François de Rugy à l'Assemblée nationale le 19 juin 2018 (Christophe Archambault / AFP)

François de Rugy “entre deux séances” le soir de la Saint-Valentin 2018 ? Il avait quitté le perchoir à 16h10

Interrogé lundi sur BFMTV au sujet du dîner de la Saint-Valentin 2018 pour lequel il a été épinglé, l’ex-président de l’Assemblée nationale François de Rugy a affirmé avoir dîné à l'Assemblée ce soir-là car il se trouvait "entre deux séances" parlementaires. En réalité, la séance du 14 février 2018 avait été levée à 19h20, et M. de Rugy avait quitté le perchoir à 16h10, selon le compte-rendu de séance.

Interrogé sur son repas de la Saint-Valentin 2018, dont "le niveau des prestations est manifestement excessif par rapport à la pratique courant pour les repas privés", selon l'enquête du secrétaire général de l'Assemblée nationale, l'ancien quatrième personnage de l'Etat a expliqué qu’il avait dîné ce soir-là à l’Hôtel de Lassay (résidence du président de l'Assemblée, NDLR) avec son épouse car il se trouvait “entre deux séances”.

Pourquoi vous n’avez pas simplement été au restaurant, comme le font les Français ?”, lui a demandé la journaliste de BFMTV Apolline de Malherbe (à partir de 38’00”).

"C’est surtout parce que, comme d’habitude, j’étais entre deux séances hein, l’après-midi, le soir”, a rétorqué l’ancien président de l’Assemblée et ex-ministre de la Transition écologique, qui a démissionné de son poste le 16 juillet après les révélations de Mediapart.

"C'est quand même pas ça qui a ruiné l'Assemblée nationale", a lancé François de Rugy, affirmant avoir réduit sous son mandat (juin 2017-septembre 2018) de 13% les frais de réception et de 35% les frais de déplacement. 

"Quelques pétales de rose, quatre bougies sur un chandelier, évidemment, cela fait une photo choc", a-t-il ajouté, en référence à une photo diffusée par Mediapart le montrant assis à une table décorée pour la Saint-Valentin. L'ancien ministre s'est dit victime d'une "vengeance personnelle" suivie d'un "lynchage médiatique".

Séance levée à 19h20

En réalité, François de Rugy ne se trouvait pas “entre deux séances” le soir du 14 février 2018 : il avait été remplacé au perchoir après une interruption de séance survenue à 16h10, comme en atteste le compte-rendu de séance disponible sur le site de l’Assemblée nationale.

Capture d'écran du site de l'Assemblée nationale prise le 29/07/2019

La suite de la séance avait été présidée par le député LR et vice-président de l’Assemblée nationale Marc Le Fur (voir ci-dessus).

Les travaux de l'Assemblée en séance ce jour-là avaient été arrêtés à 19h20, selon le compte-rendu de l’Assemblée nationale, confirmé par un tweet d’une collaboratrice parlementaire de l’époque publié à 19h19.

Capture d'écran du site de l'Assemblée nationale prise le 29/07/2019

Aucune des séances du 15 février 2018 n’avait par ailleurs été présidée par François de Rugy, selon le site de l’Assemblée nationale.

Les trois séances avaient été dirigées par la députée LR Annie Genevard (voir ici et ici) et par la députée LREM Carole Bureau-Bonnard (voir ici), toutes deux vices-présidentes.

Le président de l'Assemblée ne fait cependant pas que présider des séances, et possède notamment un rôle de représentation.

"Je ne parlais pas de cette séance en particulier" (Rugy)

Contacté mardi 30 juillet par l'AFP, M. de Rugy a affirmé qu'il ne faisait pas référence à la séance du 14 février 2018 "en particulier" dans sa réponse sur BFMTV.

"Je ne parlais pas de cette séance en particulier - cela date d’un an et demi - mais du fait que je dînais souvent à l’appartement de fonction avant, après ou entre deux séances. Sans compter l’incapacité à prévoir à l’avance à l’Assemblee  - et donc la nécessité d’être présent ou non - ce que va nécessiter le déroulé des séances longtemps (comme vous le savez, il est impossible de réserver un restaurant le soir même un jour de Saint-Valentin). Pas de polémique inutile donc", a répondu l'ancien ministre dans un message écrit.

Les enquêtes du gouvernement et de l'Assemblée l'ont dédouané en grande partie pour des travaux dans son logement de fonction et des dîners fastueux, à l'exception de trois repas à l'Hôtel de Lassay d'un "niveau manifestement excessif", dont celui de la Saint-Valentin. Le site Mediapart et des membres de l'opposition ont toutefois mis en doute l'impartialité de ces enquêtes internes. 

Edit : mis à jour le 30/07 à 13h06 avec précision sur les attributions du président de l'Assemblée 
et enquêtes internes.
Rémi Banet