"Gilets jaunes", acte VIII : le ballet des vraies et fausses informations

L'"acte VIII" de la mobilisation des "gilets jaunes", samedi 5 janvier, a donné lieu à la diffusion de fausses informations en France. Une infox autour du mouvement a également circulé aux Pays-Bas. 

1 - Une manifestante belge n'a pas été tuée dans les manifestations à Paris

La rumeur a pris avec une vidéo publiée samedi sur Facebook - et effacée depuis. Dans celle-ci, un homme déclare : "On venait de Bruxelles (...) Ils ont buté une de nos proches, une mère de famille putain. (...) Elle a ramassé un Flash-Ball dans la tête".

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Capture d'écran d'une vidéo Facebook erronée et depuis supprimée, le 5 janvier 2019

Dans une autre vidéo, partagée plusieurs milliers de fois samedi soir sur Facebook (et également supprimée depuis), une femme dit "confirmer": "C’est strictement la vérité. Ca a été confirmé par les services médicaux, les 'street médicaux' (...) Elle est bien morte d’un tir de Flash-Ball".

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Capture d'écran d'une vidéo Facebook erronée et depuis supprimée, le 5 janvier 2019

Un autre "gilet jaune" très suivi sur Facebook avait lui publié dans le même temps un message de condoléances, partagé plusieurs milliers de fois. Il l’a effacé dimanche et publié un message d'excuses.

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Capture d'écran d'une publication Facebook erronée et depuis supprimée, le 5 janvier 2019

En réponse à ces publications, et en l’absence de confirmation par une source officielle, de nombreux internautes ont rapidement mis en doute la véracité de ce décès.

Interrogée dimanche, la porte-parole de permanence à l’Assistance Publique - Hôpitaux de Paris a indiqué à l’AFP qu’après avoir "vérifié", l’APHP ne possède "aucune information" sur un tel cas dans ses services. Les autorités ont également démenti auprès de l'AFP l'authenticité de cette information.

Le ministère belge des Affaires étrangères a pour sa part précisé avoir reçu ce message de l’ambassade de Belgique à Paris : "Le centre de crise du Quai d'Orsay a confirmé qu'il n'y a aucune victime belge enregistrée dans le cadre des protestations gilets jaunes à Paris ce samedi 5 janvier".

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders est revenu lundi sur ce qu'il a qualifié de "scandale". "Tout était faux, a-t-il déploré. On va trop loin aujourd'hui dans la diffusion de ces informations. Je signale qu'elles ont été reprises, bien sûr avec certaines précautions, mais quand même à la une de plusieurs sites d'informations importants en Belgique".

2 - Le boxeur et le pasteur

37.000 personnes ont partagé sur Facebook le montage ci-dessous avec, en haut, le boxeur ayant frappé des gendarmes samedi 5 janvier à Paris et, en bas, un homme présenté comme "un gilet jaune" de 84 ans "matraqué par plusieurs CRS".

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Une capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 7 janvier 2019

Le cliché du bas a pourtant été publié en février 2017.

Ce pasteur avait été blessé lors d'une manifestation à Quimper, comme le relataient nos confrères de Ouest France. La photographie en question avait été publiée par StreetPress.

3 - La poussette néerlandaise

D'après plusieurs publications, la police néerlandaise aurait arrêté dans une rue de La Haye une femme avec une poussette "car elle refuse simplement d'enlever son gilet jaune".

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Capture d'écran d'un tweet erroné, le 7 janvier 2019

La scène se déroule dans le centre de la ville, samedi 5 janvier. Les Pays-Bas ont connu plusieurs manifestations de "gilets jaunes" ces dernières semaines. Une femme vêtue d'un gilet jaune, les mains sur une poussette, est embarquée par la police, sans sa poussette.

La vidéo semble avoir été diffusée en premier samedi après-midi par la page Facebook "Pegida Nederland". En légende, "Une femme arrêtée avec une poussette (il n'y avait pas de bébé dedans), car elle refusait de retirer son gilet jaune".

 L'"information" a été traduite, notamment en français, dans le week-end. On la retrouve sur Twitter et sur Facebook. Et aussi en italien ou en anglais.

Un photographe de la principale agence de presse néerlandaise, l'ANP, présent sur place, a pourtant raconté la scène simplement et dès samedi.

"Une femme avec un Maxi-Cosi avec une poupée dedans a été arrêtée car elle n'a pas voulu donner son identité, alors qu'elle marchait près du cortège de gilets jaunes à La Haye", écrit le photographe Bob Van Keulen dans son tweet. Comme on le voit sur sa quatrième photo, c'est une poupée qui figure dans la poussette de la femme arrêtée.

Contactée par le bureau de l'AFP à La Haye, Chantal Margés, première porte-parole de la police de la ville, explique que "la femme a attiré l'attention des collègues parce qu'elle se promenait avec une poupée dans une poussette". 

"Ils se sont alors adressés à elle et ont voulu contrôler son identité. Lorsqu'il s'est avéré qu'elle ne pouvait, ou ne voulait pas, présenter une pièce d'identité, elle a effectivement été arrêtée", a poursuivi Mme Margés.

"Selon la loi, chacun est tenu de présenter une pièce d'identité lorsque la police le lui demande. Que la femme ait été interpellée et arrêtée par la suite n’a rien à voir avec le fait qu'elle portait un gilet jaune", a-t-elle ajouté.

4 - Le policier est bien français

Plus de 7.500 personnes, notamment sur des groupes de discussion Facebook de "gilets jaunes", ont partagé cette photo d'un "CRS à Paris le 5 janvier 2019" qui viendrait d'une "milice européenne", l'"EuroGendFor". C'est faux, et cette photo est antérieure au mouvement des "gilets jaunes".

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Capture d'écran d'une publication Facebook erronée, le 7 janvier 2019

Cet homme porte :
¤ un casque à bandes jaunes, celui des CRS
¤ l'écusson des CRS
¤ l'écusson SPI-4G, une équipe d'intervention des CRS spécialisée dans l'antiterrorisme.

Il n'y a donc pas de raisons de penser qu'il n'est pas CRS.

Surtout, cette photo avait déjà été étudiée par nos confrères de CheckNews le 31 mai, bien avant les "Gilets jaunes".

A l'époque, le militant Taha Bouhafs l'avait diffusée en indiquant qu'elle avait été prise le 29/05 à 13h01 à Paris.

Nos confrères de CheckNews sont revenus eux aussi sur le sujet.

5 - Un policier frappe des personnes à Toulon

Des internautes nous ont également demandé des précisions sur les images ci-dessous.

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Capture d'écran réalisée le 7 janvier 2019 d'une vidéo diffusée sur Twitter

Ces images ont été tournées samedi à Toulon. Le policier filmé, Didier Andrieux, commandant divisionnaire, responsable par intérim des 400 policiers en tenue de Toulon, faisait notamment partie de la promotion à la Légion d'honneur du 1er janvier 2019.

Sur une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux (voir capture d'écran ci-dessus), on le voit donnant plusieurs coups de poing au visage d'un homme plaqué contre un mur, avant que d'autres fonctionnaires ne s'interposent, puis frapper, de nouveau à coups de poings, un "gilet jaune" qu'il retient sur le capot d'une voiture.

Une information judiciaire a été ouverte lundi 7 janvier « sur les conditions d'interpellation qui donnent lieu à polémique » selon le procureur de Marseille, Bernard Marchal. L'Inspection générale de la police nationale (IGPN) a elle aussi été saisie des faits.

"Il y a eu disproportion entre les circonstances et la réaction" du policier, a estimé auprès de l'AFP l'avocate de l'homme frappé sur le capot, Anne Dunan.

Celui-ci, âgé de 34 ans, est cependant également visé par une information judiciaire pour "outrage, rébellion et violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique". 

Selon les affirmations du commandant de police, l'homme qu'on le voit auparavant frapper contre un mur tenait "un tesson de bouteille dans la main", a rapporté le procureur. "Si c'est avéré cela peut démontrer une certaine proportionnalité" de sa réponse, a ajouté le magistrat, soulignant que le policier avait auparavant déjà été "pris à partie" par des manifestants.

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