sur cette publication, toutes visibles d'emblée.

Quatre concernent soit un pays différent de la France, soit des événements antérieurs à la présidence d'Emmanuel Macron.

- La première, en haut à gauche, celle d'un homme ensanglanté et au tee-shirt déchiré, a en réalité été prise en Espagne pendant le référendum catalan, à l'automne 2017. Plusieurs médias, comme la BBC en arabe ou le Telegraph, l'avaient utilisée dans des articles. C'était d'autant plus reconnaissable que ce n'était pas de France qu'il y a écrit "Policia" sur l'uniforme de la policière à gauche. Nous n'avons pu retrouver l'auteur du cliché.

- La photo en bas à gauche, d'un homme barbu et ensanglanté, est une photo AFP du 14 juin 2016, lors de la manifestation contre la loi Travail à Paris, et a été prise par le photographe Alain Jocard. On retrouve d'autres photos de cet homme prises le même jour par Alain Jocard.

- La photo en bas à droite, d'un homme le visage ensanglanté entouré de CRS, a été prise en septembre 2016 pendant les manifestations françaises contre la loi Travail. Elle a notamment été diffusée sur ce site turc. Nous n'avons pu retrouver l'auteur original du cliché.

- La photo du dessus à droite, où un homme semble traîné à terre par des policiers en tenue d'intervention, a été diffusée en mars 2016 par une télévision russe, qui en revendique le crédit sur son site. Elle a été prise en France pendant les manifestations contre la loi Travail.

Une photo concerne bien les mobilisations des "gilets jaunes"

- La photo en haut à droite de manifestants devant l'Arc de Triomphe avec une camionnette en feu a été prise le 24 novembre 2018 par Pascal Rostain, photographe de Paris Match.

Des publications dérivées

D'autres publications sont dérivées de celles-ci, et laissent cette fois apparaître plus de photos authentiquement des gilets jaunes.

L'une d'entre elles a été partagée près de 6.000 fois en Français depuis le 5 février, et a été publiée dans le groupe "La France en colère - carte des rassemblements", suivi par de nombreux "gilets jaunes".

La légende est "Ce n'est pas le Venezuela c'est la France... Ce n'est pas Maduro c'est Macron..."

Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 08 février 2019

Quatre photos y figurent.

Les trois premières sont les mêmes photos que la première publication, parmi lesquelles deux de manifestations antérieures à l'arrivée d'Emmanuel Macron à l'Elysée. La dernière, en bas à droite, a bien été prise à Paris pendant une manifestation de gilets jaunes, le 1er décembre dernier. La photographe est Irina Kalashnikov de l'agence RIA Novosti.

Pourquoi comparer Macron et Maduro ?

Les personnes partageant ces photos s'insurgent contre les déclarations du président français, qui a salué le 24 janvier "le courage des centaines de milliers de Vénézuéliens qui marchent pour leur liberté" face à "l'élection illégitime de Nicolas Maduro" et assuré que l'Europe soutenait "la restauration de la démocratie".

Le chef de l'Etat a depuis reconnu l'opposant Juan Guaido comme "président en charge" du Venezuela, après l'expiration de l'ultimatum à Nicolas Maduro qui a refusé de convoquer une nouvelle élection présidentielle.

Des violences en France ?

Selon le collectif militant "Désarmons-les", 20 personnes ont été gravement blessées à l'œil -- la plupart éborgnées -- depuis le 17 novembre. La police des polices (IGPN) a été saisie de 116 enquêtes selon une source policière, portant pour dix d'entre elles sur de graves blessures aux yeux.  

De nombreuses photos, réelles et actuelles cette fois, circulent sur les réseaux sociaux témoignant de ces blessures.

Guillaume Daudin