Faux, ce sauvetage d'un nourrisson a eu lieu en 2016 au Burkina Faso

La vidéo d’un nouveau-né enfoui sous terre et sauvé in extremis par des forces de l’ordre, totalise plus de 5.000 partages depuis le 31 octobre 2019. Les auteurs des publications prétendent qu’elle a été prise au Cameroun lors d’un récent éboulement dans l’ouest du pays. Faux, selon le porte-parole de la gendarmerie nationale du Burkina Faso, il s’agit en réalité d’une opération de sauvetage des gendarmes burkinabè en 2016. 

Capture d'écran Facebook prise le 25/11/2019

"Bébé miracle. Né pendant l'éboulement à Bafoussam. Mère morte, cordon toujours attaché à sa maman, mais vivant. Que Dieu soit loué", lit-on sous cette publication partagée 2.900 fois selon le décompte de Facebook et 2.600 fois ici. Sur la vidéo qui accompagne cette légende, l’on voit en gros plan, un homme accroupi, vêtu d’un uniforme des forces de l’ordre.

A ses côtés, une personne creuse la terre rouge et ressort de ses mains gantées, un nouveau-né enfoui à quelques dix centimètres du sol. L’on entend les pleurs stridents du bébé et des bribes de conversation des sauveteurs. 

La vidéo totalise plus de 150 000 vues d’après le décompte de Facebook. Elle suscite autant d’émotion auprès d’internautes camerounais parce qu’elle a prétendument été prise le 29 octobre 2019 à Bafoussam, dans l’ouest du pays,  à la suite d’un glissement de terrain qui a officiellement fait 43 morts, dont 26 enfants.

En effet, relaie cette dépêche de l’AFP, le pan d’une colline sur laquelle étaient bâties des habitations précaires a été emporté après deux journées consécutives de pluies diluviennes. 

Une recherche d’image inversée avec l’outil Yandex montre que la vidéo qui nous intéresse est utilisée ici  sur  Youtube depuis 29 octobre 2019. Puis, plus tard iciici et dans cet article en ukrainien, à chaque fois pour évoquer le cas d’un bébé déterré vivant lors d’un éboulement à Bafoussam.

Une localisation que dément le porte-parole de l’armée camerounaise. Il affirme que l’uniforme qu’arbore le militaire ou gendarme de la vidéo qui nous intéresse est "non camerounais". L'image ci-dessous atteste que l'uniforme zébré qu'on retrouve parmi les forces de l'ordre au Cameroun ne ressemble effectivement pas à celui de la vidéo qui fait l'objet de notre recherche.

Capture d'écran de la publication fake sur Facebook prise le 25/11/2019
Photo de soldats camerounais prise sur afpforum.com

 

Sans indice évident sur la localisation, nous recherchons sur Facebook avec les termes "bébé enterré vivant retrouvé". Nous trouvons la même vidéo, partagée plus de 7.000 fois sur sur cette publication au nom de "BURKINABE". Compte tenu de la viralité de la vidéo sur cette page, nous comparons l’uniforme des forces de l’ordre burkinabè à celui que l’on aperçoit sur la vidéo. L'uniforme de l'homme sur la vidéo correspond à la tenue de la gendarmerie nationale burkinabè. 

Capture d'écran de la publication fake sur Facebook prise le 25/11/2019
Capture prise le 25 novembre 2019 sur sur le compte certifié Facebook de la Gendarmerie nationale du Burkina Faso

 


Nous contactons ensuite quelques burkinabè de notre répertoire pour détecter la langue parlée sur la vidéo. Nos sources nous disent qu’il s’agit du Mooré, langue parlée au Burkina Faso.

Ce que confirme le correspondant de l’AFP à Ouagadougou, Armel Baily. "On entend dire en Moorée, parlée majoritairement au Burkina Faso: +Le truc y est toujours, le placenta. Il est toujours en dessous+". Par ailleurs, mentionne Armel Baily, tout porte à croire que la scène a eu lieu au Burkina  au regard du macaron du béret de l’homme en uniforme.

Contacté le 22 novembre 2019 par le correspondant de l’AFP à Ouagadougou, le porte-parole de la gendarmerie nationale du Burkina, le capitaine Hervé Yé, répond: "Il s’agit d’une vidéo authentique sur l’abandon d'un nouveau né en 2016. Le constat a été fait par la Brigade territoriale de Gendarmerie de Pouytenga".

Nous n’avons pas encore obtenu les détails de cette histoire. A ce stade de la recherche, nous pouvons affirmer que la vidéo du bébé sauvé de terre n’a pas été prise au Cameroun. 

Monique Ngo Mayag