Un hélicoptère de police vole au-dessus de Stockholm, le 7 avril 2017 (AFP / Jonathan Nackstrand)

En Suède, une vague d'explosions criminelles déteint vu le niveau de violences faible

De nombreuses publications et sites anglophones affirment que la Suède connaît une croissance exponentielle du nombre d'explosions. Ces publications, écrites sur un mode alarmiste, sont factuellement vraies, mais oublient de préciser que la Suède connaît un niveau de violences globalement faible par rapport aux autres pays occidentaux.

Depuis le début de l'année, la Suède, classée parmi les nations les plus riches et les plus prospères du monde, connaît une vague d'explosions criminelles, un phénomène unique en Europe qui s'ajoute aux règlements de compte à la Kalachnikov.

Sur Internet, les titres alarmants se multiplient. "+45% de bombes et d'explosions en Suède en 2019" selon le site "Voice of Europe", mais aussi selon le site d'extrême droite Breitbart. "4 bombes en 24 heures", selon un autre site de ce type, "Defend Europa".

Le royaume scandinave est aux prises avec une relégation sociale croissante et les écarts socio-économiques se creusent plus que dans n'importe quel autre Etat membre de l'OCDE.

Dans les grandes villes, et de plus en plus dans les villes moyennes, des bandes souvent liées au trafic de drogues sévissent et se livrent une guerre sanglante.

Outre les fusillades qui font chaque année plusieurs dizaines de morts et de blessés, les groupes rivaux utilisent désormais de façon quasi ordinaire des engins explosifs, grenades à main ou thermos bourrés de poudre.

"Nous ne connaissons pas d'équivalent à l'étranger", a admis le chef de la police suédoise, Anders Thornberg, lors d'une conférence de presse mercredi.

"Je comprends que beaucoup de personnes s'inquiètent de ce qui se passe, on a le sentiment que les règlements de comptes (...) se rapprochent des gens", a-t-il ajouté.

Ces derniers jours, plusieurs incidents ont secoué des villes du sud: une bombe a explosé dans une cage d'escalier d'un immeuble résidentiel à Malmö, la troisième ville du pays, un engin a été trouvé devant un centre commercial à Kristianstad, et une explosion a touché le balcon d'un appartement à Hässleholm.

Entre janvier et octobre, les démineurs sont intervenus pour 99 explosions, soit le double par rapport à l'année dernière à la même époque, et 76 engins non détonés.

"C'est devenu une tendance, une tendance qui s'intensifie", s'alarme Linda Staaf, responsable des services de renseignement criminel, interrogée par l'AFP.

Plusieurs immeubles d'habitation mais aussi des petites entreprises et des commissariats sont ciblés.

- Violence isolée  -

Ces déflagrations volontaires font de rares victimes, contrairement aux fusillades.

Entre janvier et octobre, 33 personnes, la plupart des hommes de moins de 30 ans, ont été tuées dans 268 règlements de compte par balle. A la même période l'année dernière, la Suède avait enregistré 37 décès pour 248 faits.

"Parfois, le conflit initial est abandonné depuis longtemps, et il ne s'agit que de représailles", analyse Linda Staaf.

Selon les autorités, la plupart des auteurs de fusillades ont grandi dans des zones que la police suédoise qualifie de "vulnérables". 

En juin, elles ont publié une liste d'une soixantaine de quartiers de ce type, caractérisés par de mauvaises conditions socio-économiques où "les délinquants ont une influence sur la communauté locale". 

Pour les jeunes qui y grandissent, la violence devient une façon de se faire un nom. 

"Nous avons des exemples de cas où des gens ont rapidement gagné beaucoup de prestige en tuant quelqu'un, pour le compte d'un tiers", raconte Linda Staaf.

Pour Anders Thornberg, cette escalade représente un "défi incroyablement complexe" auquel la force publique peine à répondre alors même que les policiers constatent une montée en puissance.

- Peu de victimes -

Le 7 juin, une explosion spectaculaire a ravagé les façades de deux immeubles résidentiels à Linköping, à deux heures de route de Stockholm. Miraculeusement, elle n'a pas fait de blessés graves.

"Dans la plupart des cas, c'est un pur hasard si pas plus de personnes n'ont pas été blessées ou tuées", relève Linda Staaf, précisant que les auteurs de ces actes semblent de moins en moins se soucier de préserver les riverains.

Il y a cependant eu quelques décès, notamment ceux de deux jeunes enfants en 2015 et en 2016 qui ont provoqué l'indignation dans la pays.

Pour Linda Staaf, la plupart des violences se limitent aux milieux délinquants, mais les autorités ont également vu des cas où des attaques à la bombe ont été perpétrées dans le cadre de relations amoureuses -- ou "juste pour le plaisir". 

Le Conseil de prévention de la criminalité (Brå) a publié en juin une étude montrant que même si les crimes violents avaient augmenté en Suède, ils étaient encore inférieurs aux niveaux enregistrés dans les années 1990, et si les homicides dans les milieux criminels étaient en hausse, ceux au sein des familles avaient diminué.

"Dans un contexte international, la Suède affiche de très faibles niveaux de violence mortelle", souligne le conseil.

Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), le taux moyen d'homicides dans le monde était de 6,1 pour 100.000 habitants en 2017, de 3 pour 100.000 en Europe et de seulement 1,1 en Suède.

L'OCDE, avec son "Indicateur du vivre mieux", vient aussi relativiser la portée de cette vague d'explosion criminelles.

"En Suède, environ 76 % des personnes disent qu'elles se sentent en sécurité lorsqu’elles marchent seules la nuit, ce qui est supérieur à la moyenne de l’OCDE de 68 %", explique l'organisation internationale avec des chiffres de 2015.

"Le taux d’homicide (nombre de meurtres pour 100 000 habitants) constitue un indicateur plus fiable du niveau de sécurité d’un pays car, à la différence d’autres crimes, les meurtres sont en principe signalés systématiquement à la police. Selon les toutes dernières données OCDE disponibles, le taux d’homicide en Suède est de 0,9 pour 100 000 habitants, ce qui est inférieur au taux moyen de l’OCDE, de 3,7", remarque aussi l'organisation.

Johannes Ledel
Guillaume Daudin